- 1. Définition et fabrication
- 2. La verrerie antique avant l'invention du soufflage
- 3. La verrerie soufflée. Époque de l'Empire romain (Ier-IVe s.)
- 4. Le Moyen Âge occidental
- 5. La verrerie orientale depuis le IVe siècle après J.-C.
- 6. Le verre de Venise et le verre façon de Venise
- 7. La verrerie d'Allemagne et de Bohême
- 8. La verrerie dans les autres pays européens aux XVIIe et XVIIIe siècles
- 9. Les XIXe et XXe siècles
- 10. Bibliographie
VERRE ART DU
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La verrerie antique avant l'invention du soufflage
Il convient de faire le point sur les recherches en cours pour remonter aux origines de l'industrie du verre, problème qui préoccupe depuis quelques décennies historiens, archéologues, chimistes et même philologues.
Premiers objets
Pour le moment, il semble établi qu'on a trouvé en Égypte ainsi qu'en Mésopotamie, des récipients, vraiment en verre, datant de la fin du xvie ou du début du xve siècle avant J.-C.
Il est plus difficile de se prononcer à propos de périodes plus anciennes qui ont laissé des perles, des amulettes ou autres menus objets que les archéologues ont attribués aux verriers, et qui auraient pu être fabriqués par d'autres artisans à partir de matières assez voisines du verre par leurs constituants (silice, chaux). Des chimistes ont fait remarquer, à ce propos, que les frontières pouvaient être vite franchies entre le verre et ce qu'on appelle la glaçure, la couverte, la fritte, la faïence égyptienne, etc.
Or, il se peut qu'en cours de fabrication certains de ces matériaux se soient transformés accidentellement en verre. Il ne faut donc pas confondre ce genre de verre avec du verre fait intentionnellement.
En examinant quarante-deux de ces objets anciens, censés être en verre – des perles pour la plupart –, H. C. Beck (Glass Before 1500 B.C.) a pensé que dix-sept seulement d'entre eux sont réellement en verre ; la datation de ces objets s'échelonne de 2500 à 2000 avant J.-C. ; H. Frankfort a signalé, en outre, un fragment de baguette en verre, trouvé à Eshnuna, et qui daterait de 2500 avant J.-C.
Il importe de souligner qu'il s'agit toujours de petits objets isolés qui peuvent ne pas avoir été trouvés dans leur contexte d'origine, et dont la fabrication n'exigeait pas une technique très avancée.
Premiers récipients en verre (du IIe millénaire à notre ère)
Le procédé de fabrication des récipients en verre, avant le soufflage, est connu grâce à la découverte, par Flinders Petrie, des ruines d'une fabrique de verre à Tell-el-Amarna, au temps d'Aménophis IV (vers 1400 av. J.-C.). Cette description, publiée par Petrie (Les Arts et métiers de l'Ancienne Égypte, 1925), a permis de mettre fin à bien des affirmations téméraires faisant, entre autres, remonter à la plus haute antiquité le soufflage du verre à la canne. Elle ne résout du reste pas tous les problèmes. Certains verriers ont en effet tenté de réaliser des objets de verre en suivant la description de Petrie et n'y sont pas parvenus. Il y avait donc probablement, en outre, certains tours de main, voire d'autres secrets.
Voici ce texte capital concernant le premier mode de travail du verre, par coulée autour d'un noyau de sable ou de céramique, détruit ensuite par émiettement (d'où son nom de sand core en anglais) :
« Pour faire le corps même du vase, on choisissait d'abord un mandrin de cuivre légèrement conique de l'épaisseur du col. À l'extrémité de ce mandrin, on modelait, en pâte siliceuse, un modèle de la dimension et de la forme du vase projeté. Ce modèle était maintenu au mandrin au moyen de chiffons, dont on voit parfaitement la trace, ainsi que des liens sur la surface inférieure de certains vases retrouvés. On mettait une première fois au four afin de chauffer et de donner à la pâte une certaine consistance. Ensuite commençait le travail du verre. On l'étendait en couches répétées et égales qu'on réchauffait aussi souvent qu'il était nécessaire, de manière à rendre la surface aussi unie que possible. On décorait ensuite au moyen de fils de verre de couleurs diverses que l'ouvrier entremêlait à son gré en ayant soin toutefois de rouler, de temps à autre, le tout sur une surface bien polie, de manière à faire pénétrer les fils de couleur dans la première couche de verre et à obtenir ainsi une surface unie sans aspérités. Les anses et le pied se travaillaient séparément et étaient appliqués au moyen de verre en fusion. On laissait refroidir jusqu'à ce que le mandrin en cuivre fût suffisamment contracté pour être retiré sans effort. La pâte tendre, finalement débarrassée de son support, se réduisait alors facilement en miettes et pouvait sortir par le goulot en renversant le vase. Il est à remarquer qu'on ne recourait jamais ni au frottement ni au polissage ; la surface extérieure restait telle qu'elle sortait de la fusion. On employait un procédé semblable pour la fabrication des perles. »
Ce mode de fabrication est apparu à peu près simultanément – vers la fin du xvie siècle avant J.-C. – en Égypte et en Mésopotamie ; on ne sait qui en est l'inventeur, peut-être un troisième pays. Petrie pensait qu'en Égypte le verre avait tout d'abord été importé. Par ailleurs, certaines découvertes faites en Mésopotamie montrent bien qu'on avait jusqu'ici sous-estimé l'éventualité de fabrications verrières dans ce pays, du fait peut-être que les fouilles n'y avaient pas été menées avec assez de soin, du fait aussi que le verre s'y conserve moins bien qu'en Égypte. Les types de récipients fabriqués dans ces deux pays, et qui imitent les modèles d'autres industries – celle de la céramique notamment –, n'y étaient pas, en tout cas à première vue, très différents.
Des archéologues ont émis l'hypothèse selon laquelle l'Égypte aurait emprunté au Proche-Orient – à la suite des conquêtes entreprises sous le règne de Thoutmès III (1504-1450) – ses techniques de fabrication du verre. Ils expliquent également par des événements historiques (invasion des Peuples de la mer) le fait qu'après une période florissante les productions verrières mésopotamienne et égyptienne semblent avoir été interrompues duxiie auixe siècle. Tandis que ce temps mort se prolonge apparemment en Égypte jusqu'à l'époque ptolémaïque, une renaissance apparaît en Asie (Mésopotamie et côte syrienne) et s'étend, après le viie siècle, à Rhodes, à Chypre, à la Grèce et à l'Italie.
Le déclin de l'industrie verrière mésopotamienne, vers la fin du ive siècle, aurait été provoqué par les conquêtes d'Alexandre, de même que le réveil, à la même époque, de l'industrie égyptienne, entre autres à Alexandrie. Ce centre et celui de la Syrie auraient été les plus actifs durant les derniers siècles avant notre ère, préparant ainsi un terrain particulièrement favorable aux industriels du verre qui devaient par la suite s'installer en Occident.
Les flacons réalisés à partir d'un noyau ne dépassaient guère une vingtaine de centimètres et servaient vraisemblablement à l'emballage d'onguents. Leur diffusion dans le monde antique est attribuée, généralement, au commerce phénicien. Quant aux formes, elles ont évolué en même temps que celles de la céramique dont elles dépendaient étroitement (elles sont connues sous les noms de : alabastre, amphorisque, aryballe, œnochoæ, unguentaria, etc.).
Autres objets
Avant l'invention du soufflage, la fabrication de certains objets en verre a nécessité pourtant le recours à d'autres techniques. Il se peut que des pièces aient été obtenues par la taille à froid dans un bloc de verre, comme le sont les œuvres creusées dans le cristal de roche. Dans d'autres cas – bols, plats, statuettes, etc. –, l'artisan se serait servi du procédé dit de la cire perdue, ou du moulage en moules fermes ou ouverts.
Des fouilles ont révélé qu'il fallait attribuer à ces époques anciennes des inventions qu'on n'imputait, jusque-là, qu'aux verriers de l'époque romaine. Ainsi, des découvertes faites en Mésopotamie et en Iran montrent que le verre mosaïque, qui passait pour une spécialité d'Alexandrie (ier siècle av. ou apr. J.-C.), était déjà connu vers 1500 avant J.-C. Cette technique consiste à fabriquer une sorte de marqueterie à partir de baguettes de verre de différentes couleurs, groupées côte à côte, étirées ensemble et coupées en tranches de façon à en répéter le motif. Une autre découverte a montré que les verres dits à feuille d'or, ou verres chrétiens, avaient des ancêtres déjà au iiie siècle avant J.-C. Ces verres sont composés d'une feuille d'or décorée, emprisonnée entre deux couches de verre finalement soudées par les bords. Cette énumération n'est évidemment pas exhaustive.
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Écrit par
- James BARRELET : secrétaire général du Comité des industries du verre du Marché commun
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