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HARTMANN JOHAN PETER EMILIUS (1805-1900)

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L'organiste et compositeur Johan Peter Emilius Hartmann est le plus important représentant d'une famille danoise d'origine allemande qui a dominé la vie musicale du Danemark durant près de cent quarante ans, du milieu du xviiie siècle à la fin du xixe. Dans son ouvrage La Musique romantique, le musicologue Alfred Einstein considère J. P. E. Hartmann comme « le véritable fondateur du Romantisme danois, et même du Romantisme scandinave tout entier ».

J. P. E. Hartmann naît le 14 mai 1805 à Copenhague, où son père, August Wilhelm Hartmann, est alors violoniste de la chapelle royale. Ce dernier lui apprend très tôt la théorie musicale, l'orgue, le piano et le violon. J. P. E. Hartmann effectue cependant des études de droit à l'université de Copenhague, dont il sortira diplômé en 1828, ce qui lui permettra d'occuper jusqu'en 1870 des fonctions de juriste au sein de l'administration danoise, tout en menant une riche carrière de compositeur, d'organiste, de chef d'orchestre et de pédagogue.

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À dix-neuf ans, en 1824, il succède à son père comme organiste de la Garnisonskirke de Copenhague, poste qu'il occupera jusqu'en 1843, date à laquelle il remplace Christoph Ernst Friedrich Weyse comme titulaire des orgues de la Vor Frue Kirke, la cathédrale de Copenhague, où il restera jusqu'à sa mort. Dès 1827, il est professeur de piano, d'harmonie et de chant à l'académie de musique dirigée à Copenhague par le ténor italien Giuseppe Siboni. Il va occuper d'importantes responsabilités au sein d'institutions musicales danoises : en 1836, il est un des cofondateurs du Musikforening (« Société de musique »), qui va devenir la principale société de concerts de Copenhague, et qu'il présidera durant cinquante-trois ans ; à partir de 1839, il est étroitement associé à la Studentersangforening (« Société étudiante de chant »), pour laquelle il composera nombre de cantates et d'œuvres chorales, et dont il sera le président à partir de 1868 ; dès la fondation du Conservatoire de Copenhague, en 1867, il en est nommé codirecteur avec le compositeur Niels Gade – son gendre – et le chef d'orchestre Holger Simon Paulli.

D'importants voyages ponctuent une existence d'une longévité exceptionnelle (J. P. E. Hartmann mourra le 10 mars 1900 à Copenhague) : en Allemagne, en Suisse, en Autriche et en France en 1836, lors duquel il rencontre Spontini, Chopin, Rossini, Cherubini, Paer et Spohr, dont il devient l'ami et grâce à qui sa musique va être jouée à travers l'Europe ; en Allemagne en 1839, où il rencontre Franz Berwald et Clara Wieck à Berlin, Mendelssohn et Schumann à Leipzig ; à Hambourg en 1841, où son chemin croise celui de Liszt ; en 1844, il revient à Leipzig pour diriger l'Orchestre du Gewandhaus...

Ces rencontres semblent cependant avoir eu peu d'influence sur son style. Hartmann va au contraire développer un accent spécifiquement « nordique », dont témoigne dès 1832 son mélodrame Guldhornene (« Les Cornes d'or »), sur un poème d'Adam Oehlenschläger, chef de l'école romantique danoise, avec lequel il entretiendra une collaboration étroite. Cet accent s'affirme dans de nombreuses œuvres qui puisent aux sources scandinaves anciennes, comme ses musiques de scène pour des pièces de Oehlenschläger (Olaf den hellige, 1838 ; Axel og Valborg, 1856 ; Yrsa, 1883) ou encore les ballets Valkyrien (1861) et Thrymskviden (« La Légende de Thrym », 1868).

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J. P. E. Hartmann a composé des œuvres chorales, des mélodies et une marche funèbre pour orgue et vents – Sørgemarch ved Thorvaldsens bisaettelse, à l'occasion des funérailles du sculpteur Bertel Thorvaldsen, en 1844 – devenues célèbres en son pays. Dans le domaine de l'opéra, on lui doit Ravnen, eller Broderprøven (« Les Corbeaux, ou les Frères mis à l'épreuve », 1832), sur un livret de Hans Christian Andersen d'après Carlo Gozzi, Korsarerne (« Les Corsaires », 1835), sur un livret de Henrik Hertz, un opéra que Rossini apprécia particulièrement, et, surtout, Liden Kirsten (« La Petite Christine », 1846), « opéra romantique » sur un livret d'Andersen, qui a acquis le statut d'opéra national danois ; cette œuvre connaîtra d'emblée le succès et Liszt la programmera à Weimar en 1856. Ses pièces pour piano comptent parmi les plus importantes écrites pour cet instrument dans l'histoire de la musique danoise.

Sans doute moins élégante que celle de Niels Gade – qui connaîtra, au contraire de lui, une constante notoriété hors de son pays –, moins originale que celle de Carl Nielsen, l'œuvre de Johan Peter Emilius Hartmann n'en mérite pas moins d'être redécouverte. Le grand Hans von Bülow écrivait en 1882 que « pour son imagination, son habileté et son goût, [Hartmann] devrait connaître la même renommée internationale que Gade ».

— Alain FÉRON

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Écrit par

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

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