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BURUNDI

Nom officiel République du Burundi
Chef de l'État Evariste Ndayishimiye - depuis le 18 juin 2020
Chef du gouvernement Gervais Ndirakobuca - depuis le 7 septembre 2022
Capitale Gitega
Langue officielle Kirundi , Français
Population 13 689 450 habitants (2023)
    Superficie 27 830 km²

      Article modifié le

      Histoire

      L'histoire précoloniale, ou une société traditionnelle entre inconnu et certitude

      L'époque précoloniale est mal connue. En dehors d'une histoire politique dynastique des trois derniers siècles, reconstituée sommairement grâce aux traditions orales, et à l'exception du xixe siècle, qui correspond aux deux longs règnes de Ntare Rugamba et de Mwezi Gisabo, dont les conquêtes périphériques dessinent les limites territoriales du Burundi actuel, on reste dans les hypothèses. Celles-ci concernent tant la formation des peuplements avant l'émergence d'entités politiques, une protohistoire riche qui ne s'articule pas avec la chronologie politique, que la construction des bases économiques et culturelles, en particulier ce processus inachevé d'intégration nationale, de formation et de différenciation ethnique. Pourtant de tels doutes n'ont pas empêché des interprétations qui, de la colonisation à nos jours, ont recouru à des généralisations hasardeuses ou à des affirmations idéologiques.

      Ainsi l'anthropologie coloniale du début du siècle classa-t-elle les groupes sociaux aux frontières complexes et mouvantes, aussi bien verticales qu'horizontales en des ethnies homogènes à l'image de castes. Le premier récit écrit distingua alors les Hutu, devenus des «  bantous », agriculteurs issus d'une migration transafricaine aux origines de la majorité des peuples de l'Afrique centrale et orientale, des Tutsi, éleveurs «  hamites » qui seraient issus de migrations échelonnées dans le temps provenant d'Afrique orientale ; ces deux ethnies se différenciant d'une troisième, les Twa, d'origine pygmoïde, qui, ne représentant guère plus de 1 % de la population, ne témoignerait que d'un peuplement originel.

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      Cette grande geste que les hypothèses savantes crédibilisèrent par des explications raciales, historiques et sociologiques, toutes catégoriques sur les origines et leurs invariants biologiques et culturels, s'enracina d'autant plus facilement qu'elle justifiait, en aval, la politique coloniale et qu'elle s'appuyait, en amont, sur certains rapports de force sociaux et sur des tensions préexistantes. Ainsi, le mode de colonisation reposant sur une administration indirecte valorisa le cadre monarchique et son aristocratie étendue à l'ethnie tutsi, perçue comme supérieure, quitte à inverser cette analyse au moment de la décolonisation. Or les élites de l'indépendance continuèrent à tenir le même discours ; selon les circonstances, elles idéalisèrent un âge d'or communautaire ou s'attachèrent au contraire à cultiver les différences originelles, au service des intégrismes ethnique ou communautaire.

      Aussi le succès de cette construction imaginaire de l'histoire comme de la nature traditionnelle de la société révèle-t-il plus une adéquation avec les réalités sociales et politiques de la colonisation, puis de l'indépendance, qu'une réelle pertinence historique ; il révèle aussi que la perception des faits est devenue plus importante que les faits eux-mêmes. Pour ces raisons, le tableau que l'on peut dresser pour la fin du xixe siècle, s'il témoigne d'une histoire originale en comparaison de celle de l'Afrique, reste différent des opinions idéalisatrices ou diabolisatrices sur la société « traditionnelle ».

      À la veille de la colonisation, le peuplement est en expansion vers les dépressions périphériques mais la société reste relativement fermée, et évite les agressions extérieures. L'organisation politique et sociale diversifiée et sécuritaire laisse supposer une combinaison entre un État centralisé en gestation, à qui font défaut les moyens techniques de ses ambitions, et une société en mutation ; les clivages statutaires (ethniques, claniques et territoriaux) sont atténués par des références nationales culturelles communes bien enracinées. La situation économique reste ambiguë ; elle associe une économie agropastorale performante assimilant des innovations culturales exogènes et une faiblesse technologique qui exclut toute forme d'accumulation commerciale au profit d'une aristocratie. De tels potentiels de croissance agropastorale et spatiale, auxquels s'ajoutait une cohésion « insulaire » entretenue par des risques extérieurs, neutralisaient les tensions sociales et politiques. De plus, la faiblesse technologique, qui interdisait toute accumulation de richesses sous forme de surplus agricoles, imposait des logiques de survie basées sur une complémentarité des productions et des terroirs, des logiques de réciprocité sociale et de voisinage, tandis que l'absence de technologie guerrière supérieure équilibrait les rapports de force.

      Danse traditionnelle africaine - crédits : Bruno De Hogues/ The Image Bank/ Getty Images

      Danse traditionnelle africaine

      De telles conditions produisent des situations originales reposant sur une culture de la colline encore vivante de nos jours , sur une civilisation de l'échange et sur une monarchie agropastorale.

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      Encore aujourd’hui, l'habitat dispersé dans les collines sous la forme d'enclos rassemblant plusieurs cases, le rugo, témoigne de cette longue période de stabilité sociale et politique durant laquelle Hutu et Tutsi, regroupés en clans patrilinéaires (près de 300) et lignages qui possédaient un rang, honorable ou non, cohabitèrent, partageant une même culture, les mêmes croyances et les mêmes modes de vie. Cette hiérarchie du lignage se combinait sans se confondre avec une différenciation ethnique, plus statutaire qu'économique, même si des spécialisations étaient attachées à chaque ethnie.

      En l'absence de commerce, les échanges étaient fréquents soit sous la forme du troc, du don et du contre-don, soit sous la forme de contrats de clientèle imposant des prestations en nature, le plus connu étant l'ubugabire, selon lequel le paysan pauvre s'engageait à devenir, en compensation du don d'une vache, le client du donateur. Ce réseau de contrats et d'échanges entre pasteurs, agriculteurs et agriculteurs-éleveurs renforçait la cohésion entre les groupes sociaux, les protections réciproques et les complémentarités économiques.

      La monarchie s'adapta à ces contraintes structurelles. Ainsi le mwami, roi tout-puissant, était doté de pouvoirs judiciaires étendus. Son statut de propriétaire du royaume et de principal collecteur d'un tribut en biens vivriers et en cheptel lui imposait des devoirs de redistribution en tant que premier éleveur, de protection et d'arbitrage en tant que principal chef de guerre ; enfin, la monarchie devait garantir la fécondité des sols en respectant des rites agraires accomplis par des lignages de ritualistes hutu. En dehors des territoires centraux, de ses domaines particuliers et de ceux des ritualistes, le mwami était représenté par des chefs, choisis parmi ses fils ou par de grandes familles qui nommaient des sous-chefs tutsi ou hutu. Cette aristocratie princière, les baganwa, qui se distinguait des ethnies, tempérait également la toute-puissance royale, mais se retrouvait affaiblie par le système de succession cyclique de la royauté, qui entraînait une déchéance des lignées antérieures.

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      Toutefois de telles mécaniques sociales et politiques engendrèrent à long terme des différenciations plus collectives qu'individuelles ; celles-ci reposaient sur la force du nombre et la cohésion du groupe lignager, sur le contrôle du cheptel, tant son accumulation que sa dispersion, sur l'accès à l'aristocratie par l'alliance ou au pouvoir politico-religieux. De tels enjeux donnèrent un avantage à ceux qui, comme les grands lignages « honorables » hutu ou tutsi, héritaient d'une fonction politique, un ascendant à ceux qui accumulaient le plus grand nombre de bovins, le seul produit capitalisable (les donateurs, les proches du pouvoir, les éleveurs plutôt que les agriculteurs-éleveurs), à ceux qui accédaient au pouvoir par la force ou par l'alliance. Des tendances qui avantageaient certains groupes sociaux, les éleveurs tutsi, les « bons » lignages hutu et tutsi, voire certaines populations territoriales.

      Or la mise en dépendance, l'ouverture du pays aux échanges continentaux par les Zanzibarites présents dès le milieu du xixe siècle sur les rives du lac Tanganyika, puis l'intervention coloniale vont radicalement modifier ces équilibres anciens et accentuer les clivages existants.

      Les changements radicaux de la période coloniale

      La colonisation modifia considérablement la société burundaise. On peut distinguer trois temps dans cette grande transformation : la mise en dépendance, au tournant du xixe et du xxe siècle, la gestion coloniale belge puis la période transitoire.

      La fin du règne de Mwezi Gisabo (env. 1850-1908) connut de nombreux problèmes intérieurs : contestation et guerre interne entre familles princières, tensions sociales accrues autour d'un nouvel enjeu, le contrôle foncier que l'accroissement de la population mettait en évidence ; à ces problèmes s'ajoutèrent des difficultés extérieures : épidémies virulentes qui touchèrent autant les hommes que le bétail, agressions extérieures des esclavagistes et intrusions coloniales. Un tel contexte modifia les tensions internes et, indirectement, bouscula les échelles de valeurs tant matérielles – en ouvrant le pays au commerce – que socio-culturelles – en introduisant de nouveaux rapports de force militaires et économiques au sein du royaume et de la société. À l'image de ce qui se passa dans le reste de l'Afrique des Grands Lacs, l'intervention coloniale se réalisa dans un pays déjà en crise, frappé par de nouvelles calamités, dont des sécheresses meurtrières, qui fragilisaient la légitimité de la monarchie. Aussi, dans un premier temps, la politique allemande soutint-elle les chefs en dissidence avec leur souverain puis, au lendemain du traité de Kiganda (1903), elle s'appuya sur les hiérarchies existantes ainsi que sur les nombreuses missions catholiques et protestantes attirées par une région peuplée qui devint un front de résistance à l'islam. La Première Guerre mondiale devait interrompre le rêve de la Mittelafrika.

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      Le 31 août 1923, la Belgique reçut de la Société des Nations mandat sur le Ruanda-Urundi, qu'elle rattacha administrativement en 1925 au Congo, dont il forma la septième province. Tout en respectant certaines exigences du mandat, la gestion coloniale belge poursuivit l'action allemande dans le domaine politique ; elle renforça l'administration dite indirecte, respectueuse du système de la monarchie et des chefferies en association avec une nouvelle génération de chefs sortis des écoles coloniales. L'impulsion économique destinée à lutter contre les famines prit la forme de plans d'aménagement public et de développement agronomique ambitieux. L'action socioculturelle fut déléguée aux missions religieuses, en particulier à celles des pères blancs, qui s'engagèrent dans une évangélisation et une scolarisation primaire volontariste ainsi que dans une lutte contre les pratiques et les rites de la religion traditionnelle, un des soubassements culturels de la société. Mais c'est dans le domaine social que l'action coloniale fut décisive. Au moment où augmentait la pression fiscale, ce qui provoqua plusieurs révoltes, la gestion coloniale renforça le pouvoir de l'aristocratie ganwa sur les Tutsi, des Tutsi sur les Hutu, lesquels furent exclus, lors des réorganisations successives, de l'exercice du pouvoir local, alors que la lutte contre le paganisme marginalisait les lignages hutu associés aux rites monarchiques. En bureaucratisant les relations socio-politiques, ces réformes, d'une part, renforcèrent le pouvoir des auxiliaires de plus en plus zélés de l'administration coloniale, recrutés majoritairement dans l'aristocratie et dans les lignages tutsi associés à cette dernière, d'autre part, transformèrent une autorité douce en un autoritarisme quotidien sans contre-pouvoir ; ce faisant, la gestion coloniale politisa et socialisa des clivages statutaires qui devinrent, pour les Tutsi, des critères d'accès aux revenus distribués par l'administration et au rang privilégié d'évolué et, pour les Hutu, des critères d'exclusion.

      Après la Seconde Guerre mondiale et sous la pression de l'ONU, le régime de la tutelle se substitua à celui du mandat afin de préparer l'émancipation du pays. Cette première démocratisation sous patronage colonial se fit dans une conjoncture heureuse. Les efforts consentis précédemment portaient leurs fruits ; en témoignent l'essor de l'économie de plantation, le progrès de l'économie de marché, la reprise du mouvement de défrichement des dépressions et la croissance démographique, tandis que l'action d'évangélisation et de scolarisation devenait massive. Cette croissance en situation coloniale eut des effets distincts : si elle confirmait le pouvoir politico-économique de la deuxième génération des chefs tutsi, elle permettait l'apparition d'une contre-élite hutu qui avait profité de l'enrichissement agricole général ou qui devait sa promotion à l'école. Toutefois, cette rivalité naissante ne transparaît pas dans les réformes politiques. À la différence du Rwanda, les premières élections locales de chefferie puis les élections communales de 1960 et législatives de 1961 confirment la prééminence des élites tutsi et la formation des partis politiques inter-ethniques ; la ligne de division correspond plutôt aux vieilles rivalités entre les lignées princières, des Bezi et des Batare. Le parti qui sort vainqueur de cette entrée en politique, l'Uprona (Union pour le progrès national), et le front politique qu'il dirige regroupent, sous la direction du fils du roi, Louis Rwagasore, des aristocrates bezi, des chefs tutsi et des leaders hutu.

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      Écrit par

      • : professeur émérite d'histoire, université de Pau et des pays de l'Adour
      • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

      Classification

      Médias

      Burundi : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Burundi : carte physique

      Burundi : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Burundi : drapeau

      Récolte du thé au Burundi - crédits : Bruno De Hogues/ The Image Bank/ Getty Images

      Récolte du thé au Burundi

      Autres références

      • BURUNDI, chronologie contemporaine

        • Écrit par Universalis
      • BANTOU

        • Écrit par
        • 8 112 mots
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      • BUJUMBURA

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      • ESPACE RURAL

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