BHOUTAN
Nom officiel | Royaume du Bhoutan |
Chef de l'État | Le roi Jigme Khesar Wangchuk - depuis le 14 décembre 2006 |
Chef du gouvernement | Tshering Tobgay - depuis le 28 janvier 2024 |
Capitale | Thimphou |
Langue officielle | Dzongkha |
Population |
786 385 habitants
(2023) |
Superficie |
38 390 km²
|
Article modifié le
Le Bhoutan contemporain
À l’instar de son proche voisin népalais, le Bhoutan est parvenu à maintenir une relative indépendance vis-à-vis de l’empire britannique. Le traité de Sinchula de novembre 1865, qui a mis fin à la guerre de Duar entre le Royaume-Uni et le Bhoutan, a jeté les premières bases du protectorat de l’Inde britannique sur son voisin. Un nouveau traité (traité de Punakha) ratifié en janvier 1910 entre la nouvelle dynastie Wangchuck (arrivée sur le trône en 1907) et Calcutta assure à Thimphou la non-ingérence de son puissant voisin dans les affaires intérieures du royaume. En revanche, le royaume bhoutanais accepte « d’être guidé » en matière de politique extérieure, et plus particulièrement dans ses rapports avec la Chine.
Une forte influence indienne
L’indépendance de l’Inde en 1947 ne change pas la donne et le rôle que s’était assigné l’empire britannique est repris par le nouveau gouvernement indien. Les négociations au sujet d’un nouveau texte encadrant les relations indo-bhoutanaises sont amorcées durant l’été de 1949 et aboutissent à la signature d’un traité le 8 août 1949. Celui-ci précise une nouvelle fois l’autonomie de Thimphou en matière de politique intérieure et confirme la tutelle de New Delhi sur les relations extérieures du Bhoutan. Mais l’enclavement du pays et sa grande dépendance économique vis-à-vis de l’extérieur ont pour conséquence d’accroître le périmètre d’action de l’Inde au-delà de la seule politique extérieure. Lorsque la Chine commence à manifester son intérêt pour le Tibet, le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, qui ne souhaite pas voir l’influence de son puissant voisin s’accroître dans les pays qu’il estime faire partie de son pré-carré, rend une première (et unique) visite au roi (ou DrukGyalpo) Jigme Dorji Wangchuck (1952-1972), à l’automne de 1958, dans le but de le convaincre d’accepter l’aide économique de New Delhi. Entre autres projets, Nehru l’encourage à accueillir favorablement la construction d’une route reliant l’Inde au centre du Bhoutan, tant dans un but économique que stratégique (jusqu’alors, aucune route carrossable ne reliait le Bhoutan à l’extérieur). À mesure que la menace chinoise se précise, le gouvernement indien se fait plus pressant. En 1961, la formation de l’armée du Bhoutan est confiée à l’armée indienne, tandis que Nehru annonce que toute agression contre le royaume bouddhique serait considérée comme une agression contre l’Inde, déclaration qui n’entraîne aucune réaction de la part d’un gouvernement bhoutanais en phase avec son voisin. Ainsi, l’année précédente, Thimphou avait décidé de son propre chef d’un embargo contre le Tibet, qui ne fut pas sans conséquence pour l’économie du royaume, dont l’exportation de riz se faisait essentiellement en direction de Lhassa.
À la même période, le gouvernement bhoutanais entreprend ses premières politiques économiques. En 1961, il lance un premier plan quinquennal (1961-1966) centré essentiellement sur le développement des infrastructures du pays : la majorité du budget de 10,7 millions de dollars (66 %) est ainsi consacrée à la construction de routes. L’éducation fait également partie des priorités du pays qui poursuit dans cette direction au cours du deuxième plan quinquennal (1966-1971). De nombreuses écoles primaires et secondaires sont construites, tandis que des bourses sont offertes par le gouvernement aux élèves méritants afin qu’ils aillent étudier à l’étranger.
Jigme Dorji Wangchuck, « père du Bhoutan moderne », adapte aussi le royaume au nouveau contexte postcolonial sur le plan politique et sociétal. Il s’engage vers l’ouverture démocratique en créant l’Assemblée nationale en 1953, en rédigeant le cadre juridique du royaume (thrimshungchenmo) qui est ratifié par l’Assemblée nationale en 1957 ou en fondant le Conseil consultatif royal (lodeytshogdey) en 1965. Le monarque conserve néanmoins un droit de veto sur les décisions prises par l’Assemblée nationale. Parallèlement, le DrukGyalpo abolit l’esclavage et le servage en 1958 et initie de grandes réformes agraires.
Vers une ouverture au monde
Si la guerre sino-indienne de 1962 ne met pas un terme aux querelles frontalières des deux protagonistes, elle stabilise néanmoins la frontière. Le Bhoutan, sentant le péril d’une invasion chinoise s’éloigner, reconsidère sa politique étrangère. Pour la première fois, des voix se font entendre pour réclamer la redéfinition des relations qui unissent le pays et l’Inde. À l’image du Népal, le gouvernement bhoutanais envisage d’établir une stratégie d’équilibre des forces entre Pékin et New Delhi. Mais rapidement, sensible aux attaques dont sont victimes les Tibétains et leur culture, le roi revient sur sa position et poursuit ses relations avec New Delhi. En 1963, il autorise la présence d’un conseiller indien auprès du Premier ministre Jigme Dorji, augmentant un peu plus l’influence de New Delhi sur les affaires intérieures du royaume.
La santé déclinante du roi propulse Jigme Dorji sur le devant de la scène. Celui-ci fait néanmoins face à une opposition marquée au sein du gouvernement et de l’armée. Il est assassiné en avril 1964 et de nombreux membres de l’intelligentsia bhoutanaise soupçonnent (sans véritable preuve) la main de New Delhi. Afin de rassurer son allié, le roi se rend en Inde en mai 1966. Au cours de cette visite, il accepte le renforcement de l’aide indienne dans le cadre du deuxième plan quinquennal, tandis que l’Inde rappelle à New Delhi son conseiller. Parallèlement, le Premier ministre indien Indira Gandhi décide de promouvoir les relations du Bhoutan à l’international et milite en faveur d’une future candidature du royaume bouddhique à l’O.N.U. Ce dernier aspect constitue l’un des principaux objectifs du DrukGyalpo qui souhaite ardemment multiplier ses canaux de communication à l’étranger à partir de 1966-1967. Les pourparlers avec l’Inde à ce sujet sont nombreux et finissent par aboutir à l’intégration du Bhoutan à l’O.N.U. à l’automne de 1971. Dès lors, Thimphou bénéficie d’une nouvelle tribune, mais aussi de la manne financière de cette institution internationale. L’évolution des relations du Bhoutan avec l’extérieur le conduit à ouvrir un ministère des Affaires étrangères en 1972.
À partir du début des années 1970, le gouvernement bhoutanais entreprend une politique de diversification des aides extérieures nécessaires à son développement. Afin de ne pas rompre l’équilibre trouvé avec son voisin indien, Thimphou oriente ses sollicitations vers des pays neutres ou ayant peu d’influence dans la région, voire vers des organisations internationales. Un accord signé en 1973 par le nouveau roi Jigme Singye Wangchuck – arrivé sur le trône à la mort de son père, en juillet 1972 – offre 2,5 millions de dollars d’aide sur une période de trois ans dans le cadre du programme de développement de l’O.N.U. Ces aides massives de la part des organismes onusiens, mais aussi de l’Inde, de la Suisse, du Japon, de la Nouvelle-Zélande ou encore de l’Australie, permettent au gouvernement de multiplier les projets de développement, et plus particulièrement l’application de réformes agraires. Le quatrième plan quinquennal (1976-1981) prévoit ainsi une part importante de son enveloppe budgétaire de 101,6 millions de dollars au secteur agricole (et notamment en direction de l’industrie forestière).
Toutefois, une partie de la classe politique bhoutanaise s’inquiète de la forte dépendance du pays vis-à-vis des aides extérieures. Le gouvernement ambitionne donc de lancer de grands investissements en direction de projets hydroélectriques, de travaux d’irrigation et d’industries diverses afin de diminuer cette dépendance. C’est également dans cet esprit que le royaume commence à s’ouvrir sur l’extérieur, autorisant les premiers touristes à entrer sur son territoire. À partir du début des années 1980 – et plus particulièrement dans le cadre du cinquième plan quinquennal (1981-1987) – une partie de l’administration dédiée au développement du pays est décentralisée dans les districts (dzongkhags), où les commissaires sont chargés de déterminer avec précision la nature et la quantité d’aide nécessaire à chaque district pour favoriser son développement.
Entre conservatisme et modernisme
Le début des années 1990 marque un tournant dans l’histoire contemporaine du Bhoutan, avec l’apparition des premiers conflits ethniques. Depuis le milieu du xixe siècle, une population népalaise a émigré au Bhoutan, notamment pour pallier le manque de main-d’œuvre dans le pays. Désignés par le terme de lhotshampa (opposé au terme de drukpa qui désigne les populations indigènes du Bhoutan), ces Népalais ont vu leur population croître pour devenir la principale minorité du pays (entre 30 et 40 % de la population totale selon les différentes estimations).
À partir de la fin des années 1980, le gouvernement bhoutanais a initié une nouvelle politique destinée à limiter la population lhotshampa, tant quantitativement que sur le plan de leur influence dans le royaume. Accusant notamment ces populations d’origine népalaise d’être entrées clandestinement sur le territoire, Thimphou expulse près de cent mille lhotshampa de son territoire dont la plupart trouve refuge dans des camps de réfugiés de l’est du Népal. En 2008, le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande accueillent à leur tour des lhotshampa sur leur territoire, tandis que la Commission européenne accorde 1,5 million d’euros au gouvernement népalais pour l’aider à gérer la condition des réfugiés. Malgré la médiation de forces étrangères, les relations entre le Népal et le Bhoutan continuent de se cristalliser autour de cette question.
Outre les lhotshampa, le Bhoutan fait également face à la présence de rebelles indiens du Front uni de libération de l’Assam (F.U.L.A.) et, dans une moindre mesure, du Front démocratique national du Bodoland sur son territoire depuis 1997. En vertu des traités d’amitié et de l’importance des relations qui les unissent, l’Inde fait pression sur Thimphou pour qu’il coopère avec elle dans sa lutte contre ces insurgés. Si, dans un premier temps, le gouvernement bhoutanais s’y refuse, la crainte que cette instabilité fusionne avec les troubles causés par les militants lhotshampa le conduit à engager des opérations militaires contre le F.U.L.A. en décembre 2003.
Sur le plan politique, le roi Jigme Singye Wangchuck poursuit la politique d’ouverture démocratique amorcée par son père. Dès son accession au pouvoir en 1972, il pose comme ligne directrice de sa politique le concept de « Bonheur national brut », qui consiste à cesser de mesurer le développement du pays à partir de facteurs strictement économiques, mais en se fondant sur les grands principes du bouddhisme tibétain.
En mars 2005, il propose une Constitution qui repose sur une monarchie parlementaire et qui devra être adoptée par référendum. En décembre de l’année suivante, il abdique en faveur de son fils, Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, qui sera couronné le 6 novembre 2008 à l’âge de vingt-huit ans. Le 18 juillet de cette même année, le Parlement nouvellement élu ratifie la Constitution faisant du royaume une monarchie parlementaire. De nouvelles élections législatives, en juillet 2013, consolident la voie démocratique dans laquelle s’est engagé le royaume. Cette ouverture a toutefois ses limites : la politique d’exclusion des non-drukpa se poursuit avec l’enseignement obligatoire et unique du dzongkha (langue nationale) au détriment du népali ou encore les lois anti-conversion (visant essentiellement la communauté chrétienne) proposées en 2010.
Parallèlement, le développement économique du pays demeure au centre des préoccupations du gouvernement. Une dizaine de projets hydroélectriques ont été mis en place en partenariat avec l’Inde avec l’objectif d’accroître les capacités de production de 15 % à l’horizon de 2020. Les besoins continus du Bengale occidental et l’intérêt renouvelé que le Bangladesh porte au potentiel productif de 30 000 MW du Bhoutan devraient permettre au pays de maintenir le taux de croissance de son P.I.B. entre 5 et 7 % selon les estimations. Enfin Thimphou, dont les ressources dépendent grandement des évolutions climatiques, s’engage résolument dans une politique en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Lors de la conférence régionale de l’Alliance mondiale contre le changement climatique qui s’est tenue à Dacca (Dhaka, Bangladesh) les 30 et 31 mai 2010, le Bhoutan a signé un accord de collaboration aux côtés des représentants de l’Afghanistan, du Bangladesh, du Cambodge, du Népal, des Maldives et de l’Union européenne (entre autres) afin de mobiliser l’aide internationale sur ces questions. C’est dans la même logique que le gouvernement bhoutanais intègre à son onzième plan quinquennal (2013-2018) un plan d’action pour l’adaptation au changement climatique.
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Écrit par
- Benoît CAILMAIL : conservateur des bibliothèques à la Bibliothèque nationale de France
- François DURAND-DASTÈS : professeur à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot
- Alain LAMBALLE : lieutenant-colonel d'infanterie, docteur de troisième cycle en sociologie politique
- Chantal MASSONAUD : chargée de mission au musée Guimet
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Voir aussi
- BHOUTAN ART DU
- 'BRUG-PA
- ZHABS-DRUNG (XVIIe s.)
- WANGCHUK LES
- KRONG-SAR MONASTÈRE DE
- BKRA-SHIS CHOS-RDZONG
- STAG-TSHANG MONASTÈRE DE
- BOUDDHIQUE ART
- SCULPTURE RELIGIEUSE
- HACHE
- STATUE DE CULTE
- RDZONG, monastère fortifié
- PEINTURE MURALE
- BHOTES, BHOTIAS ou BHOTIYAS
- PEINTURE TECHNIQUES DE LA
- DÉMOCRATISATION
- TEMPLE, monde indien
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