ANGOLA
Nom officiel | République d'Angola |
Chef de l'État et du gouvernement | João Lourenço - depuis le 26 septembre 2017 |
Capitale | Luanda |
Langue officielle | Portugais |
Population |
36 749 906 habitants
(2023) |
Superficie |
1 246 700 km²
|
Article modifié le
L'Angola depuis l'indépendance
Une guerre civile internationalisée
La guerre d'indépendance se transforme donc rapidement en une guerre civile internationalisée, tributaire d'une logique de guerre froide, mais surtout nourrie par les profondes divisions sociales et historiques entre les trois mouvements nationalistes. Rapidement abandonné par ses alliés zaïrois, le F.N.L.A. disparaît pratiquement de la scène politico-militaire angolaise. La guerre se réduit à un affrontement entre le M.P.L.A. et l'U.N.I.T.A., et leurs alliés respectifs, c'est-à-dire Cuba et U.R.S.S. pour le premier, États-Unis et Afrique du Sud pour le second.
Le M.P.L.A., alliance complexe et fragile entre différents groupes sociaux angolais, ne sort pas indemne des années de lutte nationaliste, même si c'est à son président Agostinho Neto qu'échoit le pouvoir dès l'indépendance. Le 27 mai 1977, Nito Alves, à la tête d'une branche dissidente du M.L.P.A., tente de prendre le pouvoir. Son coup d'État échoue et une sanglante répression s'abat sur tous les dissidents potentiels et déclarés au président Neto, dont le pouvoir sort renforcé. En décembre de la même année, le M.P.L.A. devient officiellement M.P.L.A.-Parti du travail (M.P.L.A.-P.T.), et Neto instaure un régime de parti unique à la soviétique. Deux ans plus tard, en 1979, il meurt à Moscou et est remplacé par José Eduardo Dos Santos.
Président jeune, sans grande expérience du pouvoir et sans réel poids face aux ténors du parti, Dos Santos parvient toutefois à renforcer peu à peu son autorité, puis à concentrer entre ses mains et celles de sa garde rapprochée tous les leviers importants du pouvoir angolais. Il s'appuie, pour cela, sur les immenses ressources pétrolières, dont l'exploitation en offshore ne souffre que très peu de la guerre. Dans les années 1980, le M.P.L.A.-P.T. et l'élite dirigeante de Luanda se transforment en une nomenklatura profitant de l'argent du pétrole et du vaste réseau clientéliste mis en place par la présidence, et qui contrôle étroitement la société angolaise.
Au moment de l'indépendance, l'U.N.I.T.A. est fermement installée à Huambo, deuxième ville du pays, d'où elle annonce la création, avec le F.N.L.A., d'une République démocratique d'Angola. Celle-ci ne durera pas et, en 1976, l'U.N.I.T.A. est chassée de Huambo par le M.P.L.A. et les troupes cubaines. Commence alors la « longue marche » des partisans de Jonas Savimbi, jusqu'à l'extrême sud-est du pays, dans ce que les Portugais appelaient les « terres du bout du monde ». Jamba, proche de la frontière avec la Namibie (alors sous contrôle sud-africain) sert de quartier général au mouvement jusque dans les années 1990. Maniant habilement les registres du chef traditionnel, du commandant militaire et du freedom fighter soutenu par le bloc occidental, Jonas Savimbi règne d'une main de fer sur la ville de Jamba et sur ses troupes.
Espoirs, échecs et destructions
Guerre de guérilla à ses débuts, le conflit angolais du milieu des années 1980 ressemble plus à une guerre conventionnelle, tant les moyens militaires des deux camps sont importants, surtout après que le gouvernement américain de Ronald Reagan a levé, en 1985, l'interdiction de vente d'armes à l'Angola. Les affrontements s'étendent à l'ensemble du pays. Dès 1988, pourtant, la détente dans les relations est-ouest et l'essoufflement du régime d'apartheid en Afrique du Sud permettent une première tentative de règlement du conflit angolais. Une solution, dite liée, se dessine, en effet, entre les divers protagonistes, et l'Afrique du Sud accepte d'octroyer l'indépendance à la Namibie en 1990, en échange de la garantie du retrait des troupes cubaines d'Angola. Poussés par leurs alliés respectifs, le M.P.L.A. – qui, en 1990, abolit officiellement le système de parti unique et autorise le multipartisme – et l'U.N.I.T.A. acceptent également de négocier. Les pourparlers débouchent sur un accord de paix signé le 31 mai 1991, à Bicesse, dans la banlieue de Lisbonne.
Cet accord prévoit notamment, sous la supervision d'une mission d'observation de l'O.N.U., la démilitarisation des deux camps et la création d'une armée commune (Forces armées angolaises [F.A.A.]), ainsi que la tenue d'élections démocratiques avant la fin de l'année 1992. Préparées à la hâte dans des délais trop courts, les élections se tiennent en septembre 1992. Le M.P.L.A. remporte les législatives et, lors de la présidentielle, Eduardo Dos Santos sort en tête du scrutin devant Jonas Savimbi, sans toutefois atteindre la majorité absolue. Un deuxième tour est nécessaire, mais il n'aura jamais lieu, car les hostilités reprennent dès le mois de novembre, l'U.N.I.T.A. de Savimbi contestant ces résultats. L'échec du processus électoral s'explique non seulement par le manque d'engagement et les erreurs de la communauté internationale – qui organise le scrutin tout en sachant que la démobilisation et le désarmement des deux armées, condition sine qua non à une transition pacifique, n'ont pas eu lieu comme prévu –, mais aussi et surtout parce que ni le M.P.L.A. ni l'U.N.I.T.A. ne sont prêts à perdre dans les urnes ce qu'ils ont obtenu par les armes. Les élections deviennent alors un simple prolongement politique de l'affrontement militaire.
La guerre est plus sanglante et destructrice que jamais. Loin de désarmer, les deux parties ont, en effet, profité de la pause de 1991-1992 pour accroître et moderniser leurs arsenaux respectifs. La population civile paie le plus lourd tribu, avec près de trois cent mille victimes entre 1993 et 1995, et environ quatre millions de réfugiés internes (principalement des femmes et des enfants) pour la dernière décennie du conflit (1992-2002), qui affluent notamment sur Luanda. Sur le plan militaire, les affrontements tournent tout d'abord nettement à l'avantage de l'U.N.I.T.A., qui contrôle jusqu'à 80 % du territoire en 1993. Mais ensuite, le mouvement de Savimbi perd une partie de ses soutiens, notamment à la suite de la reconnaissance officielle de l'Angola par l'administration américaine de Clinton, et de la prise du pouvoir par l'A.N.C. de Mandela en Afrique du Sud.
En novembre 1994, de nouvelles négociations ont lieu en Zambie, entre le M.P.L.A. et l'U.N.I.T.A.. Le protocole de Lusaka n'est pas signé par Dos Santos et Savimbi, mais par leurs premiers lieutenants respectifs, le 11 novembre. Il prévoit, à nouveau, l'intégration des troupes de l'U.N.I.T.A. dans les F.A.A. Il met également sur pied une réforme constitutionnelle au terme de laquelle un gouvernement d'unité et de réconciliation nationale (G.U.R.N.) doit être créé. Sur le modèle sud-africain sont également prévus deux vice-présidents (M.P.L.A. et U.N.I.T.A.), mais Savimbi ne prendra jamais ses fonctions à Luanda, arguant de problèmes de sécurité. En avril 1997, le G.U.R.N. entre officiellement en fonction, avec onze représentants de l'U.N.I.T.A. (quatre ministres et sept vice-ministres) sur un total de 84 membres, et les députés du parti de Savimbi, élus en 1992, prêtent serment à l'Assemblée nationale. Mais l'« union nationale » que le nouveau gouvernement est censée représenter ne restera que de façade et, sur le terrain militaire, les affrontement continuent.
Faute d'une réelle volonté politique, et parce que les belligérants disposent des moyens de continuer la guerre, grâce au contrôle du pétrole pour le M.P.L.A., et des diamants pour l'U.N.I.T.A., le protocole de Lusaka reste lettre morte. L'U.N.I.T.A., qui a déplacé son quartier général de Jamba à Bailundo (sur le haut-plateau central) tente, par des actions ciblées de guérilla, de rendre le pays ingouvernable. Le M.P.L.A., qui exerce un contrôle sans partage du pouvoir, trouve son intérêt dans cette situation de guerre larvée, puisqu'elle sert de justification au manque de démocratisation réelle, au sous-investissement massif dans le secteur social (scolaire et médical, notamment) au profit de l'appareil de guerre, et à la concentration du pouvoir entre les mains du président et des « futungistes » (de Futungo, le palais présidentiel). Sur le plan international, les deux partis connaissent, à la fin des années 1990, des destins opposés. Alors que le M.P.L.A. jouit d'un soutien grandissant, l'U.N.I.T.A. est de plus en plus isolée, à la suite, notamment, d'une vaste campagne menée par l'O.N.U. contre les « diamants de sang », et aux sanctions que cette dernière décrète contre le parti de Savimbi. Ces sanctions concernent, dans un premier temps, les livraisons d'armes, puis s'étendent aux exportations de diamants, à la liberté de mouvement des membres de l'U.N.I.T.A., et prévoient enfin le gel des avoirs du parti à l'étranger.
Une paix sans réconciliation ?
C'est dans ce contexte que le gouvernement de Dos Santos reprend l'offensive à la fin de 1998. Fort du soutien d'une communauté internationale, États-Unis en tête, qui a des vues sur les immenses gisements pétroliers au large de l'enclave de Cabinda (l'Angola est devenu alors le deuxième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, derrière le Nigeria), Dos Santos poursuit, dans cette dernière phase de la guerre (1999-2002), un objectif double. Il s'agit, bien sûr, d'anéantir l'U.N.I.T.A. sur les plans militaire et politique, mais aussi de contrer un courant d'opposition qui se développe au sein de la société civile et qui, sous l'impulsion notamment des églises chrétiennes, exige la paix et une solution négociée au conflit.
Soucieux d'éviter qu'une telle solution négociée ne débouche sur un partage du pouvoir et ne donne à l'U.N.I.T.A. une légitimité politique nouvelle, Dos Santos opte, en décembre 1998, pour la voie militaire. Dans la foulée, en janvier 1999, il assume les pleins pouvoirs, supprimant temporairement la fonction de Premier ministre, et les F.A.A. lancent une nouvelle offensive militaire. Rapidement, les places fortes de l'U.N.I.T.A. dans le centre du pays sont conquises par l'armée gouvernementale et, le 22 février 2002, Jonas Savimbi est tué dans une escarmouche près de Luena, dans l'est du pays. Le 4 avril 2002, les F.A.A. et l'U.N.I.T.A. signent un accord de cessez-le-feu à Luanda qui met, enfin, un terme à vingt-sept années de conflit.
Le bilan des premières années de paix est pour le moins contrasté. Certes, l'arrêt des combats a permis à une population exsangue de souffler, et à une grande partie des réfugiés de retourner chez eux. De plus, grâce notamment au soutien de la Chine, la reconstruction des infrastructures détruites par la guerre a commencé, et les investisseurs étrangers affluent. Enfin, sur le plan politique, après avoir retardé par toutes sortes de manœuvres dilatoires les élections générales, le gouvernement organise, en septembre 2008, les premières élections législatives depuis 1992, qui donnent un nouvel élan au processus de démocratisation. De fait, le M.P.L.A. du président Dos Santos, auquel profite la flambée des cours du pétrole et la compétition entre les compagnies américaines, chinoises et européennes pour exploiter les gisements angolais, remporte haut-la-main le scrutin face à une U.N.I.TA. très affaiblie depuis la mort de son leader historique et à une opposition très morcelée. Cependant, en janvier 2010, une nouvelle Constitution est adoptée, elle prévoit que la tête de liste du parti vainqueur aux élections législatives devienne le président de la République, sans recourir au suffrage universel direct. Ainsi, en août 2012, le président Dos Santos est reconduit à la tête du pays après la victoire écrasante du M.P.L.A. lors du scrutin législatif. La société civile est très étroitement surveillée, et pour la grande majorité de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté, les dividendes de la paix se font toujours attendre. Enfin, dans l'enclave de Cabinda, au nord du pays, où des mouvements armés luttaient pour l'indépendance depuis les années 1970, le gouvernement a signé, le 2 août 2006, avec les séparatistes du Front national de libération de Cabinda (F.N.L.C.) un accord de paix qui a mis un terme à la rébellion. Ce territoire riche en pétrole obtient dès lors un « statut spécial ». Le gouvernement y maintient une forte présence militaire, tandis que l'Angola est le deuxième producteur de pétrole du continent africain après le Nigeria.
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Écrit par
- Philippe GERVAIS-LAMBONY : professeur à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
- Didier PÉCLARD : docteur en science politique, Institut d'études politiques de Paris, chercheur, Fondation suisse pour la paix, Berne
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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