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BELGIQUE La période contemporaine

Nom officiel Royaume de Belgique
Chef de l'État Le roi Philippe - depuis le 21 juillet 2013
Chef du gouvernement Bart De Wever - depuis le 3 février 2025
Capitale Bruxelles
Langue officielle Français , Néerlandais , Allemand

Article modifié le

Une société en évolution

À partir de 1991, les entreprises publiques ont été l'objet de réformes importantes, dont la plupart sous forme de privatisations. Cette évolution obéit à une double contrainte, l'une conditionnée par le contexte européen, qui étend progressivement la concurrence à de nouveaux secteurs d'activité, l'autre par les difficultés budgétaires de l'État, qui incitent ce dernier à limiter ses interventions et à trouver de nouvelles ressources en vendant certains actifs. La faillite en 2001 de la compagnie d'aviation Sabena, société d'économie mixte dont la création remonte à 1925, est la plus grande faillite de l'histoire de Belgique.

Concernant les finances publiques, la dette a culminé à 138 p. 100 du P.I.B. en 1993. Les économies dans la sécurité sociale et la fonction publique et les privatisations ont permis de ramener ce taux à 87 p. 100 en 2007. L'effort que l'État a consenti en faveur des quatre plus grandes banques lors de la crise bancaire de 2008, ainsi que les réformes fiscales opérées auparavant en faveur des entreprises et des contribuables, en particulier des couches supérieures, expliquent que l’endettement est remonté, pour s’établir à 107 p. 100 en 2014.

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Pour un grand nombre de personnes, le travail professionnel et le revenu qu'il procure ont été, du fait des crises successives, frappés de formes de précarisation. Le chômage de masse (12 p. 100 en 2013) est une réalité diversement répartie : inférieur à 10 p. 100 en Flandre, il avoisine 16 p. 100 en Wallonie et dépasse 20 p. 100 à Bruxelles. La différenciation des politiques régionales de l’emploi s’est accrue, la Flandre cherchant prioritairement à relever le taux d’emploi des travailleurs âgés, tandis que le chômage des jeunes constitue la principale préoccupation des deux autres régions.

Le modèle social belge conserve ses principaux traits spécifiques, mais de nettes évolutions sont à l’œuvre. Le système de sécurité sociale est l'objet de revendications diverses : les unes, émanant de milieux politiques flamands, visent à transférer certains secteurs sous l'autorité des communautés et des régions (ce qui est advenu pour les allocations familiales), les autres visent à diverses formes de privatisation. Sous l’effet, notamment, des orientations budgétaires et sociales déterminées au niveau européen, l’allongement de la durée de la carrière devient une priorité politique et, dans la lignée de différentes réformes, le gouvernement fédéral de Charles Michel décide en 2014 de porter l’âge de la retraite de soixante-cinq à soixante-sept ans à l’horizon de 2030. L’accès à l’assurance-chômage est devenu plus restrictif, les montants versés diminuent plus rapidement, le contrôle des chômeurs a été renforcé et le caractère illimité dans le temps du versement des indemnités – singularité belge – a été partiellement aboli, certains chômeurs étant désormais confrontés à une situation de fin de droits.

Si le principe de l'indexation automatique des rémunérations et des prestations sociales est maintenu, son application a été suspendue à plusieurs reprises par les gouvernements de droite au début des années 1980 et en 2015.

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La concertation sociale menée tous les deux ans au niveau interprofessionnel par les représentants syndicaux et patronaux connaît des tensions et des échecs. L’exigence de modération salariale, les réformes sociales adoptées par les gouvernements successifs et le mécontentement qu’elles provoquent, ainsi que la raréfaction des marges budgétaires disponibles pour favoriser des accords rendent la conclusion de ceux-ci impossible à différentes reprises.

Un taux de syndicalisation élevé (plus de 60 p. 100) et croissant (cas unique dans l’U.E.) et une capacité de mobilisation qui demeure forte ne peuvent empêcher une perte d’influence des syndicats. Par ailleurs, ces organisations, comme les fédérations patronales, voient une montée en puissance de leurs structures régionales concomitamment à la fédéralisation du pays.

Traditionnellement demeurée à l'écart des polémiques publiques, la justice s'est toutefois retrouvée à certains moments sous les feux de l'actualité. Le retard dans le traitement de nombreux litiges (l'arriéré judiciaire) entache l'image de l'institution, ainsi que le nombre et l'importance des affaires non élucidées. Parmi ces dernières, on retiendra surtout la série d'agressions, imputées à une même bande (« les tueurs du Brabant »), qui se sont déroulées entre la fin de septembre 1982 et la mi-novembre 1985 et ont fait une trentaine de morts et de nombreux blessés. L'affaire Dutroux et d'autres disparitions d'enfants et d'adolescent(e)s, dont certaines non élucidées, sont à l'origine de plusieurs réformes, comme la création d'un Conseil supérieur de la justice. Enfin, les enquêtes menées après l'assassinat, en 1991, de l'ancien président du Parti socialiste André Cools ont conduit à investiguer sur d'autres affaires, touchant notamment au financement occulte de partis politiques. Les restrictions budgétaires, qui affectent aussi la justice, ont provoqué la réaction de certains hauts magistrats du pays, qui craignent une paralysie de l’appareil judiciaire.

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Vers 1960, la société belge apparaissait encore comme majoritairement d'appartenance catholique. Mais des changements seront bientôt à l'œuvre. On observe une baisse assez continue de la pratique religieuse. L’Église catholique belge est traversée par des courants internes qui dessinent un profond clivage entre modernisateurs et traditionalistes. Elle a en outre été secouée par la révélation d’actes de pédophilie impliquant plus de 130 prêtres et jusqu’à l’évêque de Bruges, contraint à la démission en avril 2010. Une commission d’enquête parlementaire est alors mise sur pied pour examiner les causes des abus sexuels commis et les réponses apportées aux dénonciations.

Parallèlement, le recrutement d'une importante main-d'œuvre venue de pays comme le Maroc et la Turquie amène à la reconnaissance, en 1974, du culte musulman. La question de la représentativité de l’exécutif des musulmans de Belgique n’est toutefois toujours pas tranchée, malgré la tenue de deux scrutins pour le composer, en 1998 et en 2005. Tout aussi lancinante, la question du port du voile dans l’espace public, qui fait débat en Belgique depuis 1989, n’est pas réglée par la loi, même si la Belgique a interdit en 2011 « le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage ».

L’évolution de la situation internationale après le 11 septembre 2001 a des répercussions en Belgique. Dès les années 2000, plusieurs procès conduisent à la condamnation de terroristes islamistes. Par ailleurs, à partir de 2013, les autorités fédérales et certaines municipalités cherchent à enrayer la vague de départs de jeunes Belges qui gagnent la Syrie pour combattre dans les rangs des djihadistes. Le 24 mai 2014, veille d’élections législatives générales, un attentat contre le Musée juif de Belgique à Bruxelles fait quatre morts. Le suspect arrêté quelques jours plus tard avait combattu en Syrie. Une recrudescence plus large de l’antisémitisme est évoquée. En janvier 2015, après les attentats commis en France, des militaires sont déployés pour protéger certains sites civils considérés comme sensibles. Il en est de même en novembre ; alors que plusieurs auteurs des attaques perpétrées à Paris et Saint-Denis ont vécu ou séjourné dans le royaume et que certains y sont activement recherchés, crèches, établissements d’enseignement et métro sont fermés durant quelques jours dans la région de Bruxelles. La Belgique est alors fortement critiquée à l’étranger car elle servirait de base arrière au terrorisme islamiste. L’organisation même de l’État, la répartition des compétences entre les institutions et les politiques menées envers les immigrés ou la religion musulmane font l’objet de débats politiques. Bon nombre d’habitants de confession musulmane disent cependant refuser les exactions commises au nom de l’islam, tout en se plaignant de faire l’objet d’une suspicion grandissante.

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Au début du xxie siècle, l'évolution vers une laïcisation accrue conduit la Belgique à figurer parmi les États précurseurs en matière de légalisation de l'euthanasie (2002, étendue sous condition aux mineurs en 2014) ou du mariage entre personnes de même sexe (2003) ; celles-ci obtiennent peu après l'autorisation d'adopter (2006).

L’héritage culturel chrétien reste toutefois important au sein de la société. Les mutualités et le syndicat chrétiens comptent nettement plus de membres que leurs homologues d’obédience socialiste, libérale ou neutre et l’enseignement privé (catholique) scolarise davantage d’enfants que l’enseignement public, particulièrement en Flandre.

Même si la politique d'immigration a connu officiellement un arrêt en 1974 – la crise économique ayant éteint le besoin de main-d'œuvre qu'elle assurait –, les personnes d'origine étrangère n'ont cessé de constituer une part croissante de la population. Les conditions d'accès à la nationalité ont été assouplies, et le nombre de « nouveaux Belges » a longtemps augmenté, avant une restriction de cet accès depuis le 1er janvier 2013, adoptée sous la pression de la N.-V.A., et une réduction du nombre des naturalisations. La politique d’asile a également été durcie, en particulier à l’initiative des libéraux flamands. La mobilisation de « sans-papiers » et de groupes de soutien a cependant conduit à deux opérations de régularisation dans les années 2000.

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La présence de personnes étrangères ou d’origine immigrée a acquis une réelle importance en région bruxelloise, où sont par ailleurs implantées de nombreuses institutions européennes et internationales. En outre, l’accroissement de la présence de francophones et d’étrangers, européens ou non, dans les communes flamandes situées autour de Bruxelles a conduit la Flandre à imposer à ses citoyens des normes de connaissance du néerlandais ou des cours d’apprentissage de cette langue dans certaines circonstances. Plusieurs de ces décisions ont engendré des recours en justice ou des polémiques avec des représentants francophones. Du côté francophone, le principe de mise en œuvre d’un parcours d’intégration à destination des étrangers primo-arrivants a toutefois fini par s’imposer également, mais sur une base non contraignante.

Enfin, la participation des écologistes au gouvernement fédéral a conduit à l’adoption, en 2003, d’une loi prévoyant la fermeture progressive, à partir de 2015, des sept réacteurs nucléaires que compte le pays. Les gouvernements suivants ont assoupli cette législation et le gouvernement de Charles Michel a décidé de prolonger l’exploitation des centrales les plus anciennes, mises en service en 1975.

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Écrit par

  • : directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques
  • : président-directeur général du Centre de recherche et d'information sociopolitiques, Bruxelles
  • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

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Belgique : carte administrative - crédits : Encyclopædia Universalis France

Belgique : carte administrative

Belgique : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

Belgique : drapeau

Retour de colons belges du Congo, 1960 - crédits : Central Press/ Hulton Archive/ Getty Images

Retour de colons belges du Congo, 1960

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