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AMÉRIQUE (Structure et milieu) Géographie

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Le milieu physique

La disposition longitudinale du relief

Le relief est caractérisé par l'absence de compartimentage de détail, analogue à ce qui existe en Europe occidentale, par exemple ; il a donc offert à l'occupation humaine un vaste cadre, aux amples paysages, propices à la constitution de grands États plutôt qu'au morcellement politique. Des masses grandioses présentent une disposition zonale nord-sud et, généralement, les montagnes sont situées à la périphérie par rapport à des zones centrales basses.

En Amérique du Nord, le relief s'articule autour du creux de la baie d' Hudson et de ses abords ; ce creux se prolonge en se rétrécissant vers le sud, occupé par le déploiement des Grands Lacs et les ramifications du bassin du Mississippi, tandis qu'il est encadré par des montagnes, tant à l'ouest (nord-nord-ouest - sud-sud-est) qu'à l'est (nord-est - sud-ouest), et même, au nord-est, par les hauteurs du Groenland. De même, en Amérique du Sud, le creux amazonien, prolongé par le bassin de l'Orénoque au nord et celui du Paraguay-Paraná au sud, est encadré à l'ouest, au nord-est et au sud-est par des systèmes montagneux.

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En effet, comme toute masse continentale, ces deux demi-continents se sont formés autour de noyaux fort anciens, les « boucliers », zone résistante, ultérieurement plus ou moins recouverte par des sédiments, à la périphérie desquels des zones de plissement ont créé progressivement les grandes chaînes de montagnes que l'on voit maintenant dans les régions subcôtières. Ce mouvement est si caractéristique que l'étude détaillée des reliefs des Rocheuses ou des Andes, par exemple, montre l'élaboration progressive de ces épaisses accumulations de chaînes montagneuses parallèles allant depuis l'époque géologique secondaire, au contact du bouclier, jusqu'à la période actuelle, dans l'extrême bande côtière.

Les boucliers et leurs prolongements

Ces vieux noyaux des continents jouent un rôle important. Au nord, le bouclier proprement dit forme essentiellement les abords de la baie d'Hudson, qu'il encadre sur une largeur d'environ 1 000 kilomètres, et se prolonge par la terre de Baffin. Il se présente sous la forme d'un vieux plateau constitué de roches fort anciennes, archéennes et primaires, de nature cristalline, volcanique ou sédimentaire, anciennement plissées et maintenant si usées qu'elles donnent un relief généralement aplani : les roches apparaissent tour à tour raclées jusqu'à la nudité, creusées de nombreux lacs ou recouvertes, sporadiquement, de restes dus aux anciennes moraines glaciaires. Ce socle rigide disparaît progressivement au nord sous la mer, et à la périphérie sous une couverture de sédiments secondaires de plus en plus épais, qui constituent les grandes plaines nord-américaines depuis les Grands Lacs jusqu'au golfe du Mexique. À l'est, exceptionnellement, le long du bas Saint-Laurent, le socle entre directement en contact avec les chaînes plissées orientales.

Au sud, le bouclier a subi des affaissements transversaux où se sont constitués de vastes géosynclinaux, ultérieurement occupés par des dépôts sédimentaires plus récents et drainés maintenant par les grands bassins fluviaux de l'Amérique du Sud. Le socle apparaît ici divisé en trois noyaux : au nord, il forme le substratum du massif des Guyanes ; au sud-est, il s'étend largement dans le plateau brésilien ; à l'extrême sud, il ne constitue que des noyaux réduits, ossature presque masquée du plateau patagonien.

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Ces socles rigides ne sont que le reste d'anciennes masses continentales ultérieurement disloquées et effondrées, comme à l'est de la Patagonie, ou bombées et disparaissant soit progressivement sous les sédiments plus récents, comme au sud de la baie d'Hudson, soit rapidement le long des grands géosynclinaux bordiers d'où ont surgi les montagnes plissées récentes, comme c'est la règle générale vers l'ouest. Il s'agit donc là de l'ossature même du continent.

Les bourrelets montagneux orientaux

Du côté de l'océan Atlantique, les montagnes du continent forment des hauteurs morcelées et isolées. Elles ont en commun plusieurs caractères : elles n'ont pas de sommets très élevés et ne dépassent jamais 3 000 mètres d'altitude ; elles ne sont pas majestueuses comme les cordillères occidentales, mais ont le plus souvent des formes lourdes, des alignements géométriques de faible ampleur. On n'y connaît pas de zones de volcanisme récent. L'époque de leur formation originelle est ancienne, même si elles ont été rajeunies plus tard. Au point de vue géologique, elles correspondent en grande partie à des morceaux de socle cassés, faillés et portés à une certaine altitude, parfois doublés de terrains plissés relativement anciens.

Ces bourrelets montagneux constituent, du nord au sud, les Appalaches, à l'est de l'Amérique du Nord. Cette zone montagneuse s'étend sur 3 600 kilomètres environ depuis Terre-Neuve jusqu'au nord du golfe du Mexique ; sa largeur varie de 200 à 400 kilomètres ; elle culmine à un peu plus de 2 000 mètres d'altitude. Vers l'est, elle tombe sur une plaine côtière, formée de sédiments récents, qui s'incline doucement du côté de l'océan Atlantique et se termine par une côte amphibie, découpée de profonds estuaires et jalonnée d'îles. Vers l'ouest, elle est limitée au nord par les derniers Grands Lacs, Érié et Ontario, et par le chenal du Saint-Laurent, tandis qu'au sud-ouest elle se prolonge largement par le plateau appalachien. Du nord-est au sud-ouest, on distingue deux aspects principaux : au nord de la vallée de la Mohawk et de l'Hudson, il s'agit des hauteurs montagneuses de l'est du Canada et de la Nouvelle-Angleterre, formées d'un plateau et de petits massifs qui culminent au mont Washington à 1 917 mètres d'altitude. Ils sont séparés les uns des autres par de profondes vallées qui sont souvent des fossés tectoniques, comme celui du Connecticut. Au sud de la Mohawk, les Appalaches proprement dites sont formées de quatre bandes parallèles : le piémont, la région des crêtes et des vallées, le plateau appalachien et un bas plateau intérieur qui fait la transition avec les grandes plaines.

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Au nord-est de l'Amérique du Sud, le petit massif des Guyanes s'étend d'ouest en est, sur 900 kilomètres de longueur et presque autant du nord au sud, dans sa partie centrale. On en retrouve une apophyse, à l'est, au Suriname, avec la sierra Wilhelmine et les monts Orange. Mais la partie principale est à l'ouest, au Venezuela, et constitue la ligne de hauteurs formant frontière avec le Brésil. Le point culminant est le mont Roraima (2 810 m), point de rencontre des frontières du Venezuela, du Guyana et du Brésil. Ce massif est constitué par des sommets arrondis et des vallées étroites, correspondant souvent à des dislocations tectoniques, et couronné par de grandes tables gréseuses.

Au sud de la vallée de l'Amazone, de vastes régions, de hauteurs modérées, s'étendent depuis le nord-est du Brésil jusqu'à la région de Pôrto Alegre. Elles constituent, à l'intérieur, un vaste plateau, le Mato Grosso, qui se différencie dans la partie orientale, où il est fractionné par de grands fossés tectoniques, comme celui de la vallée du São Francisco, ou soulevé en bourrelets montagneux, parfois situés à une certaine distance de la mer comme la chapada Diamantina (État de Bahia), la serra do Espinhaço (État de Minas Gerais), ou dominant directement la côte comme la fameuse serra do Mar de Rio de Janeiro. Le point culminant de ces chaînes est le Pico da Bandeira (2 851 m). Ces deux ensembles du massif des Guyanes et des hauteurs brésiliennes sont séparés des Andes par d'assez vastes plaines peu élevées au drainage parfois incertain, comme entre le bassin de l'Amazone et celui de l'Orénoque où l'on peut, à la saison des pluies, passer en barque d'un système hydrographique à l'autre. L'altitude des coupures ne dépasse guère 200 à 300 mètres.

Au contraire, au sud, le plateau patagonien s'appuie aux Andes. Il descend d'ouest en est, mais il est un peu plus élevé au sud où il s'abaisse de 1 500 à 600 mètres. Ici, les morceaux de socle granitique sont pratiquement noyés sous la masse des coulées volcaniques et des sédiments plus récents.

Les grandes cordillères occidentales

Mont McKinley - crédits : Brett Baunton/ Stone/ Getty Images

Mont McKinley

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De l'extrémité occidentale de l' Alaska à la pointe orientale de la Terre de Feu et au cap Horn, s'allonge, se ramifie et se courbe la plus grande chaîne de montagnes du globe. Si l'on tient compte des courbes et des apophyses, on peut en évaluer la longueur à plus de 20 000 kilomètres. Mais il s'agit, en réalité, d'un ensemble fort complexe par sa nature, ses origines, ses époques de formation et ses aspects naturels. Au nord-ouest, en Alaska, deux grandes chaînes formées par les monts Brooks au nord et les monts d'Alaska au sud encadrent le bassin du Yukon ; la chaîne méridionale qui suit étroitement la côte est jalonnée de plusieurs volcans en activité et par les trois sommets les plus élevés de l'Amérique du Nord : le mont McKinley (6 194 m), le mont Logan (5 959  m) et le mont Saint Elias (5 486 m) ; ces deux derniers s'élèvent à la frontière entre l'Alaska et le Canada. De la frontière canadienne au centre du Mexique, les chaînes prennent une direction nord-ouest-sud-est.

Vallée de la Mort - crédits : Jeff Goulden/ Getty Images

Vallée de la Mort

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Elles sont constituées par une chaîne côtière, plus ou moins ennoyée dans la partie septentrionale, où elle forme en Colombie britannique une série d'archipels et la grande île de Vancouver ; elle est découpée aux États-Unis en hauts blocs séparés par de profonds fossés, tels que la sierra Nevada ou la presqu'île de Californie, les fossés du Sacramento et du San Joaquín, la fameuse vallée de la Mort (Death Valley) qui descend jusqu'à 84 mètres au-dessous du niveau de la mer, le golfe de Californie. À l'est s'étend une série de hauts plateaux recouverts, au nord, par de larges épanchements volcaniques, et constituant, au sud, de vastes déserts aux formes et aux couleurs extraordinaires. Plus à l'est encore, la puissante cordillère des montagnes Rocheuses forme la limite de la masse montagneuse occidentale. Depuis le nord de la Colombie britannique où les Rocheuses prennent le relais des Monts Mackenzie, jusqu'au sud du Nouveau-Mexique, elles se suivent en une vigoureuse masse de plissements dont les sommets culminent à plus de 4 000 mètres ; les Rocheuses tombent brusquement par des dénivellations de 2 000 à 3 000 mètres sur les plateaux intérieurs qui descendent vers les grandes plaines.

Le Popocatepetl - crédits : Robert Frerck/ Getty Images

Le Popocatepetl

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En Amérique centrale, relief et structure se compliquent ; l'ensemble des montagnes mexicaines correspond aux cordillères occidentales des États-Unis. Elles se décomposent en deux chaînes : la sierra Madre occidentale et la sierra Madre orientale, séparées par un triangle de hauts plateaux. Le volcanisme récent apparaît largement, surtout dans le grand bloc ouest-est qui porte le haut bassin de Mexico et relie entre elles les deux sierras à leur extrémité méridionale. C'est là que l'on trouve les plus hauts sommets du Mexique avec l'Orizaba (5 699 m) et surtout le Popocatépetl (5 450 m), dont le sommet neigeux est visible de la capitale. Au niveau de l'isthme de Tehuantepec, une coupure presque complète traverse cette zone montagneuse. Au-delà, la cordillère est fractionnée par une série de dépressions tectoniques, dont les deux plus importantes sont celle qui est occupée par le lac de Nicaragua et celle qui a été utilisée pour le percement du canal de Panamá. Quant à l'ossature montagneuse de l' arc insulaire, elle est formée par une grande déviation orientale des cordillères, avec direction ouest-est dans la partie septentrionale, nord-sud dans les Petites Antilles où s'élèvent des volcans dont le plus célèbre est à la Martinique (montagne Pelée, 1 397 m). Cet arc se retrouve au Venezuela dans la branche la plus orientale des cordillères de l'Amérique du Sud.

Les chaînes montagneuses sud-américaines peuvent être divisées en trois parties : jusqu'au centre du Pérou, les cordillères sont vigoureuses, séparées par de profonds fossés tectoniques dont celui du río Magdalena est le plus remarquable ; les volcans forment les principaux sommets, le plus élevé est le mont Chimborazo (6 310 m). Du centre du Pérou jusqu'au 30e parallèle, les cordillères s'écartent et se multiplient : on en compte jusqu'à quatre entre la Bolivie et le Chili septentrional. Elles enserrent de hauts plateaux, souvent occupés par des lacs (lac Titicaca) ; elles sont couronnées par un nombre impressionnant de sommets de plus de 6 000 mètres. Au sud, les Andes redeviennent plus étroites, elles culminent à l'Aconcagua (6 959 m) au nord-est de Santiago, puis s'abaissent progressivement jusqu'au sud où elles sont découpées par de nombreuses vallées transversales et émiettées en une série d'îles dans les grands archipels du Chili méridional.

Cette puissante barrière montagneuse tombe rapidement sur la côte ; elle est bordée le long du Pacifique par de profondes fosses sous-marines, notamment au sud de l'Alaska, au large de la Californie et le long des côtes péruvienne et chilienne. C'est au voisinage des cordillères côtières que l'on rencontre le plus grand nombre de volcans et les témoignages des glissements les plus récents et des grands tremblements de terre comme ceux de l'Équateur et du Pérou (1868), de San Francisco (1906 et 1989), du Chili (1960), du Venezuela (1967), du Mexique (1985). Des sondes de pétrole ont même été déformées en Californie, attestant la permanence de mouvements contemporains.

L'importance du rôle des glaciations

Pour achever de caractériser les aspects du relief du continent américain, il faut encore souligner le grand rôle joué par les glaciations passées. Leur importance reflète la dissymétrie de la position du continent par rapport à l'équateur. Dans le nord, on trouve des traces de glaciation généralisée jusqu'au 38e parallèle, et même dans la plaine, jusqu'au nord du confluent de l'Ohio et du Mississippi.

Certains accidents majeurs des paysages, comme la direction des cours d'eau dans le Nord, l'existence des Grands Lacs, la multiplicité des petits lacs, sont le résultat direct de cette action. À l'ouest, dans la montagne, la glaciation complète n'avait guère affecté la région que jusqu'au 46e parallèle, c'est-à-dire jusqu'au bassin de la Columbia et aux Rocheuses septentrionales ; au-delà, il y a eu des glaciations de montagnes de type alpin qui n'ont pas façonné tout le relief, mais ont laissé comme traces de nombreux cirques et vallées. Les côtes de ces régions septentrionales du continent sont entaillées de magnifiques fjords, comme au Labrador ou à l'ouest du Canada.

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En Amérique du Sud, les effets de la glaciation ont été tels, dans toute la partie méridionale, qu'ils ont contribué à morceler la grande chaîne andine en une série de blocs, traversés par des lacs et des vallées dans le sens est-ouest, résultat du passage et du travail des anciens glaciers. Ici aussi, un dédale de fjords magnifiques se ramifie entre des îles boisées et peu élevées parce que rabotées jadis par les glaciations.

Les conditions générales du climat

L'étirement du continent en latitude a pour corollaire une grande variété climatique. On passe normalement des terres glacées du Nord canadien aux chaudes moiteurs étouffantes équatoriales, pour retrouver au sud de l'Argentine des températures basses et des climats brumeux. On peut dire schématiquement que, dans les plaines de l'est, le climat équatorial occupe le bassin de l'Amazone, les climats tropicaux humides ou secs poussent jusqu'au 30e parallèle au nord, jusqu'au tropique au sud, les climats tempérés de plus en plus frais jusqu'au Saint-Laurent au nord, et pratiquement jusqu'à l'extrémité de la Patagonie au sud.

Mais cela n'est pas vrai sur toute la largeur du continent. D'autres éléments introduisent des modifications si totales qu'on peut trouver à la latitude même de l'équateur toute la variété des températures et toute la gamme des cultures et des végétations qui se succèdent sur d'immenses versants. Que ce soit au Mexique, où s'étagent classiquement terres chaudes, terres tièdes et terres froides, ou sur les versants andins, on passe de la culture de la canne à sucre et du coton à celle des orangers, puis au maïs et aux haricots, enfin à la prairie d'altitude, avant de trouver les neiges éternelles.

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En effet, la disposition du relief, l'importance des masses continentales et la température des eaux marines exercent tour à tour une influence prédominante qui peut effacer celle de la latitude.

Relief et climat

Le relief exerce son influence de plusieurs manières.

Les cordillères, qui bordent les rives occidentales, continues, massives et élevées empêchent une large pénétration des influences adoucissantes et régulatrices du Pacifique, aux latitudes tempérées où la circulation atmosphérique se fait normalement d'ouest en est. Dans l'étroit cordon isthmique de l'Amérique centrale, et surtout dans les Antilles, où prédominent les vents alizés soufflant du nord-est, l'opposition entre le versant au vent très arrosé et le versant sous le vent, beaucoup plus sec, est également un élément caractéristique dû à cette ossature montagneuse.

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En second lieu, la disposition des terres élevées à l'ouest et à l'est de l'Amérique du Nord comme de l'Amérique du Sud laisse au centre de vastes couloirs de plaines. Cela favorise la pénétration des masses d'air polaire qui, en hiver, s'avancent très loin ; ces influences déterminent des coups de froid ou des vents froids qui peuvent se faire sentir au sud jusque sur le plateau brésilien et en Amazonie centrale, au nord, jusqu'au sud des Grands Lacs. Les vents froids ont reçu des noms caractéristiques : le nortedu Mexique, le friagemdu Brésil équatorial, le pampero d'Argentine... En dehors des coups de froid, ces conditions particulières à la circulation atmosphérique engendrent également des mélanges, dans les masses d'air polaire et équatorial, qui déclenchent des tornades et des orages fréquents et redoutables.

Mais l'élément le plus caractéristique du relief est sans doute la perturbation générale déterminée par les grandes masses de terre des cordillères occidentales. En effet, celles-ci créent un milieu absolument original : sous l'équateur même, les terres cultivées montent jusqu'à 4 000 mètres ; au-dessus, on trouve encore des pâturages et un élevage extensif. Les neiges éternelles, qui descendent jusqu'à 700 mètres dans la Terre de Feu, ne se trouvent ici qu'autour de 5 000 mètres ; Quito, la capitale de l'Équateur, située à 2 800 mètres, jouit d'un éternel printemps. À mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, les limites des différentes zones de végétation et de cultures baissent régulièrement, plus rapidement vers le sud que vers le nord. Les terres cultivées montent encore jusqu'à 3 400 mètres au Venezuela, jusqu'à 2 500 mètres au Mexique. Les chaînes montagneuses, coupées de vastes hauts plateaux, ont permis, grâce à leur climat tempéré, la plus forte concentration de population des États andins.

Enfin, au sud-est du Brésil, une série de bourrelets montagneux parallèles à la côte détermine une pluviosité importante et permet à certaines régions comme celle de Rio de Janeiro de bénéficier d'une véritable « résurgence » du climat tropical humide qui est celui du bassin amazonien, situé bien plus au nord.

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Il est intéressant de rapprocher la carte du relief de celle des grandes zones climatiques.

Alizés et moussons

Une autre composante, non négligeable, des phénomènes climatiques américains est leur soumission à deux grands faits de circulation atmosphérique planétaire.

Les alizés, générateurs de pluies, de la zone intertropicale soufflent en direction inverse de part et d'autre de l'équateur ; l'alizé du nord-est frappe de plein fouet les côtes orientales de l'Amérique centrale, des Antilles et des Guyanes, tandis que l'alizé du sud-est fait sentir ses effets sur le rebord du plateau brésilien. Ils subissent, du fait du déplacement de l'équateur thermique, au rythme des saisons, un « balancement » en latitude, leur zone d'action étant décalée vers le nord en été et vers le sud en hiver.

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Quant au phénomène de mousson, célèbre dans la périphérie méridionale et orientale du continent asiatique, il existe également ici, en raison même de l'opposition entre des masses considérables de continents et d'océans. La région où il est le mieux marqué est le pourtour du golfe du Mexique en Amérique du Nord : cette mer intérieure est une véritable providence pour les plaines des États-Unis qui l'entourent au nord. En été, les grandes plaines surchauffées forment une zone de basse pression, relativement à l'Atlantique, et cette différence de pression donne naissance à un puissant appel d'air humide océanique qui se développe, favorisé par la disposition du relief et la rotation de la Terre, non seulement jusqu'au pied des Rocheuses, mais jusque sur le flanc des Appalaches, et peut s'avancer jusqu'au 50e parallèle, formant ainsi un véritable golfe de propagation des influences tropicales. Un phénomène analogue favorise l'avancée des masses d'air atlantiques au nord-est et au sud-est en Amérique du Sud. Il contribue à augmenter les pluies en Amazonie : aussi le versant oriental des Andes équatoriales doit-il sa forte humidité aux précipitations d'origine atlantique malgré les 4 000 kilomètres qui l'en séparent.

Ainsi, en été, c'est-à-dire de juillet à septembre dans le Nord, de janvier à mars dans le Sud, une grande partie des subcontinents américains se trouve sous la dépendance climatique des masses d'air venues de l'océan Atlantique et les influences tropicales s'y répandent largement en latitude. Ces caractéristiques sont plus marquées en Amérique du Nord qu'en Amérique du Sud.

Quant à l'Amérique centrale, elle doit à l'étroitesse et au morcellement de terres émergées ainsi qu'à leur fort relief, qui favorise les condensations, d'échapper au sort du climat désertique qui frappe, en Afrique, le Sahara et ses prolongements, situés en grande partie aux mêmes latitudes. On peut donc dire que, dans l'ensemble, la situation des masses continentales et des régions très fortement pénétrées par la mer est beaucoup plus favorable dans le Nouveau Monde que dans l'Ancien Monde.

Les courants océaniques

Il n'en va pas de même en ce qui concerne les courants qui se produisent dans les océans au large des côtes, et qui contribuent, souvent largement, aux anomalies climatiques des continents, bouleversant les conditions de la vie humaine. On sait que l'Europe occidentale doit certaines particularités heureuses de son climat au déplacement de grandes masses d'eau chaude venues du golfe du Mexique, partie des régions tropicales de l'Atlantique, et poussées par les vents jusqu'au nord des îles Britanniques et des États scandinaves. Au contraire, la presque totalité des côtes américaines subissent l'influence de courants froids défavorables, surtout à l'ouest.

Le long de la côte du Pacifique, deux grands courants froids suivent le littoral. En Amérique du Sud, le courant de Humboldt, venu de l'ouest, heurte la côte du Chili central et suit les rives de l'Amérique du Sud jusqu'au nord du Pérou. En Amérique du Nord, le long de la côte de Californie et d'une partie de l'Amérique centrale occidentale, des remontées d'eau froide se produisent, tandis que, au contraire, la Colombie britannique et les rives sud de l'Alaska bénéficient d'un courant d'eau relativement tiède venu des latitudes plus tempérées de l'océan Pacifique. Le long des côtes atlantiques, un grand courant froid, issu des régions circumpolaires arctiques, s'insinue le long de la côte du Labrador et de l'est des États-Unis jusqu'au large de New York, écartant les eaux chaudes de la dérive atlantique centrale qui se propagent vers le nord-est et les côtes de l'Europe occidentale. Symétriquement, l'extrémité méridionale de l'Amérique du Sud est bordée par les eaux froides du courant de Patagonie. Au contraire, depuis le río de la Plata jusqu'à la région de New York, les courants côtiers sont tous constitués par des eaux chaudes. La présence de ces courants agit sur le climat des côtes voisines en le réchauffant ou en le refroidissant : ainsi la Colombie britannique occidentale, soumise à la fois aux influences adoucissantes des vents océaniques et aux eaux tièdes du Kouro-shivo, jouit d'un climat relativement privilégié aux hivers doux. La température moyenne annuelle est la même dans l'archipel Alexandre (570 de latitude nord) qu'au sud de Terre-Neuve, où se fait sentir le courant froid du Labrador (470 nord). Mais ces courants agissent aussi indirectement et peuvent modifier, d'une manière beaucoup plus radicale, les conditions climatiques régionales. Le courant de Humboldt, déterminant une condensation au large des côtes chilienne et péruvienne, forme un véritable écran aux influences océaniques venues du Pacifique et crée, au bord même de la mer, un des déserts les plus absolus du monde.

Les grandes zones climatiques

Amérique : zones climatiques - crédits : Encyclopædia Universalis France

Amérique : zones climatiques

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La combinaison de tous ces facteurs substitue à la division zonale, parallèle à la latitude, un véritable quadrillage.

Amérique : précipitations et amplitudes thermiques - crédits : Encyclopædia Universalis France

Amérique : précipitations et amplitudes thermiques

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Les anomalies sont surtout sensibles dans le domaine des précipitations : toute la partie occidentale des continents, bordée par des courants froids, même si elle est occupée par des reliefs élevés, connaît une aridité plus ou moins totale. Ainsi en est-il du versant ouest des Andes et de la plaine côtière qui les frange, depuis le sud du golfe de Guayaquil jusqu'à Copiapó, et des régions contiguës du nord-ouest du Mexique et du sud-ouest des États-Unis. Ces zones d'aridité se poursuivent et traversent les continents en écharpe : en Amérique du Nord, entre les cordillères, s'étendent les déserts du Colorado, du Nevada et, plus au sud, des hauts plateaux mexicains : ces zones très peu humides se poursuivent également le long du versant oriental des chaînes montagneuses et dans toute la partie occidentale des grandes plaines. L'isohyète de 500 millimètres a un tracé nord-sud depuis l'ouest du golfe du Mexique jusqu'à la côte occidentale de la baie d'Hudson. En Amérique du Sud, ces zones d'aridité englobent les hauts bassins des Andes de Bolivie, le nord de l'Argentine (désert du Chaco et steppes de la Pampa) et se terminent dans le plateau patagonien.

Quant aux isothermes, leur tracé fait ressortir, outre le rôle des grands éléments montagneux, l'influence des masses continentales, plus chaudes en été et plus froides en hiver que les régions côtières. Les températures sont plus tempérées sur le versant de l'Atlantique.

Dans l'ensemble, les zones climatiques correspondent à des bandes ouest-est, à l'est du 100e méridien en Amérique du Nord, et du 70e ou 75e méridien en Amérique du Sud ; partout ailleurs, elles sont plutôt longitudinales. On distingue : la zone côtière du Pacifique avec un climat maritime à étés frais ; au nord du 42e parallèle et jusqu'au 34e parallèle un climat méditerranéen, suivi par une zone d'aridité jusqu'au 25e parallèle ; puis un climat tropical humide (savanes) jusqu'à la latitude de Panamá, un climat tropical très humide (forêts) s'étendant alors dans la zone la plus humide jusqu'au sud du golfe de Guayaquil, puis une nouvelle zone d'aridité jusqu'à Copiapó, enfin un climat méditerranéen jusqu'au nord de Valdivia et un climat maritime occidental dans l'extrême sud.

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Le long des cordillères règne un climat de type montagnard qui se retrouve le long des chaînes côtières et dans les Rocheuses aux États-Unis, dans les montagnes du Mexique et les cordillères andines. Entre ces chaînes, en Amérique du Nord, les hauts plateaux et les bassins ont des climats steppiques ou désertiques que l'on retrouve également sur le versant oriental des Andes de Bolivie et du Chili. En Amérique centrale, les zones climatiques suivent les détails du relief et de l'exposition : climat tropical très humide (forêts) sur les côtes exposées au nord et au nord-est (influence des alizés) et tropical humide (savanes) sur les côtes sous le vent.

Toundra - crédits : G. Cappelli/ De Agostini/ Getty Images

Toundra

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Le reste des subcontinents septentrionaux et méridionaux peut être partagé en grandes zones climatiques ouest-est : la zone de la toundra couvre les franges septentrionales du Canada, l'archipel et les côtes du Groenland, dont le centre disparaît encore sous une calotte de glaces. De l'Alaska méridional à Terre-Neuve règne un climat subarctique. Ensuite se succèdent, sur le sud du Canada et l'est des États-Unis jusqu'au sud des Grands Lacs, un climat continental humide, à étés frais, puis un climat continental humide à étés chauds, jusqu'au confluent de l'Ohio et du Mississippi ; et, enfin, un climat subtropical humide, à étés chauds, jusqu'au golfe du Mexique. Seule l'extrême pointe de la Floride a déjà un climat tropical humide (savane) que l'on retrouve à Cuba et dans le Yucatán. En Amérique du Sud, l'ensemble du bassin amazonien et une grande partie de la côte nord-est ont un climat tropical très humide (forêts) ; cette zone est encadrée par deux zones symétriques qui englobent, au nord, le Venezuela et les Guyanes et, au sud, l'intérieur du Brésil et qui sont également tropicales humides, mais où les précipitations sont moindres (savanes). En raison de la présence des chaînes côtières à l'est du Brésil central, des conditions d'humidité plus accusées réapparaissent. Au sud du tropique, dans le Brésil méridional et les alentours du río de la Plata, existe un climat subtropical humide, qui fait place vers le sud au climat tempéré, avant d'atteindre l'aridité plus froide du plateau patagonien.

Le milieu naturel du Nouveau Monde offre donc généralement à l'homme un cadre aux amples dimensions, un cadre où les phénomènes physiques sont remarquables, plus par leur puissance et leur homogénéité que par leurs nuances et leur variabilité.

— Jacqueline BEAUJEU-GARNIER

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Amérique - crédits : Encyclopædia Universalis France

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Mont McKinley - crédits : Brett Baunton/ Stone/ Getty Images

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Vallée de la Mort - crédits : Jeff Goulden/ Getty Images

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