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ZIMBABWE

Nom officiel République du Zimbabwe
Chef de l'État et du gouvernement Emmerson Mnangagwa - depuis le 24 novembre 2017
Capitale Harare
Langue officielle Anglais , Chewa , Chibarwe , Kalanga , Khoisan , Nambya , Ndau , Ndebele , Shangani , Shona , Sotho , Tonga , Tswana , Venda , Xhosa , Langue des signes
Population 16 340 822 habitants (2023)
    Superficie 390 760 km²

      Article modifié le

      Le Zimbabwe a accédé à l'indépendance le 18 avril 1980, après une longue guerre civile. Colonie britannique créée en 1923, la Rhodésie du Sud, où les Blancs dominent la vie politique, déclare unilatéralement son indépendance en 1965, sous l'impulsion du Premier ministre Ian Smith, et devient république en 1970. Dix ans plus tard, le pays accède officiellement à l'indépendance, sous le nom de Zimbabwe, nom d'un ancien royaume dont subsistent de prestigieux vestiges dans le centre du pays. La communauté noire arrive au pouvoir, menée par le parti nationaliste de Robert Mugabe, le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front. Dans un premier temps, le « socialisme » prôné par les dirigeants fait illusion. Mais l'aggravation de la crise économique, l'échec de la réforme agraire et la montée de la contestation incitent le pouvoir, à partir de 2000, à autoriser les expropriations de fermiers blancs, qui détenaient encore une grande partie des terres. Depuis lors, le pays s'enfonce dans une spirale de violence et d'autoritarisme, face à laquelle la communauté internationale est impuissante.

      Zimbabwe : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Zimbabwe : carte physique

      Zimbabwe : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Zimbabwe : drapeau

      Géographie

      Avec 13 millions d'habitants au recensement de 2012 (14,2 millions estimés en 2015) pour une superficie de 390 760 kilomètres carrés, le Zimbabwe est un des États les plus densément peuplés d'Afrique australe ; mais, héritage d'un régime ségrégationniste, la répartition des densités et des richesses est plus qu'inégale : malgré la brutalité des saisies des fermes « blanches », les agriculteurs africains restent en majorité concentrés sur des terres pauvres et ne pratiquent qu'une agriculture de subsistance, la majorité des citadins (35 % de la population) vit dans des townships ou des bidonvilles surpeuplés, le secteur industriel naguère dynamique débauche massivement. Les tensions raciales sont extrêmes (il reste quelque 40 000 Blancs dans le pays), aiguisées par un régime politique autoritaire et vieillissant. Depuis le début des années 2000, le Zimbabwe connaît une évolution économique, sociale et politique qui a plongé un territoire potentiellement riche dans une situation catastrophique.

      Une géographie héritée de la ségrégation raciale

      Les imposantes constructions de pierre du « Great Zimbabwe », les plus grandes ruines d'Afrique tropicale, témoignent de la richesse des civilisations anciennes (du xiie au xvie siècle, surtout), dont le Monomotapa est le plus fameux exemple. Ces royaumes shona étaient déjà très affaiblis au xixe siècle, lors des invasions ndebele, contrecoup de l'expansion zoulou. C'est donc dans une région troublée qu'arrivèrent les premiers missionnaires européens, puis, en 1890, la colonne pionnière de la British South African Company de Cecil Rhodes. Les Britanniques cherchaient un or qui s'avéra moins abondant et plus dispersé que prévu. Ils développèrent donc l'agriculture. La Rhodésie du Sud devint une colonie de peuplement agricole qui se rêvait « petite Afrique du Sud ». Le Front rhodésien, dirigé par Ian Smith, proclama en 1965 l'indépendance du pays au profit de la minorité blanche (Déclaration unilatérale d'indépendance, UDI). Une très rude guerre de libération s'ensuivit, qui s'acheva en 1979. Cette guerre fut menée par deux partis à base régionale et ethnique, la Zimbabwe African People's Union (ZAPU) était dirigée par Joshua Nkomo, un Ndbele, et la Zimbabwe African National Union (ZANU), surtout forte en pays shona, par Robert Mugabe. Lorsque, à la suite des accords de Lancaster House (1979), des élections furent organisées sous l'égide du Royaume-Uni, la ZANU l'emporta nettement : la qualité de son implantation intérieure et l'appartenance de Mugabe à l'ethnie shona majoritaire furent des éléments décisifs de son succès. Dès les années 1980, l'opposition ndebele fut écrasée, massacres et exactions dans le sud du pays se multiplièrent. Sur le plan économique, en dépit d'un discours marxiste-léniniste, le gouvernement a conduit une politique pragmatique. L'agriculture européenne fut maintenue en l'état, l'activité minière et industrielle continua d'être largement contrôlée par des firmes étrangères. Cet immobilisme explique à la fois, dans un premier temps, la relative réussite du pays, puis les problèmes actuels.

      Le système géographique rhodésien reposait sur un partage inégal de l'espace. Les terres accaparées par les Européens, car planes, fraîches, honnêtement arrosées (800 mm à Harare) et relativement fertiles, celles du haut Veld, aux alentours de 1 300 mètres, sont aussi celles qui recèlent les principales richesses minières (or, amiante, chrome, nickel) autour de cet accident majeur du relief qu'est le Grand Dyke, une intrusion volcanique de 5 à 10 kilomètres de largeur qui s'étire sur 500 kilomètres selon une direction sud-sud-ouest - nord-nord-est. Les axes de communication, les réseaux d'électricité, ainsi que tous les centres urbains se concentrèrent dans cette zone centrale des hautes terres « blanches », délimitées avec précision en 1930. C'est aussi là que l'agriculture européenne fut d'abord développée, conduite sur de grandes exploitations produisant maïs et tabac, dont seule la meilleure partie était mise en culture, le reste étant consacré à l'embouche bovine. Dans les années 1960, cette agriculture se diversifia (blé, tournesol, arachide et coton). À l'est, les régions montagneuses (2 592 m au mont Inyangani) étaient également « blanches » : bien arrosées, d'écologie variée selon le relief et l'exposition, elles permettaient la culture du café et du thé, mais aussi de vergers et le reboisement de pins. Enfin, au sud du pays, sur les basses terres du Limpopo, les périmètres irrigués de Triangle et d'Hippo Valley (13 000 ha chacun) furent consacrés à la canne à sucre.

      Zimbabwe : territoire et mines - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Zimbabwe : territoire et mines

      Récolte du coton au Zimbabwe - crédits : Ian Murphy/ The Image Bank/ Getty Images

      Récolte du coton au Zimbabwe

      Le dynamisme de ces régions contrastait avec le bas Veld zambézien, fossé profondément déprimé (l'escarpement qui le borde sur 500 km a parfois un commandement de 900 m), aride (moins de 500 mm annuels) et infesté de glossines (mouches tsé-tsé). Il fut partiellement ennoyé par le lac de Kariba, dont le barrage fournit l'électricité à l'ensemble du pays, ou transformé en réserve de chasse ou de faune. Autres régions peu dynamiques et peu peuplées, l'ouest et le sud-ouest sont subarides et surtout couverts de vastes épandages de sables du Kalahari. On y trouve la réserve naturelle de Hwange, l'une des plus vastes d'Afrique.

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      Les terres « africaines », quant à elles, se situaient pour l'essentiel autour de la dorsale centrale, dans le Veld moyen, de moindre altitude (de 600 à 1 200 m), peu arrosé (de 600 à 800 mm), plus disséqué. Les agriculteurs africains, cantonnés dans ces réserves qui ne couvraient que 41,5 % de la superficie du pays, étaient réduits à une agriculture de subsistance (maïs et sorgho essentiellement associés à l'élevage) sur de très petites exploitations ; ils assuraient surtout l'agriculture européenne, les mines et les industries d'une main-d'œuvre très bon marché.

      Les grands défis : problème foncier, urbanisation, emploi, démocratie

      Cette organisation de l'espace explique que la question géographique centrale au Zimbabwe reste celle de la répartition des terres. Jusqu'à la fin des années 1990, les grandes exploitations n'ont pour ainsi dire pas cédé de terrain, leur production est restée majeure dans les exportations et a contribué très largement à une autosuffisance agricole presque totale. Quatre mille fermiers blancs contrôlaient encore l'essentiel des meilleures terres à la fin des années 1990. À l'opposé, dans les « zones communales », les paysans sans terre, ou quasi tels, sont devenus de plus en plus nombreux... Au terme des dix ans de « moratoire foncier », en 1990, le gouvernement a annoncé l'expropriation des grands domaines sous-exploités. Mais ce mouvement a été lent et, surtout, s'est fait dans un premier temps au profit de la classe dirigeante. De fait, l'application, à partir des années 1990, des mesures préconisées par le FMI et la Banque mondiale a plongé le pays dans une crise profonde, parce qu'elle s'est faite dans un contexte de corruption généralisée. La dévaluation continue du dollar zimbabwéen et une inflation unique au monde (plus de 100 000 % !) qui n’a été jugulée que par la suppression de la monnaie nationale au profit du dollar américain en 2009 ont provoqué une augmentation du coût de la vie insupportable pour la population qui voyait dans le même temps s'enrichir l’élite politique. De plus, le taux de chômage n'a cessé d'augmenter, et l'ouverture de l'économie n'a rien arrangé : la dépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud est de plus en plus forte.

      C'est sans doute pour sauver un régime en crise que le gouvernement s'est lancé en 2000 dans une politique de redistribution foncière forcée, appuyant un mouvement prétendument spontané d'invasion violente des fermes blanches et se présentant comme le héros de l'anticolonialisme. Par ailleurs, en 2008, le gouvernement a voté une loi d’indigénisation des entreprises qui impose à toute société implantée dans le pays d’être possédée pour au moins 51 % par des Zimbabwéens, provoquant ainsi la fuite des investissements occidentaux. Malgré l’assouplissement de cette loi en 2015 – désormais uniquement appliquée dans le secteur minier – l’économie peine à se redresser.

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      Cette politique, accompagnée d'un durcissement brutal du régime, a mis l'économie du pays à genoux. Dans les années 2010, 80 % des actifs sont sans emploi, quatre millions de personnes ne survivent que grâce à l'aide alimentaire, plus de quatre millions de Zimbabwéens ont émigré (surtout vers l’Afrique du Sud), l'espérance de vie est de cinquante-deux ans du fait de l'épidémie de sida, de l'effondrement des services de santé et de la malnutrition. Celle-ci est omniprésente depuis le démantèlement de l'agriculture « européenne » (seule une cinquantaine de fermes commerciales restent actives).

      Harare (Zimbabwe) - crédits : Cecil Bo Dzwowa/ Shutterstock.com

      Harare (Zimbabwe)

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      L'autre évolution géographique du Zimbabwe est la croissance urbaine, accélérée depuis l'indépendance. Bloqué auparavant par le système strict de contrôle de la population, qui interdisait la propriété urbaine aux Africains et conditionnait le séjour en ville au travail en ville, l'exode rural a commencé à se développer à la fin des années 1970 et a été toléré dans cette période de guerre civile. Après l'indépendance, le mouvement s'est accentué et c'est à Bulawayo, seconde ville du pays avec environ 700 000 habitants, et à Harare, que les problèmes sont les plus aigus. La population de Harare et de son satellite, Chitungwiza, atteint presque 3 millions d’habitants en 2014. La grande majorité de la population urbaine vit dans de très mauvaises conditions : souvent, toute une famille s'entasse dans une seule pièce louée dans une maison d'un township. La structure ségrégationniste des villes s'est relativement maintenue, les banlieues élégantes jadis réservées aux Européens contrastent avec les townships très denses et les campements informels. En 2005 puis à nouveau en 2013, le gouvernement a lancé l'opération Murambatsvina (« nettoyage des ordures » en shona), qui a consisté à envoyer les forces de police d'abord contre les vendeurs informels de Harare, déportés en zone rurale ou dans des camps en périphérie urbaine, puis à raser les camps « illégaux » à Harare et dans les principales villes. Détourner l'attention des conflits internes au parti au pouvoir et raser en même temps des bastions de l’opposition politique semblent être les deux facteurs explicatifs de ces opérations.

      Finalement, on peut rapporter l'essentiel des problèmes du Zimbabwe à la question de l'emploi. L'exploitation d'une riche gamme de minerais reste importante mais emploie peu de main-d'œuvre. Outre l'or, les productions les plus notables sont l'amiante au sud, le chrome de Selukwe, le nickel exploité dans le nord-est, près de Harare. Le deuxième pôle est le gisement de Hwange, avec sa houille de très bonne qualité, ses veines de 6 mètres d'épaisseur pour partie exploitables à ciel ouvert. L'industrie n'est pas la solution. Elle a longtemps vécu sur les acquis de l'époque de l'UDI : les nécessités de l'autosuffisance liées au blocus international avaient conduit à multiplier les entreprises conçues parfois avec des moyens de fortune, de rendement faible et au coût de fonctionnement élevé. La politique économique après l'indépendance a consisté à limiter au maximum les sorties de devises et les importations ; l'endettement et l'inflation sont ainsi restés faibles, mais les usines n'ont pu se moderniser. La brutale ouverture de l'économie sur l'extérieur au début des années 1990, puis l'ouverture aux exportations sud-africaines en 1994 ont brisé l'appareil industriel parce qu'il n'était absolument pas compétitif. Dès lors, pour assurer son maintien au pouvoir, le régime en place, dirigé par Robert Mugabe, s’est lancé dans une fuite en avant. Après une période (2008-2013) durant laquelle la Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (ZANU-PF) a dû accepter un gouvernement d’union nationale avec l’opposition tandis que la croissance économique revenait, le parti de Robert Mugabe est de nouveau seul au pouvoir et gère un pays dont l’économie s’est contractée de plus de 40 % depuis 1998.

      Le Zimbabwe aurait pu bénéficier du développement des activités tertiaires, car son potentiel touristique, notamment, est impressionnant : chutes Victoria et vallée du Zambèze, réserves animalières grandioses, ruines de pierre du Great Zimbabwe... Mais il reste très sous-exploité et les infrastructures publiques des parcs se dégradent.

      — Philippe GERVAIS-LAMBONY

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      Écrit par

      • : professeur des Universités, professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Bordeaux
      • : professeur à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
      • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
      • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

      Classification

      Médias

      Zimbabwe : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Zimbabwe : carte physique

      Zimbabwe : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

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      Zimbabwe : territoire et mines - crédits : Encyclopædia Universalis France

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      Autres références

      • ZIMBABWE, chronologie contemporaine

        • Écrit par Universalis
      • AFRIQUE (Structure et milieu) - Géologie

        • Écrit par
        • 18 792 mots
        • 22 médias
        Les cratons du Kaapvaal et duZimbabwe sont caractérisés par l'association granites-ceintures vertes. La plus grande partie (80 %) des roches sont des granites et des gneiss qui forment des sortes de dômes au milieu des ceintures vertes, ou semblent les recouper. Les ceintures vertes apparaissent comme...
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        • 24 463 mots
        • 27 médias
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      • AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations

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      • AFRIQUE AUSTRALE

        • Écrit par
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        • 5 médias
        ...vivrière peu rentable et peu mécanisée coexiste toujours avec une agro-industrie puissante, exportatrice et intégrée aux circuits économiques mondiaux. Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe lança quant à lui une violente réforme agraire au début des années 2000, expulsant quatre mille fermiers blancs....
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