- 1. Aux origines
- 2. Les Irlandais
- 3. Saint Benoît et l'époque précarolingienne
- 4. Unité et unification carolingienne
- 5. Le plan de Saint-Gall
- 6. Cluny
- 7. Saint Bernard et les Cisterciens
- 8. Les Chartreux
- 9. Franciscains et Dominicains
- 10. L'architecture monastique aux Temps modernes
- 11. Bibliographie
MONASTIQUE ARCHITECTURE
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Saint Bernard et les Cisterciens
Le fait décisif dans l'histoire de l'ordre cistercien fut le départ pour Cîteaux, en 1112, de saint Bernard (1091-1153) accompagné d'une trentaine de jeunes nobles, parmi lesquels quatre de ses propres frères. À peine trois ans plus tard, il fonda, avec douze frères, Clairvaux. Soixante-douze fondations nouvelles sont dues à saint Bernard ; soixante-neuf monastères participèrent au chapitre général de 1133. Ils furent trois cent quarante-trois à la mort de saint Bernard et sept cent quarante-deux à la fin du Moyen Âge, auxquels il faut ajouter sept cent soixante et un établissements de moniales. Cinq cent vingt-cinq des monastères cisterciens pour les hommes furent fondés au xiie siècle, cent soixante-neuf au xiiie, dix-huit seulement au xive. Les statistiques font apparaître que la France en posséda deux cent quarante-six, l'Angleterre soixante-seize, l'Italie quatre-vingt-quinze et l'Allemagne plus de cent. En France, les plus anciennes fondations, avec Cîteaux et Clairvaux déjà mentionnées, sont La Ferté (1113), Pontigny (1114) et Morimond (1115). Clairvaux eut trois cent cinquante-cinq filiales, Morimond cent quatre-vingt-treize, Cîteaux cent neuf, Pontigny quarante-trois et La Ferté dix-sept. Une telle filiation implique une grande unité de conception architecturale. La volonté d'ascèse de saint Bernard fit bannir de l'ordre tout ce qui pouvait apparaître luxe ou élément superflu. Une extrême sobriété était de rigueur ; les moines devaient vivre dans des pièces austères et accomplir leurs actes liturgiques avec des objets dépourvus de toute richesse ; les croix étaient en bois et simplement peintes, les calices et patènes en argent non ciselé, les vêtements liturgiques en lin, les candélabres en fer et les encensoirs en cuivre. Les églises ne devaient plus avoir de tours, le vitrail perdit sa couleur et la seule sculpture admise fut l'image de la Vierge. Les murs ne furent plus crépis, l'immense nomenclature romane du décor architectural se restreignit au minimum : chapiteaux à peine épannelés, arcs doubleaux sans fioritures, chevets plats. L'interdiction de la couleur devait être d'autant plus ressentie que, peu de temps auparavant, bon nombre d'abbatiales avaient reçu un incomparable décor de fresques, telle celle de Saint-Savin. En revanche, les Cisterciens réhabilitèrent la pierre , la belle pierre, taillée régulièrement et assemblée avec un soin infini. Tout était de pierre : le sol, les cadres des fenêtres et des portes, les murs, les voûtes qui vinrent remplacer, même dans les pièces d'habitation, les plafonds de bois. Ce monde de pierre permit le développement d'une véritable esthétique cistercienne.
L'analyse du plan idéal d'un monastère cistercien permet de constater que, pour l'essentiel, le « plan bénédictin » de Saint-Gall (ou de Cluny) subsiste. Le claustrum constitue toujours le cœur de l'établissement, autour duquel se groupent l'église et les principaux bâtiments conventuels, mais celle-là n'offre plus de place pour les fidèles venus de l'extérieur ; elle est généralement divisée en deux parties : le chœur, le transept et la partie orientale de la nef sont réservés aux moines, alors que, en deçà du jubé, la partie occidentale de la nef appartient aux frères convers. Cette partie est rendue d'ailleurs directement accessible par la « rue » des convers qui longe l'aile occidentale du cloître, sans toutefois communiquer avec lui. L'aile méridionale a également changé. Deux réfectoires y sont placés perpendiculairement au déambulatoire ; celui des moines, le plus souvent d'une parfaite harmonie de formes, et le réfectoire voisin des frères convers, plus spacieux mais moins haut. Les réfectoires de Saint-Martin-des-Champs à Paris et de Maulbronn en Souabe, divisés en leur milieu par une svelte rangée de colonnes, montrent quelle haute valeur spirituelle on attribuait aux repas. Presque tous ces réfectoires ouvrent sur la chapelle du puits, qui orne la plupart des cloîtres cisterciens. Il en subsiste de bien attrayantes : à Maulbronn, à Fossanova près des marais Pontins ou au Thoronet en Haute-Provence. Au demeurant, l'eau joue un rôle primordial dans la vie des Cisterciens, autant sinon davantage que chez les Bénédictins ; toutes leurs abbayes sont bâties sur un cours d'eau ou à proximité.
L'opus Dei, la lectio divina et l'opus manuum (que les moines de Cluny avaient trop négligés) étaient les trois piliers du nouvel idéal monastique. Son affermissement progressif se perçoit à travers le développement du plan de Clairvaux (cf. plan du bénédictin anglais Milley de 1708, gravé par C. Lucas). Clairvaux a certes disparu à la Révolution, mais son plan a servi de modèle à deux abbayes anglaises, celles de Fountains et de Rievaulx, dont les ruines sont éloquentes. De 1115 à 1133, Bernard et ses moines vécurent à Clairvaux dans un établissement des plus frustes. Lors d'un séjour à Rome en 1133, Geoffroy de la Rochetaille, prieur du couvent, et Achard, maître des novices, aidés par Geoffroy d'Alaine réussirent à persuader Bernard d'agrandir Clairvaux. Le couvent entreprit cette tâche avec un zèle extraordinaire. L'église put être consacrée en 1145 et la partie occidentale réservée aux frères convers fut terminée en 1153 ; contrairement aux premières abbatiales cisterciennes, l'abside présente de nouveau un hémicycle, pourvu de neuf chapelles rayonnantes, accolées les unes aux autres. Le plan révèle également la « rue » des convers qui de l'église mène directement à leur cité, isolée du claustrum. Comme sur le plan de Saint-Gall et à Cluny, l'infirmerie est située à l'écart. Certaines infirmeries cisterciennes encore conservées surprennent par leurs belles proportions : l'une des plus remarquables, celle d'Ourscamp (1210), est constituée d'une grande salle à trois nefs, voûtée d'ogives sur neuf travées. Portail et fenêtres sont de dimension monumentale ; les fenêtres supérieures étaient vitrées et ne pouvaient s'ouvrir, seules les fenestrulae au-dessus du lit des malades, fermées par des volets de bois, permettaient l'aération de la salle.
Enfin, s'il faut évoquer l'art propre aux Cisterciens de répartir judicieusement les nuances de la lumière à l'intérieur de l'église et des habitations monastiques, il faut rappeler aussi leur science de l'acoustique. Nombre de ces églises – celle de Fontenay par exemple – permettent une incomparable harmonie de sons.
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Écrit par
- Carol HEITZ : professeur d'histoire de l'art du Moyen Âge à l'université de Paris-X et au Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers
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