ARTS POÉTIQUES
La modernité
Au xixe siècle, nous ne trouverons plus guère qu'un Art poétique qui se déclare tel : celui de Verlaine. Mais précisément le titre est employé par antiphrase puisque l'auteur refuse toute technique et par là même tout « art ». Telle est en effet la grande question qui se pose pendant toute la période. Elle conduira jusqu'au surréalisme.
Le temps du romantisme
Cependant la réflexion sur le sentiment poétique en tant qu'objet de recherche reste très vivante. Cela est vrai en Angleterre autour des grands platoniciens : Coleridge, Keats, Shelley, et en Allemagne auprès de Novalis et Hegel.
Parmi les œuvres qui en France peuvent tenir lieu d'arts poétiques, nous citerons d'abord les écrits de La Harpe (partisan du néo-classicisme et du sublime). Fontanier et Stendhal, chacun à sa manière, prolongent la tradition du sensualisme. Dans son Cours d'esthétique, Jouffroy ne la trahit point mais l'approfondit dans l'esprit de Kant et arrive à une découverte essentielle : la beauté est un invisible, qui procède par le symbole. À son époque, Vico a été redécouvert par Michelet et Ballanche qui, eux aussi, méditent sur les mythes historiques. Ballanche, ami de Chateaubriand dont le Génie du christianisme était essentiellement une poétique du catholicisme.
La poétique romantique paraît à première vue se confondre avec celle de la passion, ce qui supprime encore une fois le rôle de l'art. Mais cela n'exclut ni la réflexion historique ni les projets esthétiques, comme l'attestent les manifestes de Victor Hugo : théorie du drame dans la Préface de Cromwell, rejet des normes classiques dans les Contemplations, théorie de l'art et de la vision dans William Shakespeare. L'art est une valeur religieuse et sacrée : il implique un contact direct avec l'absolu et il appartient au langage poétique de traduire une telle intuition par le contraste, l'arabesque et l'abondance.
Une synthèse essentielle : Baudelaire
En écrivant l'Art romantique, en affirmant que la poésie doit être à la fois liée à la vie moderne et au beau idéal, Baudelaire définit un programme qu'il accomplit exactement, alors que ses contemporains versent tantôt dans le culte parnassien de la plastique tantôt dans le mépris du style. Mais surtout il écrit les Correspondances et réalise ainsi l'intuition de Jouffroy selon laquelle la poésie est symbolique. Pour arriver à cette idée, il est paradoxalement aidé par un poète américain : son véritable art poétique est l'Euréka d'Edgar Poe, qui reprend une théorie plotinienne de l'unité pour faire entrer dans la poésie le cosmos positiviste des savants de son temps.
L'œuvre de Baudelaire conduit parfois à rejeter les arts poétiques (ce sera le cas pour Verlaine, Lautréamont). Mais il les influence aussi jusqu'à nos jours. Par exemple, il nous conduit jusqu'à Mallarmé qui apparaît d'abord comme l'héritier du symbolisme. Il chante le « démon de l'analogie », mais non sans quelque ironie. Sa véritable poétique se trouve exprimée dans le Coup de dés, ou dans Igitur. La question que pose Mallarmé est de savoir si la poésie relève de l'idée platonicienne ou du hasard des sensations fines. Il essaie de concilier l'un et l'autre en cristallisant le discours et en le brisant. Naturellement, l'art n'intervient plus qu'au sens « artiste » (ou artistique) bien connu de Baudelaire, qui en indique la signification spirituelle et plastique dans les Salons et dans l'Art romantique. Il n'est plus question d'aligner les préceptes techniques de l'expression littéraire mais d'accorder dans le beau idéal la modernité et la tradition.
Dès lors, l'influence de Mallarmé va se diviser en deux courants. Le premier, qu'illustre Valéry, met dans la création[...]
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Écrit par
- Alain MICHEL : professeur de langue et littérature latines à l'université de Paris-IV-Sorbonne, administrateur de la Société des études latines
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