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ZHAO ZIYANG[TCHAO TSEU-YANG](1919-2005)

Article modifié le

Homme politique chinois. Zhao Ziyang est né en 1919 dans le Henan (district de Hua). Issu, comme nombre de figures historiques de la République populaire de Chine, d'une famille de propriétaires fonciers, il adhère en 1932 à la Ligue des jeunesses communistes. Actif membre clandestin du Parti communiste chinois (P.C.C.) pendant la guerre de résistance antijaponaise puis la guerre civile, Zhao réalise, à partir de 1949, une carrière politique aux sommets de la hiérarchie de la province du Guangdong. En 1965, il est ainsi promu Premier secrétaire du parti local, à la fois en récompense de sa rectitude lors des purges anticorruption et anti-Guomindang ainsi que pour ses succès dans la réforme agraire. Lors de la révolution culturelle, ce proche de Liu Shaoqi (opposé à l'irrationalité de la politique maoïste), partisan d'une refonte du système d'économie planifiée, est molesté dans les rues de Canton, puis envoyé sur plusieurs sites de travail forcé entre 1967 et 1971. Après sa réhabilitation intervenue en 1973 grâce au Premier ministre Zhou Enlai, Zhao accède pour la première fois au comité central et redevient leader d'une province, le Sichuan, dont l'économie a été dévastée par les campagnes maoïstes. Nommé au bureau politique en 1977, il remplace, en septembre 1980, Hua Guofeng au poste de Premier ministre. Un statut de membre du comité permanent du bureau politique en 1982 (soit le cœur de l'appareil de décision en Chine) légitime ses thèses en faveur de l'économie de marché, telles qu'elles ont été expérimentées dans la province d'où est originaire l'artisan de l'ouverture de la Chine : Deng Xiaoping. Présidant le groupe de direction des finances et de l'économie, puis remplaçant au poste de secrétaire général du P.C.C. Hu Yaobang, accusé de mollesse lors des manifestations de l'hiver 1986-1987, Zhao Ziyang développe une théorie politique dite néo-autoritaire selon laquelle, la Chine « demeurant au stade initial du socialisme », le parti doit assurer l'enrichissement de la société et se renforcer en se séparant progressivement de l'État. Depuis lors, une telle revendication a été exclue de l'agenda de réformes du parti.

Durant l'été de 1988, la reprise en main du dossier économique par une faction conservatrice favorable à l'économie planifiée, incarnée par Li Peng, attise des tensions graves. Apparu à l'annonce de la mort de Hu Yaobang au printemps de 1989 dans des éloges funèbres rendus par les étudiants, un mécontentement s'exprime dans le monde urbain et parmi les couches les plus instruites de la société. Le mouvement conduit notamment à l'occupation de la place Tiananmen et à des grèves de la faim. Prévoyant l'issue du mouvement, Zhao Ziyang, en compagnie de son chef de cabinet (Wen Jiabao, qui sera Premier ministre de 2003 à 2013), tente, le 19 mai, de convaincre les manifestants de partir, tout en s'excusant « d'être venu trop tard », selon une formule célèbre. Démis de ses fonctions, exclu du P.C.C., après l'instauration de la loi martiale (le 20 mai), il est toujours assigné à résidence lorsqu'il meurt à Pékin en janvier 2005.

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Le legs politique de Zhao Ziyang apparaît contrasté. Les « années Zhao Ziyang » ont été marquées par une liberté d'expression plus grande, une ferveur intellectuelle ainsi que la mise en place, en 1986, des élections villageoises. Après 1989, ses partisans se sont fondus dans divers clans au sein du pouvoir : ceux de Zhu Rongji, Jiang Zemin ou même Zeng Qinghong. Mais il reste impossible à un leader politique chinois en fonction de revendiquer ouvertement son soutien à la personne et encore moins au programme politique de Zhao Ziyang. À ce sujet, ce dernier ne s'est plus guère exprimé après 1989 que par l'intermédiaire de son ancien secrétaire particulier, Bao Tong, lui-même en résidence surveillée à Pékin. Son opinion dissidente se fait entendre au sujet de la réhabilitation du mouvement de 1989 et de la démocratisation de la Chine, à travers de longs commentaires acerbes dans la presse américaine ou hongkongaise. Les négociations complexes concernant l'organisation des obsèques de Zhao Ziyang ont donné à voir un régime chinois engoncé dans une rigidité difficilement compréhensible trente ans après la mort de Mao. En effet, si la famille reçut les condoléances du vice-président de l'État, Zeng Qinghong, seul Jia Qinglin, numéro quatre dans la hiérarchie, assista aux funérailles. La cérémonie eut bien lieu au cimetière des héros du communisme chinois, mais le communiqué laconique de l'agence de presse officielle Xinhua souligna les erreurs passées du dirigeant, auquel il fut refusé de reposer à Babaoshan.

— Stéphanie BALME

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Écrit par

  • : chercheuse au C.E.R.I. (Sciences Po-CNRS), en mission à l'université chinoise de Hong Kong

Classification

Autres références

  • CHINE, histoire, de 1949 à nos jours

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    • 19 200 mots
    • 15 médias
    ...dispose à la fois d'un secrétaire général, Hu Yaobang, appuyé sur une équipe de dirigeants plus jeunes (Hu Qili, Qiao Shi), et d'un Premier ministre, Zhao Ziyang, avec quelques lieutenants parmi lesquels Wan Li, père de la réforme agraire. Deng, en principe retraité, contrôle le comité permanent du...

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