AFRIQUE DU SUD RÉPUBLIQUE D' ou AFRIQUE DU SUD
Nom officiel | République d'Afrique du Sud |
Chef de l'État et du gouvernement | Cyril Ramaphosa - depuis le 15 février 2018 |
Capitale | Pretoria (Siège de l'exécutif.) , Le Cap (Siège du Parlement.) , Bloemfontein (Siège des autorités judiciaires.) |
Langue officielle | Afrikaans , Anglais , Ndébélé , Sesotho (sotho du sud) , Sotho (sepedi) , Swazi , Tsonga , Tswana , Venda , Xhosa , Zoulou |
Population |
63 212 384 habitants
(2023) |
Superficie |
1 219 090 km²
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Article modifié le
Littérature de langue afrikaans
L'implantation de la langue afrikaans
L'afrikaans, qui a trouvé son expression littéraire au xxe siècle, remonte aux dialectes parlés par les colons hollandais établis au Cap depuis 1652.
Malgré l'apport de langues indigènes et européennes comme le hottentot, les langues bantoues, le malais, et le portugais, le français, l'allemand et l'anglais, il reste dans son essence, sa syntaxe et son vocabulaire une langue d'origine hollandaise, et non point une langue créole, comme on a cherché à le démontrer. Un Afrikaner, c'est-à-dire un Blanc ayant pour langue maternelle l'afrikaans, est compris sans peine d'un Hollandais ou d'un Flamand. L'afrikaans et le hollandais diffèrent toutefois de la façon la plus marquée dans le domaine du verbe, qui a subi une simplification notable en afrikaans, changement noté déjà vers le milieu du xviiie siècle par les voyageurs hollandais.
L'afrikaans n'est cependant pas la langue des seuls Afrikaners blancs ; elle est la langue de la population métisse, pour l'essentiel installée au Cap, et est couramment parlée, dans le quotidien, par une forte proportion de Noirs. Dès avant la fin du régime d'apartheid (1994), la langue afrikaans est aussi revendiquée par des écrivains de couleur, ce qui a donné lieu à un débat, très vif, sur l'afrikaans standard et l'afrikaans tel qu'il est pratiqué par la majorité des locuteurs, qui ne sont pas des Blancs.
Historiquement, les huguenots français, venus au Cap en 1688-1690, s'assimilèrent assez vite à la population hollandaise. Les mots français qui font partie aujourd'hui de la langue afrikaans lui viennent indirectement du hollandais et l'influence directe ne se reconnaît plus que dans les noms de famille ou de lieux.
L'arrivée des Anglais en 1795 et leur politique impérialiste ont retardé, pendant plus de deux siècles, l'évolution de l'afrikaans. Objet de dérision, en tant que patois et dialecte « bâtard », l'afrikaans sortit revigoré de l'oppression et il est devenu le symbole de l'indépendance nationale et culturelle de l'Afrikaner.
Dans la seconde partie du xixe siècle, un groupe nationaliste déploie une grande activité dans la communauté rurale de Paarl, située non loin du Cap. Sur son initiative se forme l'Association des vrais Afrikaners, qui publie pour la première fois des journaux, des livres et des revues en langue afrikaans. À la tête de ce premier « mouvement linguistique », un pasteur de l'Église hollandaise réformée, le révérend S. J. Du Toit (1847-1911), cherchait avec acharnement à répandre par tous les moyens la nouvelle langue et, dans ce dessein, traduisit certaines parties de la Bible.
À la même époque, l'islam du Cap, qui date du xviiie siècle, contribue à l'essor de l'afrikaans, sous l'impulsion de l'imam Abu Bakr Effendi, envoyé en mission par le sultan ottoman pour encadrer une communauté isolée du reste de l'umma. Ce savant publie un traité de droit et de morale, le Bayân al-Dîn, qui contient des textes en afrikaans, langue de la communauté, transcrits en écriture arabe (1877). Cet ouvrage reste un document essentiel sur l'afrikaans populaire, parlé au Cap, et non par des Afrikaners. L'afrikaans reste la langue de l'islam du Cap.
La guerre anglo-boer (1899-1902), qui détruisit l'espoir de coopération culturelle entre Anglais et descendants hollandais, favorisa le développement de l'afrikaans « blanc » : elle fit de l'Afrikaner un patriote et éveilla en lui une conscience nationale aiguë. Après la guerre, un deuxième « mouvement linguistique » groupe des écrivains animés d'un zèle nouveau pour l'héritage culturel de leur peuple. En 1914, l'enseignement secondaire adopte l'afrikaans comme langue officielle ; en 1916-1919, il devient la langue liturgique de l'Église hollandaise réformée, et – consécration finale – en 1925, il remplace le hollandais comme l'une des deux langues administratives. La traduction de la Bible fut terminée en 1933-1935 ; l'hymnaire afrikaans parut en 1934.
L'entre-deux-guerres
Il n'y a pas de littérature afrikaans, à proprement parler, avant le début du xxe siècle. Au xixe siècle, ce ne sont qu'écrits de propagande, tracts ou poèmes naïfs de main d'amateur, la seule exception étant constituée par quelques romans historiques. C'est seulement après la guerre qu'apparaissent d'authentiques écrivains et une littérature digne de ce nom.
Un triumvirat littéraire : Celliers, Totius, Leipoldt
Tous trois poètes, Jan Celliers, Totius, C. Louis Leipoldt donnent un nouvel essor à l'afrikaans en tant que langue littéraire. Jan Celliers (1865-1940) était un poète pastoral plein de regrets pour un ordre de choses en voie de disparition. Son pays déchiré par la guerre lui apparaît comme l'illustration même de la Cité de Dieu ; il tient l'ennemi pour responsable d'une véritable infraction au droit divin. Totius (1877-1953), poète et professeur de théologie, se rapproche du poète flamand Guido Gezelle ; croyant sincère comme celui-ci, il emploie des rythmes instinctifs et traite une matière simple et sans apprêt. Ses poèmes élégiaques, écrits à l'occasion de la mort de ses enfants, sont d'une émotion prenante. C. Louis Leipoldt (1880-1947) est l'auteur de quelques puissants poèmes sur la guerre, monologues pathétiques d'un libéral qui dénonce la violence avec passion. Il a également créé un genre de poème dense et concis, moitié lyrique, moitié philosophique, auquel il donne le nom difficilement traduisible de salmpamperliedje (approximativement, « chansons d'un riboteur ») : la nature, les caprices d'un tempérament original inspirent ces sonnets bizarres. Malgré une œuvre assez restreinte, Marais (1871-1936) jouit d'une grande réputation auprès du lecteur afrikaans : ses poèmes intenses, remplis de compassion pour les souffrances humaines, sont devenus classiques ; il fut également le premier à s'inspirer du folklore bochiman.
Dans l'œuvre de ces poètes, la beauté du paysage sud-africain, sa rudesse et sa majesté, se trouvent pour la première fois dépeintes, de façon vivante, dans une langue à la fois flexible et puissante : l'Afrikaner y reconnaît sa propre sensibilité ; et, du coup, se révèle à lui la beauté insoupçonnée de sa propre langue maternelle.
Vers une littérature moderne
Vers 1920, les thèmes nés de la guerre et de la souffrance commune étaient épuisés ; les écrivains commencent à traiter des sujets plus personnels : le dilemme religieux et les rapports entre individus. C'est en 1925 qu'est publiée l'œuvre d'Eugène Marais. Le recueil est trop mince pour qu'on date à partir de lui la naissance de la poésie moderne. C'est Toon Van den Heever (1894-1956) qui résume les tendances de l'époque : ses attitudes désabusées, son paganisme le placent dans la lignée non conformiste d'un Leipoldt et annoncent la grande poussée de la « nouvelle poésie » des années 1930. Poète personnel lui aussi, A. G. Visser (1878-1929) sait se mettre à la portée de tous par sa simplicité, son humanité, son humour contagieux et sa versification aisée ; il réussit également – don rare chez les poètes afrikaans – dans la satire et la parodie.
Deux professeurs d'afrikaans, l'un à l'université de Bloemfontein et l'autre à Johannesburg, se distinguèrent vers la même époque comme représentants d'un nouveau romantisme. D. F. Malherbe (1881-1969), auteur prolixe de romans épiques qu'inspirent aussi bien la Bible que la dure vie des pionniers, propose les exemples d'une morale bien établie. Le second, C. M. Van den Heever (1902-1957), aborde, en une série de romans et d'essais, les problèmes posés à une génération nouvelle tiraillée entre la vie urbaine et la société rurale. Son œuvre nous montre l'éclosion d'une nouvelle sensibilité, où s'ébauchent déjà les thèmes de l'érotisme, de l'éternel retour de la nature, etc.
La nouvelle génération
Les années 1930 ouvrent une période féconde pour la littérature afrikaans. Tandis que les descendants des Boers s'entassent dans les villes, une élite intellectuelle se constitue, bien décidée à lutter contre la civilisation de masse, à préserver les valeurs et les significations de l'individu. L'examen de soi, l'inquiétude religieuse, l'interrogation métaphysique constituent autant de traits caractéristiques de la nouvelle littérature.
L'événement décisif est l'apparition d'un groupe de poètes de grand talent qui se rendirent célèbres sous le nom de Dertigers (« Les écrivains des années trente »). Un volume de poésie, Die Ryke Dwaas (1934), donne le ton ; l'auteur, W. E. G. Louw (1913-1979), écartelé entre Dieu et Éros, sait conférer la qualité musicale à un lyrisme sensuel et raffiné.
Son frère aîné, N. P. Van Wyk Louw (1906-1970), lui succède : il s'affirme bientôt chef du mouvement, à la fois son théoricien et le poète doué du talent créateur le plus puissant. Van Wyk Louw confronte la littérature afrikaans à de nouvelles exigences : une expression plus profonde et sincère de l'expérience personnelle, l'évocation de la vie entière sous tous ses aspects, sexualité, philosophie, histoire, expérience mystique. L'œuvre de Van Wyk Louw reflète de façon parfaite toute l'étendue du renouveau poétique. Son monologue dramatique, Die Hond van God, où se trouvent confrontés le moi et l'existence, l'être et le néant, n'a pas été surpassé dans toute la littérature hollandaise. Le poème épique Raka propose à l'Esprit un symbole éternel : Raka, la bête, vient à bout de Koki, l'aristocrate, qu'elle finit par anéantir. Son drame historique, Germanicus, reste d'une émouvante grandeur. Chacun de ses livres fait époque ; il triomphe dans chaque genre : odes, sonnets, ballades et poèmes d'amour. Comme tout vrai poète, Van Wyk Louw est un innovateur : avec un instinct sûr, il a pressenti, exploité les possibilités de l'afrikaans comme langue parlée et langue poétique. La poésie afrikaans lui doit de nouveaux rythmes, des rimes audacieuses, des images éclatantes qui ont fait sentir pour la première fois la saveur des mots.
Ses Nuwe Verse de 1954 furent suivis, en 1962, par un recueil intitulé Tristia, à l'exemple d'Ovide, composé en exil, à l'époque où Van Wyk Louw professait à Amsterdam. Sujets et forme étaient inattendus, car ce recueil expérimental s'adossait à des préoccupations métaphysiques : les poèmes successifs de Tristia confrontent, en une composition dense, l'homme à une histoire qui n'est autre que celle de Dieu dans le monde ; les thèmes historiques en sont autant d'exemples, qu'il s'agisse de la Russie tsariste ou stalinienne, de la chrétienté primitive, de la Renaissance, de l'Europe moderne ou de l'Afrique du Sud. L'emploi du néologisme et la scansion très souple correspondent chez lui à une liberté anarchique du vers. Van Wyk Louw apporte à la critique afrikaans – c'est un aspect important de son œuvre – sa profonde culture. L'un de ses mérites aura été d'avoir détourné la critique afrikaans de l'interprétation biographique et de l'avoir orientée vers des voies plus modernes.
Il faut placer aux premiers rangs des poètes de cette génération une femme, Elisabeth Eybers (1915-2007). Ses premiers poèmes, Die Vrou, Dieu stil avontuur, Die ander dors, traitent de sujets personnels et intimes, les confessions de la femme, épouse et mère. Dans ces sonnets, une légèreté éthérée se mêle à beaucoup de lucidité. Elle est probablement la seule, parmi les poètes sud-africains, à rappeler les exigences d'une clarté classique. Dans ses derniers recueils de poésie, Onderdak et Einder, les problèmes liés à la solitude, à l'amour et à la vieillesse sont traités avec une fine ironie. L'auteur s'efforce aussi d'exprimer à travers sa poésie les expériences du quotidien.
On retrouve l'inquiétude des romantiques dans l'œuvre d'Uys Krige (1910-1987) : nostalgie des pays lointains, wanderlust, goût des déplacements et prédilection pour les figures pittoresques, comme le soldat, le prisonnier de guerre, le fou, l'homme moderne perdu dans la grande ville. Krige se laisse emporter par sa propre volubilité, en des vers qui ne manquent ni de verve, ni de force. Rooidag, Oorlogs-gedigte et Hart sonder hawe sont ses meilleurs poèmes ; il a également laissé d'excellentes traductions en afrikaans de Gautier, Villon, Baudelaire, Eluard, Lope de Vega et Lorca.
Dans le renouveau poétique des années 1930, la prose joue un rôle assez limité : il semblait que le roman afrikaans ne devait plus sortir des ornières d'un réalisme attardé, lorsqu'une œuvre d'un style neuf, d'une extraordinaire sincérité et d'un ton violent, fit sensation auprès du public afrikaans : Sy kom met die Sekelmaan, de Hettie-Smit (1908-1973). Ce « best-seller » sud-africain, roman par lettres et journal, dépeint, non sans un certain exhibitionnisme, un amour malheureux qui fait passer l'héroïne par toute la gamme des émotions, dont est capable une femme : tendresse, folie, colère, allant de la sentimentalité la plus fade au sarcasme le plus acéré.
La littérature afrikaans depuis 1948
Apartheid et littérature : cadres et fonctionnement
La fin de la Seconde Guerre mondiale ne forme pas une ligne de fracture dans le développement de la littérature en langue afrikaans. Le temps fort véritable réside dans le triomphe des nationalistes (c'est-à-dire du Parti nationaliste afrikaner) aux élections législatives de 1948, qui installe au pouvoir le régime dit d'apartheid pour plus de quarante ans. Les hommes de lettres afrikaners peuvent y lire le triomphe de leur langue et des efforts d'acculturation conduits depuis l'installation de l'Académie sud-africaine des lettres et des arts (1910). Il existe, au début des années 1950, une harmonie presque parfaite entre la vision littéraire afrikaner et l'idéologie politique dominante. Rarement une responsabilité culturelle aura été aussi pleinement revendiquée par une classe littéraire dont il est crucial de concevoir qu'elle est intimement liée aux élites politiques, religieuses (protestantes) et universitaires. Dans ce sens, l'installation constitutionnelle de l'apartheid sous les nationalistes trouve dans la littérature de langue afrikaans une sublimation et un mode essentiel de formation culturelle.
Cette conjoncture est renforcée par le fait qu'entre 1940 et 1957 disparaît la génération des écrivains qui forgèrent l'afrikaans comme une langue de culture, d'administration et d'expression politique : ainsi, Jan Cilliers (1865-1940), Totius (1877-1953), Louis Leipoldt (1880-1947) et C. M. Van den Heever (1902-1957). L'influent D. F. Malherbe (1881-1969) cesse pratiquement d'écrire à cette époque (Rooiland, 1953). La génération de 1948 a donc doublement conscience de devoir rester fidèle à ces fondateurs et de participer à une mission : arrimer au nouveau régime les énergies littéraires. En 1947 sort une bibliographie des sources littéraires afrikaans (Bronnegids by die studie van die Afrikaanse taal en letterkunde). On assiste donc à la mise en place d'un « classicisme » et à l'installation d'un système efficace de prix littéraires récompensant les jeunes écrivains (prix Hertzog, Preller, Stal). En 1970, la littérature afrikaans comptera 25 000 ouvrages, dont 5 787 dans le domaine littéraire (contre 90 au total en 1900). Les éditeurs encadrent l'activité littéraire (Tafelberg, Human & Rousseau, Perskor, Nasionale Boekhandel), l'Académie publie une liste annuelle des « bons » livres (de 1954 à 1970), et le Musée national des lettres (1969) entretient le culte des auteurs. Deux revues donnent le ton, Poort et Tydskrif vir Geeteswetenskappe. Si la commission de censure (jusqu'à la fin des années 1980) impose des normes de style et de contenu, le contrôle de l'État (en l'occurrence certaines universités et l'Église réformée, lesquelles comptent un critique tel que P. J. Nienaber) sur la radiodiffusion et sur la télévision est une contrainte supplémentaire. L'écrivain afrikaner, de 1948 à la fin des années 1980, opère en champ clos.
Traditions poétiques
D'une part, il est clair que certains écrivains, mis à part N. P. Van Wyk Louw (1906-1970), choisissent de se retirer dans la littérature. Défiance envers la violence grandissante d'un régime foncièrement oligarchique ou splendide isolement de l'homme de lettres qui laisse au politique le soin des affaires, un certain nombre d'écrivains afrikaners vivent les années 1948-1976 comme l'occasion de construire leur univers littéraire. Diederik Johannes Opperman (1914-1985) formule une poétique qui vise a sublimer l'afrikaans en tant que langage quotidien (la Spreektaligheid) et à intégrer en un matériau unique des références intertextuelles empruntées au fonds littéraire européen. Cette entreprise est marquée par Heilige beeste (1945), Negester oor Nivené (1947), Joernaal van Jorik (1949) et Komas uit'n bamboesstok (1979). Opperman crée un « laboratoire » de poésie à Stellenbosch d'où sont issus Lina Spies (Digby vergenoeg, 1971), Leon Strydom (Geleentheidsverse, 1973), Marlene Van Niekerk (Sprokkelster, 1977) et Fanie Olivier (Gom uit die sipres, 1971). Ernst Van Heerden (1916-1997 ; Weerlose uur, 1942 ; Tyd van verhuising, 1975), Sarel Jakob Pretorius (1917-1995 ; Vonke, 1943) et G. A. Watermeyer (1917-1972 ; Sekel en simbaal, 1948) poursuivent, eux, dans la tradition lyrique afrikaans.
Le théâtre, fidèle aux modèles classiques, reste dominé, durant les années 1950, par Uys Krige (1910-1987), avec Alle paaie gaan na Rome (1949), Die Goue Kring (1956) ; N. P. Van Wyk Louw (1906-1970), avec Dias (1952), Germanicus (1956) et Asterion (1957, 1965) ; D. J. Opperman (1914-1985), avec Periandros von Korinthe (1954) ; G. J. Beukes (1913-2004) et Henriette Grové (1922-2009).
L'obsession romanesque
Le roman forme l'essentiel de l'activité littéraire. Le romancier afrikaner choisit, durant cette période, de donner à sa langue une dimension qu'elle ne possède pas encore. Il s'agit de produire, aussi rapidement que possible, l'équivalent d'une quelconque littérature romanesque européenne. Le roman, à la différence de la poésie, est chargé d'une vraie mission culturelle. La plupart des romanciers afrikaners connaissent parfaitement l'histoire littéraire européenne et entendent en tirer le meilleur parti. Le résultat en est une littérature romanesque dont la variété et la richesse semblent presque sans rivale sur le continent africain. On citera Mikro (1903-1968 ; trilogie Toiings, Pelgrims, Vreemdelinge, 1934-1935-1944) ; Boerneef (1897-1967 ; Teen die helling, 1956) ; W. A. De Klerk (1917-1996 ; Die Wolkemaker, 1949-1962) ; Willem Van der Berg (1916-1952 ; Reisigers na nêrens, 1946). Les romancières tiennent un rang important : M.E.R. (Maria Elizabeth Rothmann, 1875-1975 ; Uit en tuis, 1946), Elise Muller (1919-1985 ; Die Vrou op die skuit, 1956), Berta Smit (1926-1997 ; Die Vrou en die bees, 1964), Henriette Grové (1922-2009 ; Winterreis, 1971), Anna Margaretha Louw (1913-2003 ; Kroniek van Perdepoort, 1975). Plus originale, Elsa Joubert (1922-2020) construit son œuvre autour des Noirs sud-africains (Die Staf van Monomotapa, 1964, et l'immense succès de Le Long Voyage de Poppie Nongena, Die Swerfjare van Poppie Nongena, 1978). Elle rejoint François Alwyn Venter (1916-1997), dont le roman Swart Pilgrim (1952, 1958) place au premier plan un personnage africain. Cette littérature romanesque se redouble d'une littérature populaire, le kontreikuns (roman rural), ou favorisant l'exotisme : Hennie Aucamp (1934-2014 ; N'Baksel in die môre, 1973), Karel Schoeman (1939-2017 ; Un étrange pays, n'Ander Land, 1984), Abraham H. De Vries (1937-2024 ; Dorp in die Klein Karoo, 1966).
L'alternative soixantiste
Toutefois apparaît vers la fin des années 1950 une génération qui offre à l'activité littéraire une nouvelle voie, les Sestigers (« soixantistes »). Revenus d'Europe, de jeunes écrivains en rapportent l'absurde, l'existentialisme, la phénoménologie et le structuralisme. Il s'ensuit une crise intellectuelle mise en scène par André Brink (1935-2015) dans L'Ambassadeur (Die Ambassadeur, 1964). Les Sestigers représentent ainsi à la fois le résultat d'un demi-siècle de patient façonnement de la littérature afrikaans et sa trahison politique : passant en Europe, les soixantistes découvrent comment l'Europe postcoloniale considère déjà l'apartheid : les auteurs de référence sont désormais Jean-Paul Sartre, Albert Camus, mais aussi Henry de Montherlant, André Malraux et Eugène Ionesco, puisque ces « ambassadeurs » de la littérature montante afrikaans choisissent d'aller en France pour la plupart.
Trois revues véhiculent l'alternative : Sestiger (1963-1965), Contrast (1961, bilingue), Standpunte (1960) et, sous un nouveau jour, Tydskrif vir Letterkunde (1963). Leur succéderont, dans les années 1970, des revues d'avant-garde (Graffier, Ensovoort, Stet). Des éditeurs voient le jour (Taurus), des prix littéraires (comme le prix Ingrid-Jonker) reconnaissent les nouveaux talents, une guilde rassemble les soixantistes.
Les Sestigers axent leurs créations sur trois points cruciaux : la responsabilité littéraire de l'écrivain face à un régime perçu comme inique : la poétesse Ingrid Jonker (1934-1965), qui se suicide devant l'intransigeance de son père, maître d'œuvre de la censure ; l'identification par les Noirs de l'afrikaans à l'apartheid : le poète métis Adam Small (1936-2016), auteur de Kitaar my kruis (1961), ne peut être reçu à l'Académie ; l'engagement politique (betrokkenheid), avec l'emprisonnement de Breyten Breytenbach (1939-2024). La rupture avec la tradition poétique est annoncée dès 1956 par Jan Rabie (1920-2001) dans son recueil Een-en-twintig. Breytenbach entame une œuvre de longue haleine, marquée par Die ysterkoei moet sweet (1964), Die Huis van die dowe (1967), Oorblyfsels (1970), Skryt (1972), Une saison au paradis (n'Seisoen in die paradys, 1976). Poète, lecteur de Baudelaire et de Rimbaud, il ouvre la voie à la poésie afrikaans contemporaine. Sheila Cussons (1922-2004) offre alors une œuvre centrée sur la remise en question d'un autre « pilier » de la culture afrikaner, Dieu (Die Swart Kombuis, 1978). Wilma Stockenström (née en 1933) tente, elle, de prendre mesure de son appartenance à l'Afrique (Van vergetelheid en van glans, 1976). La force de la poésie sestiger se lit dans les œuvres de D. P. M. Botes (1937-2013), P. De Vaal Venter, Wilhelm Knobel (1935-1974), Henk Rall et Louis Esterhuizen (né en 1955).
L'impact des Sestigers se fait aussi sentir dans la littérature dramatique. Dès 1959, Bartho Smit (1924-1986), avec son examen de la guerre anglo-boer, Moeder Hanna, se crée une réputation d'auteur engagé, souvent satirique : suivront notamment Putsonderwater (1962), Bacchus in die Boland (1974). Chris Barnard (1939-2015) prolonge les voies ouvertes en France par le théâtre de l'absurde (Pa, maak vir my 'n vlieër, Pa, 1964, 1969 ; N' Man met vakansie, 1977). Plus politique, André Brink met en scène Die Verhoor et Die Rebelle (1970), un épisode de l'histoire afrikaner, suivis de Pavane (1974), évocation de l'Amérique du Sud révolutionnaire. Dans une veine similaire, citons George Louw (1939-2023) avec Die Generaal (Napoléon en Égypte, 1972), P. G. Du Plessis (1934-2017) et son Die Nag van Legio (1969) et Wilma Stockenström (Laaste Middagmaal, 1966 ; Le Baobab, Die Kremetartekspedisie, 1981). Les conseils régionaux des arts du spectacle font aujourd'hui place à ces auteurs. Vers 1970 se met aussi en place un théâtre « communautaire » fortement politisé, soutenu par les organisations politiques noires et métisses. Adam Small y crée son Cape Flats Players, (1973).
Deux romanciers opèrent une mise à jour de la fiction. Étienne Leroux (1922-1989) publie une œuvre puissante, parabole politique fondée sur un matériau mythique et psychanalytique : Die Eerste Lewe van Colet (1956), Sept jours chez les Silberstein, (Sewe dae by die Silbersteins, 1962), Magersfontein, o Magersfontein (1976, interdit par la censure). André Brink s'impose comme un romancier en prise sur l'actualité tant politique que littéraire : Orgie (1965), Au plus noir de la nuit (Kennis van die aand, 1973), Un instant dans le vent (N'Omblik in die wind, 1975), Rumeurs de pluie (Gerugte van reën, 1978). Accompagnent ces deux figures centrales : Chris Barnard (Mahala, 1971), W. F. Van Rooyen (1935-1985), Eleanor Baker (1944-2002), J. C. Steyn (1938-2021). Les Sestigers ont donc opéré pour la littérature sud-africaine une véritable révolution, dont l'impact se fait sentir dans les années 1990, à la fois dans la diversification des genres, la désintégration des institutions officielles, la redéfinition de l'enseignement littéraire et la mise en œuvre de ponts communs entre littératures afrikaans anglophones et littératures des langues africaines locales.
Depuis Nelson Mandela
Depuis la fin de l'apartheid, en 1994, et la politique de réconciliation et d'amnistie menée avec succès sous la présidence de Nelson Mandela qui, dans son discours d'investiture, cita longuement un poème d'Ingrid Jonker, la littérature afrikaans subit une crise d'identité. Les écrivains ont dû faire face à l'accusation portée contre l'afrikaans comme « langue de l'oppression ». Ils ont dû résister à la tentative d'accaparement de l'afrikaans par des Blancs qui revendiquent celle-ci comme leur héritage propre, dans le contexte politique de la protection des droits culturels accordés aux minorités. Plus généralement, ils se trouvent désormais face à la soudaine ouverture de l'Afrique du Sud sur le monde extérieur. En réponse à cette triple exigence, le milieu littéraire afrikaans a répondu avec la même vigueur qu'au moment de la domination britannique. La littérature « Swart Afrikaans » (afrikaans noir) a été reconnue. Au premier rang des nouveaux auteurs, on trouve Antjie Krog, née en 1952, rebaptisée la « Pablo Neruda afrikaans » par la poétesse et critique afrikaans Joan Hambidge, qui doit une renommée internationale à son ouvrage sur la Commission Vérité et Réconciliation, dont elle relate l'éprouvante expérience dans La Douleur des mots (2004, écrit en anglais sous le titre Country of my Skull, 1995). Les manifestations littéraires telles que le Klein Karoo Nasionale Kunstefees, la politique agressive des maisons d'édition (Tafelberg, Human & Rousseau) montrent une vitalité inconnue jusqu'alors, qui autorise l'apparition de nouvelles formes comme la bande dessinée (Bitterkomix) ou de nouveaux genres (comme la littérature gay). La communauté afrikaans s'investit aussi dans la publication de littérature pour enfants et de recueils pour l'enseignement secondaire. Le site Internet « Litnet », dont le rédacteur en chef est l'écrivain Etienne van Heerden, est le lieu d'échanges vifs, et offre une compréhension très complète de la littérature afrikaans du début du xxie siècle. Cette littérature souffre cependant de sa difficulté à sortir du cercle étroit d'une culture fondamentalement solipsiste, ce qu'illustre un cruel paradoxe : d'ascendance afrikaans, John M. Coetzee (né en 1940), Prix Nobel de littérature en 2003, n'écrit qu'en anglais, et a acquis la nationalité australienne.
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Écrit par
- Ivan CROUZEL : docteur en science politique, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde
- Dominique DARBON : professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Bordeaux
- Benoît DUPIN : professeur agrégé, enseignant à Sciences Po Bordeaux, spécialiste de l'Afrique du sud, rattaché au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM)
- Philippe GERVAIS-LAMBONY : professeur à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
- Philippe-Joseph SALAZAR
:
distinguished professor en rhétorique à l'université du Cap, ancien doyen - Jean SÉVRY : professeur émérite à l'université Paul-Valéry, Montpellier
- Ernst VAN HEERDEN : D. Litt. et Ph. (Gand), D. Litt. honoris causa, professeur émérite de l'université du Witwatersrand, Johannesburg.
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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- Écrit par Universalis
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APARTHEID - (repères chronologiques)
- Écrit par Olivier COMPAGNON
- 353 mots
Mai 1948 Vainqueur des élections, le Parti national de Daniel F. Malan, héritier du « Parti nationaliste purifié » fondé en 1930, entreprend une politique de ségrégation raciale systématique.
1949 Une loi interdit les mariages entre Blancs et non-Blancs.
1950 Le Population Registration...
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FIN DE L'APARTHEID EN AFRIQUE DU SUD
- Écrit par Olivier COMPAGNON
- 220 mots
- 1 média
En février 1991, le président sud-africain Frederik De Klerk annonce son intention de mettre un terme au régime d'apartheid (le terme signifie « séparation » en afrikaans) qui, depuis 1948, fait de la ségrégation raciale la clé de voûte de la vie politique, sociale et économique de son...
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ABRAHAMS PETER (1919-2017)
- Écrit par Encyclopædia Universalis
- 390 mots
Romancier sud-africain de langue anglaise, Peter Henry Abrahams naît le 19 mars 1919 à Vrededorp, près de Johannesburg. Fils d’un Éthiopien et d’une métisse du Cap, il quitte l'Afrique du Sud à l'âge de vingt ans et s'installe d'abord en Grande-Bretagne puis à la Jamaïque. C'est néanmoins sa...
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AFRIQUE (Structure et milieu) - Géographie générale
- Écrit par Roland POURTIER
- 24 463 mots
- 27 médias
Àl'extrémité sud du continent, l'implantation des Blancs remonte à la fondation du Cap en 1652, pour le compte de la compagnie hollandaise des Indes orientales. La formation territoriale de l'Afrique du Sud a été jalonnée, au cours du xixe siècle, d'une part, par les rivalités... -
AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations
- Écrit par Marc MICHEL
- 12 429 mots
- 24 médias
...était rejetée vers un avenir incertain. Malgré tout, la situation évolua en faveur des nationalistes à partir de 1974, notamment grâce au recul portugais. Cette évolution du conflit amena la république d'Afrique du Sud, dès 1973, à proposer un arrangement conduisant la Rhodésie à une indépendance garantissant... -
AFRIQUE AUSTRALE
- Écrit par Jeanne VIVET
- 6 102 mots
- 5 médias
L’Afrique du Sud, puissance économique et politique régionale incontestée, constitue le cœur de cet ensemble. Une délimitation économique restreint l'Afrique australe au premier « cercle » de l’Afrique du Sud, son périmètre d’influence directe, qui correspond à l’Union douanière d’Afrique australe (South... - Afficher les 110 références
Voir aussi
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- ZOULOUS ou ZULU
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