AMÉRIQUE LATINE La question indienne
C'est au début des années 1980 qu'un mouvement panindien émerge en Amérique latine. Au Mexique, mais aussi au Guatemala, en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Bolivie, des organisations dirigées par une élite souvent éduquée à la ville élaborent des revendications qui vont au-delà des demandes traditionnelles de récupération de terres et d'amélioration des conditions socio-économiques des populations rurales. Cette élite indianiste tient un discours analogue à celui de ses homologues du Canada et des États-Unis. L'autonomie (plus que l'autodétermination) en est le maître mot. En substance, les Indiens d'Amérique latine réclament une reconnaissance positive de leur identité et de leurs modes de vie. Ils demandent à maîtriser l'orientation de leur développement et à gouverner leurs territoires selon des valeurs qu'ils considèrent radicalement différentes de celles qui fondent les gouvernements des nations latino-américaines contemporaines. Ce mouvement indien prend une dimension continentale en 1992, lors de la célébration du cinq centième anniversaire de la « rencontre des deux mondes ». Des fédérations d'organisations régionales et nationales se constituent à ce moment-là, dont certaines acquièrent une visibilité internationale et jouent un rôle important dans les activités du groupe de travail de l'O.N.U. sur les populations autochtones. Cependant, le mouvement indien ressemble davantage à une nébuleuse insaisissable, dont les réussites politiques sont sans commune mesure avec les espoirs qu'il a suscités.
Les Indiens, entre minorité et majorité
L'indianité est difficile à définir. Sorte de frontière symbolique poreuse et mouvante, elle traverse l'ensemble des rapports sociaux. Le métissage avancé des sociétés latino-américaines et la mobilité croissante des individus rendent impossible, ici plus qu'ailleurs, l'adéquation entre des groupes humains bien définis et une identité culturelle indigène. En outre, chaque pays présente une situation particulière. Toutefois, quelques estimations peuvent être formulées, selon les critères linguistique et d'auto-identification pris en compte par la plupart des recensements.
Ainsi, les Indiens constituent environ 10 p. 100 de la population latino-américaine totale. Ils représentent la moitié de la population au Guatemala et en Bolivie, environ 30 p. 100 en Équateur et au Pérou, et de 10 à 13 p. 100 au Belize, au Honduras et au Mexique. Ailleurs, ils dépassent rarement les 5 p. 100, hormis au Nicaragua, au Panamá et au Chili (de 7 à 8 p. 100). L'Uruguay est le seul pays d'Amérique latine sans population indienne originaire.
Il s'agit d'une population de moins en moins rurale, bien que les Indiens soient souvent majoritaires dans les campagnes du sud du Mexique, du Guatemala et des pays andins. L'image de l'enclave indienne, encore valable dans les années 1960, est largement battue en brèche par une migration accrue vers les villes de chacun des pays concernés comme vers l'étranger. Les Indiens restent néanmoins majoritaires parmi les couches les plus pauvres des sociétés latino-américaines. Indianité reste synonyme de pauvreté.
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Écrit par
- David RECONDO : chargé de recherche, C.E.R.I.-Sciences Po
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