- 1. Du placard à l'affiche
- 2. Bouleversements techniques et esthétiques
- 3. L'Art nouveau
- 4. Les avant-gardes
- 5. L'exception française
- 6. Le temps des désillusions
- 7. La Seconde Guerre mondiale et l'avènement du style suisse
- 8. Les années 1950 : design et humour
- 9. L'affiche au second plan
- 10. Un nouveau lyrisme
- 11. Le vent de la contestation
- 12. Affiche conceptuelle et Nouvelle Vague
- 13. L'avènement du numérique
- 14. L'ère de la mondialisation
- 15. Bibliographie
AFFICHE
Les avant-gardes
L'art de l'affiche en vient à bouleverser le regard communément porté sur la représentation picturale. Ainsi, à partir de 1910, Braque et Picasso, attentifs à la réalité du quotidien, et en particulier aux trouvailles plastiques de l'affichage mural, inscrivent des lettres peintes au pochoir et introduisent des éléments de textes découpés dans des journaux et autres imprimés, directement sur la toile ou sur le papier. Ils offrent alors une dimension nouvelle au cubisme, à partir de laquelle les affichistes à leur tour vont déployer leurs recherches au cours des années 1920. Les futuristes, quant à eux, diffusent internationalement, livres, manifestes et affiches, prônant une « nouvelle conception de la page typographiquement picturale ».
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale impose cependant un frein à l'élan des avant-gardes. L'affiche est alors marquée par l'appropriation de ses capacités expressives qu'opère la propagande militaire.
Mais dès 1916, le mouvement Dada déclenche, dans ses revues et ses affiches, l'offensive de tous les procédés plastiques et typographiques contre une tradition devenue mortifère, associant tous les types de caractères dans des rapports inaccoutumés. Iliazd, membre du groupe russe Degré 41, contribue à forger l'image de Dada, à Paris, par d'étonnantes affiches qui font écho aux recherches des constructivistes en U.R.S.S.
Avec Battez les blancs avec le coin rouge (1919), El Lissitzky livre un manifeste visuel qui ouvre la voie aux expérimentations des artistes constructivistes, portés en avant par la révolution d'Octobre. Ceux-ci proclament la mise au service du peuple des recherches artistiques. L'affiche est un formidable moyen de concrétiser ces aspirations : le poète Maïakovski s'en empare, de même que le plasticien Alexandre Rodtchenko. Les affiches pour l'édition, le cinéma, voisinent avec des réclames commerciales pour des entreprises ou des magasins d'État. Elles recèlent une forte rigueur géométrique et typographique, et associent bientôt le photomontage à la composition. Les frères Stenberg (L'Homme à la caméra, 1929) et Gustav Klucis, parmi d'autres, traduisent, jusqu'au début des années 1930, l'expérience constructiviste dans leurs affiches de cinéma et de propagande.
Aux Pays-Bas, le mouvement De Stijl, né sous l'impulsion de Theo van Doesburg et de Vilmos Huszar, en 1917, est en lien avec Dada et s'affirme comme une autre source du constructivisme. Dans l'esprit du mouvement, Bart van der Leck crée des affiches commerciales pour les lignes maritimes Batavierlijn (1915-1916) ou la vinaigrette Delftsche Slaolie – renouvelant la célèbre image de Jan Toorop, qui datait de 1894. Piet Zwart réalise, au début des années 1920, pour le fabricant de câbles Nederlandsche Kabelfabriek (N.K.F.), une ligne graphique et une série d'affiches au sein desquelles il expérimente le photomontage. Paul Schuitema œuvre également à l'une des premières identités visuelles d'entreprise pour la manufacture Berkel, depuis la papeterie jusqu'aux affiches.
En Allemagne, l'école du Bauhaus, sous la direction de Walter Gropius, développe les principes constructivistes. László Moholy-Nagy édite les livres de la série Bauhausbücher, où le concept de grille est donné en exemple. Herbert Bayer, créateur du département de typographie et de publicité à Dessau, se préoccupe de clarté et de lisibilité, de même que Joost Schmidt, qui lui succède, et perpétue la leçon dans ses célèbres affiches d'exposition (Bauhaus Ausstellung, 1923).
À Munich, à partir de 1923, le jeune typographe Jan Tschichold prône la composition décentrée ou asymétrique et l'emploi de caractères antiques. En 1930, Lissitzky et Schwitters appellent également à forger une « Nouvelle[...]
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Écrit par
- Michel WLASSIKOFF : historien du graphisme et de la typographie, diplômé en histoire de l'École des hautes études en sciences sociales, Paris
Classification
Médias
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