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BIÉLORUSSIE

Nom officiel République de Biélorussie, Bélarus
Chef de l'État et du gouvernement Alexandre Loukachenko - depuis le 20 juillet 1994
Capitale Minsk
Langue officielle Russe , Biélorusse
Population 9 178 298 habitants (2023)
    Superficie 207 630 km²

      Article modifié le

      Histoire

      La période médiévale et l'émergence des premières principautés

      L'État biélorusse n'est pas une création du xxe siècle. Son histoire est déjà ancienne. Les premières principautés locales apparurent au sein de la principauté de Kiev, à la fin du xe siècle, notamment autour de Polotsk. Dès cette époque, les villes de Pinsk, Slutsk et Turov, et dans une moindre mesure celle de Minsk, étaient des centres importants, mais moins rayonnants que Kiev et Novgorod. Entre ces deux pôles antagonistes, les petites principautés locales réussirent peu à peu à affirmer leur autonomie politique et leur originalité culturelle. Cette situation fut confirmée au xiiie siècle avec l'arrivée des Mongols, qui conquirent une partie de l'ancienne principauté de Kiev et les principautés situées sur le territoire de la Russie actuelle. L'actuelle Biélorussie fut relativement épargnée, ce qui permit à Pinsk et Turov de gagner définitivement une indépendance qu'elles possédaient déjà de fait.

      Dès cette époque, les princes locaux, en perpétuelle rivalité pour le trône de Polotsk, commencèrent à employer des guerriers baltes, principalement lituaniens, dans le cadre de leurs luttes intestines. Ces derniers connaissaient bien le pays pour y avoir mené déjà de nombreuses razzias. Ils s'imposèrent peu à peu et réussirent finalement à exercer des fonctions princières à Polotsk (1262), Smolensk et Vitebsk (1264). Ainsi, le prince Mendog réussit à constituer un État à cette époque, situé à la jonction des zones de peuplement lituanien et biélorusse, autour d'une capitale située à Novogrudok. Il se convertit au catholicisme en 1252 et se proclama roi de la Litva ou Lituanie, appellation qui désignait alors un territoire aux confins de l'actuelle Biélorussie occidentale et de la Lituanie orientale. Ses successeurs parvinrent à consolider son œuvre et à renforcer le jeune État face aux Mongols.

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      Au xive siècle, l'État lituanien englobait ainsi la majorité des principautés biélorusses et le nord-ouest de l'Ukraine actuelle. Sa capitale était alors Vilna (actuelle Vilnius), où se côtoyaient Livoniens et Samogitiens (peuples baltes résidant dans l'actuelle Lituanie), Biélorusses, Ruthènes, Lettons, Allemands et Polonais. À la fin du siècle, le grand-duché de Lituanie s'étendait sur l'ensemble des terres biélorusses et sur une grande partie de l'Ukraine actuelle. Les souverains lituaniens avaient en outre réussi à stopper la progression des chevaliers Teutoniques au nord.

      Afin de contenir l'expansion de la Moscovie, à l'est, et celle des chevaliers Teutoniques, au nord, les grands-ducs finirent par ressentir la nécessité de se rapprocher d'États voisins. Le grand-duc Jagellon se convertit au catholicisme et épousa en 1386 la princesse Hedwige, héritière de Pologne. Au sein du nouvel État ainsi constitué, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie restèrent indépendants, unis seulement de façon nominale par l'existence d'un souverain commun. Toutefois, on constate dès cette époque un net rapprochement culturel et institutionnel entre les deux États. Dans ce très vaste territoire qui s'étendait de la mer Baltique à la mer Noire, les souverains menèrent une politique de tolérance religieuse. Le grand-duché était alors une mosaïque culturelle où les aristocraties catholiques et orthodoxes jouissaient de statuts égaux et où la liberté de culte était réelle.

      De l'Union avec la Pologne à la russification

      Face à la Moscovie de plus en plus puissante à l'est, les noblesses polonaise et lituanienne obtinrent l'Union des deux États en 1569. Ce fut l'union de Lublin, qui donna naissance à la République polono-lituanienne, dotée d'un Parlement commun. Mais les armées et les finances restèrent séparées. Au sein de ce nouvel ensemble, l'influence de la culture polonaise et du catholicisme fut renforcée, principalement parmi les élites. La diversité culturelle fut accentuée encore avec l'arrivée de la réforme protestante, au xvie siècle, et avec la diffusion de l'imprimerie sous l'impulsion de l'humaniste Francisk Skorina. De nombreux nobles orthodoxes se convertirent au protestantisme, mais passèrent ensuite au catholicisme au xviie siècle lors de la Contre-Réforme, qui fut diffusée principalement par les jésuites. Ils amplifièrent ainsi le processus de polonisation de la société.

      Parallèlement, une partie de la haute hiérarchie orthodoxe demandait une réforme profonde. C'est pourquoi, en 1596, un synode d'évêques orthodoxes réuni à Brest-Litovsk proclama la création de l'Église orthodoxe de Lituanie et de Pologne, et placèrent cette nouvelle Église sous l'autorité spirituelle du pape de Rome. Ce fut l'acte de naissance de l'Église catholique de rite oriental, plus communément appelée Église uniate. Cette création était aussi une réponse politique des rois de Pologne à la création du patriarcat de Moscou par les souverains moscoviens. Ces derniers souhaitaient faire de leur capitale la troisième Rome, en raison de la chute de Constantinople en 1453. L'uniatisme se diffusa difficilement dans les régions orientales de la Biélorussie et de l'Ukraine actuelles, qui ne reconnurent pas l'autorité du pape. La paysannerie, de plus en plus marginalisée par l'extension du servage, resta majoritairement orthodoxe jusqu'au xviiie siècle. Un antagonisme socio-religieux se développa ainsi entre l'élite nobiliaire, souvent polonisée, et la paysannerie, contribuant au lent déclin de la République.

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      Ce déclin, commencé en réalité dès le xviie siècle, fut illustré par les incursions de plus en plus fréquentes d'armées étrangères sur le territoire polono-lituanien, en particulier de l'armée moscovienne. Cette dernière, qui avait déjà atteint Minsk en 1654, s'empara de Smolensk en 1667. Le lent déclin politique de la République trouva son point d'achèvement à la fin du xviiie siècle, avec ce qu'on appelle usuellement les trois partages de la Pologne, en réalité de la République polono-lituanienne, en 1772, 1793 et 1795. Les terres biélorusses furent ainsi intégrées dans l'empire russe et firent l'objet d'intenses campagnes de russification, en particulier sous les règnes de Catherine II, de Nicolas Ier et de Nicolas II. En 1839, les uniates, devenus entre-temps majoritaires dans la population, furent contraints de se convertir à l'orthodoxie et l'Église uniate fut officiellement dissoute. La russification fut en partie responsable des révoltes polonaises de 1830 et 1863, qui touchèrent une partie de la Biélorussie actuelle. Ces révoltes hâtèrent l'abolition du servage (1861), qui était conçue comme une mesure de rétorsion du tsar à l'encontre de l'aristocratie terrienne, polonaise ou polonisée, de l'ancienne République.

      La russification n'empêcha pas l'émergence de partis politiques contestataires ni d'un mouvement national, porteur d'une première conscience identitaire, au début du xxe siècle. C'est à Minsk qu'eut lieu le premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate, en 1898, dont sont issus les mencheviks et les bolcheviks. Peu après, en 1902, sous l'impulsion du Parti socialiste polonais, naquit la Hromada révolutionnaire biélorussienne, à Vilna. Pendant ce temps, le développement du système scolaire et l'apparition de maisons d'édition contribuèrent à la diffusion du sentiment national dans les premières années du xxe siècle.

      La Biélorussie soviétique

      La Première Guerre mondiale accéléra la désagrégation de l'empire russe et accrut l'audience des mouvements politiques nationalistes, parfois avec l'aide des occupants allemands. Un Comité national biélorussien fut créé à Minsk en mars 1917. Le 25 mars 1918, un congrès pan-biélorussien proclama la République populaire de Biélorussie. Mais, après la capitulation allemande, les bolcheviks reprirent le pays en main. Le 1er janvier 1919, ils parvinrent à faire proclamer la République socialiste soviétique de Biélorussie. Lorsque les troupes allemandes évacuèrent le pays, l'Armée rouge s'avança immédiatement jusqu'à Minsk et Vilna, faisant proclamer alors la République soviétique de Lituanie-Biélorussie, le 27 février. Ce nouvel État ne comprenait pas les régions de Smolensk, Vitebsk et Moguilev, conservées par la Russie. Cette avancée de l'Armée rouge provoqua une riposte armée de la Pologne qui souhaitait annexer la partie occidentale de la Biélorussie et qui ne pouvait admettre le voisinage de la Russie. Vilna et ses environs furent envahis par l'armée polonaise le 22 avril 1919, sur l'ordre de Josef Pilsudski. Cette intervention marqua le début de la guerre polono-soviétique, qui s'acheva au mois de mars 1921 par la signature du traité de Riga. Ce dernier institutionnalisa le partage de la Biélorussie en trois parties : l'ouest allait à la Pologne, le centre devenait la République socialiste soviétique de Biélorussie, qui avait été proclamée en réalité le 1er août 1920, composée de six districts de la région de Minsk, et l'est était annexé par la fédération de Russie.

      La Biélorussie obtint ses frontières actuelles entre 1941 et 1945. Avec le partage germano-soviétique et, plus tard, avec l'avancée de l'Armée rouge face aux troupes nazies, le pays fut unifié. Mais, entre-temps, la partie orientale, qui avait été attribuée à la Russie en 1921, avait connu la soviétisation, ce qui explique certains contrastes géographiques régionaux encore visibles dans le pays. Enfin, en 1945, le pays devint membre de l'ONU, avec l'Ukraine.

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      L'histoire de la Biélorussie a été marquée par une constante, le fait d'être toujours prise entre deux pôles plus puissants qu'elle et souvent antagonistes : Kiev et Novgorod, puis Moscou et Varsovie. Le xxe siècle a vu la victoire du pôle moscovite, jusqu'à la fin de l'Union soviétique. L'indépendance, proclamée le 25 août 1991 et acquise en décembre 1991 presque malgré elle, fait enfin de la Biélorussie un État souverain. Ayant fait office de confins pendant des siècles, elle peut enfin prendre en main sa propre histoire.

      — Yann RICHARD

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      Écrit par

      • : maître de conférences à l'université Bordeaux Montaigne
      • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
      • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

      Classification

      Médias

      Biélorussie : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Biélorussie : carte physique

      Biélorussie : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Biélorussie : drapeau

      Alliance de l’opposition en Biélorussie, 2020 - crédits : Nataliya Fedosenko/ TASS/ Getty Images

      Alliance de l’opposition en Biélorussie, 2020

      Autres références

      • BIÉLORUSSIE, chronologie contemporaine

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      • ALEXIEVITCH SVETLANA (1948- )

        • Écrit par
        • 1 048 mots
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      • LOUKACHENKO ALEXANDRE (1954- )

        • Écrit par
        • 792 mots
        • 1 média

        Homme politique biélorusse, président de la République depuis 1994.

        Né le 30 août 1954 à Kopys, dans l'oblast de Vitebsk (dans le nord-est du pays, à l’époque en République socialiste soviétique de Biélorussie), Alexandre Loukachenko effectue ses études à l'Institut d'enseignement de Moguilev et...

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