CANADA Histoire et politique
Nom officiel | Canada |
Chef de l'État | Le roi Charles III (Royaume-Uni), représenté par la gouverneure générale Mary Simon - depuis le 26 juillet 2021 |
Chef du gouvernement | Mark Carney - depuis le 14 mars 2025 |
Capitale | Ottawa |
Langue officielle | Français , Anglais |
Article modifié le
Un pays indépendant
Les fondateurs du Canada anglais – les premiers hommes d'affaires britanniques arrivés dans la colonie laurentienne immédiatement après la conquête, les loyalistes chassés de la république américaine, les hardis pionniers de l'Ouest, les millions d'immigrants venus des îles Britanniques – ont toujours eu l'ambition d'édifier au nord des États-Unis un vaste pays. En 1867, pour réaliser cet idéal, trois colonies de l'Amérique du Nord britannique – le Canada-Uni, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick – s'entendirent pour former un État fédéral qu'elles nommèrent le Canada. À l'origine, celui-ci se composa de quatre provinces : l'Ontario (l'ancien Haut-Canada), le Québec (l'ancien Bas-Canada), la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. La Constitution conçue par les dirigeants des colonies et votée par le Parlement de Westminster reconnaissait au gouvernement central de la fédération, dont le siège serait à Ottawa, de très vastes pouvoirs. Ceux-ci étaient tellement étendus que, pour les spécialistes, cette Constitution visait à établir un régime quasi fédéral accordant au gouvernement d'Ottawa le droit de tutelle sur les provinces. Cette situation prévalut jusqu'à la fin du xixe siècle.
La présence des Canadiens français, qui disposaient toujours de certains moyens de pression et d'action comme collectivité distincte, avait obligé les auteurs de la nouvelle Constitution à créer la province de Québec. La majorité des Québécois était à l'époque et est demeurée francophone. Néanmoins le Québec, à cause du rôle primordial qu'a toujours joué la ville de Montréal dans l'économie de la vallée du Saint-Laurent, comptait alors et compte encore une population anglophone liée au Canada anglais. Minoritaires (23 % en 1867, 20 % en 1968, 17 % en 1982), les Anglo-Québécois détenaient alors une influence prépondérante devant laquelle s'inclinaient les porte-parole officiels des Canadiens français. Cette minorité puissante fit garantir son droit de représentation à l'Assemblée législative provinciale, s'assura la pleine maîtrise de son système scolaire et imposa le bilinguisme dans les institutions politiques québécoises. Elle pouvait de plus en appeler au gouvernement central si elle se jugeait lésée dans ses droits par le gouvernement provincial. Celui-ci se garda bien de provoquer sa colère. Dans les sociétés commerciales, industrielles et financières que dirigeait la bourgeoisie anglo-québécoise et dont dépendait le développement de la province, l'unilinguisme anglais fut de rigueur, de la direction aux emplois subalternes. La langue française pouvait être utilisée au Parlement fédéral et devant les cours de justice du Québec. Il n'était nullement question de rendre bilingue le gouvernement fédéral. Encore moins de faire du Canada un pays bilingue.
Développement et souveraineté
La devise choisie par les fondateurs du nouveau pays, A mari usque ad mare, exprimait l'œuvre déjà accomplie mais aussi un programme pour l'avenir. Sitôt constitué, le gouvernement canadien négocia l'achat des territoires du Nord-Ouest, propriété de la Compagnie de la baie d'Hudson (1869). L'année suivante, la province du Manitoba était créée. En 1871, la Colombie britannique se joignait à la fédération canadienne. Le gouvernement d'Ottawa s'était engagé à construire un chemin de fer qui relierait la nouvelle province à l'est du pays. Il avait également promis la mise en chantier d'une voie ferrée entre Halifax et le port de Québec. Le 1er juillet 1876, neuf ans après la proclamation de la nouvelle Constitution, l'Intercolonial (d'une longueur de 746 miles, soit 1 200 km) était achevé. La construction du transcontinental de Vancouver à Montréal, le Pacifique-Canadien (environ 2 000 miles, soit quelque 3 200 km), commencée en 1873, se termina en 1885. C'était à l'époque la plus longue ligne de chemin de fer du monde et démontrait l'audace des fondateurs du Canada moderne, leur foi en l'avenir. Pour mieux unir le pays et afin de favoriser l'aménagement du territoire, le gouvernement fédéral distribua de généreux subsides aux promoteurs de chemins de fer. Ceux-ci dotèrent le pays de plusieurs voies desservant les principales villes de la vallée du Saint-Laurent et de deux autres transcontinentaux. Des milliers d'immigrants venus de tous les pays d'Europe et des États-Unis s'établirent dans l'Ouest, où il fallut créer deux nouvelles provinces : la Saskatchewan et l'Alberta (1905). En 1873, l'île du Prince-Édouard s'était unie au Canada. Terre-Neuve attendit jusqu'en 1949 pour l'imiter. Le Canada, pays continental, avait relevé le défi géographique.
Colonie de l'empire britannique et voisin d'un pays puissant qui avait déjà tenté de le conquérir (en 1775-1776 et en 1812-1814), le Canada dut faire reconnaître graduellement sa liberté comme État souverain. La Grande-Bretagne l'aida sur les plans militaire et diplomatique à se protéger contre les ambitions de la république américaine. Elle lui envoya des immigrants, lui assura un marché pour ses matières premières, lui donna ses premiers cadres et mit à sa disposition ses réserves de capitaux. La population anglo-canadienne a toujours reconnu la dette du pays envers sa métropole. Le gouvernement d'Ottawa se porta spontanément à son secours lors de la guerre de l'Afrique du Sud (1899-1902), de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Son intervention dans la politique internationale au cours de la Première Guerre mondiale et à la Conférence de Paris fournit au Canada l'occasion de faire reconnaître son statut d'État autonome. Les dépenses militaires avaient stimulé et diversifié son économie. Sa contribution à la victoire alliée avait augmenté sa confiance en lui-même et forcé les autres pays à ne plus le considérer comme une simple colonie de l'Empire. Ses chefs politiques furent parmi les principaux architectes du Commonwealth.
À partir du xxe siècle, il fut de moins en moins question d'une annexion du Canada par les États-Unis. Ceux-ci avaient admis un voisin qui leur ressemblait beaucoup et dont ils ne comprenaient guère le statut politique. En fait, les Américains avaient au Canada un lieu où placer leurs capitaux. Les gouvernements provinciaux et municipaux, qui avaient la responsabilité de veiller à la mise en valeur des ressources naturelles et à l'aménagement du territoire, empruntèrent de plus en plus sur le marché des États-Unis. Par sa politique protectionniste, le gouvernement d'Ottawa encouragea les industriels américains à établir des succursales au Canada. Commencée dès la fin du xixe siècle, l'infiltration des capitaux américains s'accentua entre 1905 et 1930. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays compte principalement sur les investissements américains pour assurer son développement économique. Évalués à 4 milliards et demi de dollars en 1939, les placements américains au Canada étaient multipliés par six en trente ans. Durant la même période, le produit national brut (6 milliards de dollars en 1939) était décuplé.
Le compromis remis en question
Pays continental d'une étendue démesurée, affligé d'un excédent géographique, peu peuplé (27 millions d'habitants en 1991), puisant à divers héritages culturels dont il n'a pas réussi à faire une synthèse, comptant au sein de sa population une minorité francophone bien organisée de 7 millions d'âmes dont plus de 80 % habitent le Québec, le Canada traverse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale une époque difficile. L'inégale prospérité des cinq grandes régions du pays (provinces maritimes, Québec, Ontario, provinces de l'Ouest et Colombie britannique) et la venue de 5 millions d'immigrants depuis 1946 (75 % d'entre eux ont choisi de s'établir définitivement au Canada) posent de nombreux problèmes qui n'ont pas été résolus.
Les revendications collectives des Canadiens français du Québec, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont également remis en question le compromis que leurs ancêtres avaient conclu avec le Canada anglais. Les nouvelles générations franco-québécoises, plus instruites, ayant rejeté la pensée conservatrice des élites cléricales et professionnelles, n'acceptent plus la division des tâches sur laquelle reposait la collaboration entre Canadians et Canadiens. Elles entendent saisir toutes les chances de promotion qui s'offrent à elles dans le monde industriel à l'heure de la démocratie sociale ; elles entendent prendre possession du territoire québécois avec lequel trois siècles et demi d'histoire les lient. Un mouvement sécessionniste prit naissance au Québec à la fin des années 1950. L'action terroriste de quelques-uns de ses membres (1963-1964), l'accueil plutôt froid réservé à la reine Elizabeth lors de ses visites au Québec (en 1964 et en 1967) et les déclarations du général de Gaulle (en 1967 et en 1968) ont donné, en cette fin des années 1960, au problème des relations entre le Canada français et le Canada anglais – problème qui a une longue histoire – une dimension internationale.
Le Canada n'a jamais formé une nation unie. Il venait de s'en rendre compte, comme le reste du monde. Les fondateurs britanniques du pays ont voulu en faire une monarchie anglaise. Jusqu'à une date relativement récente, celle-ci fut dirigée, à tous les niveaux de la vie collective, par une minorité de privilégiés, l'Establishement, dont les membres s'identifiaient avec ceux que les sociologues appellent les Wasps (White, Anglo-Saxon et Protestant), la caste des dirigeants blancs, d'origine anglo-saxonne et de religion protestante. Dès cette époque, les citoyens d'origine britannique et les adeptes du protestantisme ne constituent plus la majorité de la population. Les anciens idéaux des loyalistes n'ont jamais impressionné les Canadiens français et ne soulèvent aucun enthousiasme chez les 9 millions d'habitants du pays qui ne sont pas d'origine britannique ou française. Ce groupe, appelé parfois la troisième force, a généralement adopté la langue anglaise, celle du continent et du groupe dominant, mais il n'a pas épousé l'idéologie des British Americans du xixe siècle et se montre de plus en plus impatient devant les manifestations du nationalisme franco-québécois. Celui-ci apparaît, parmi plusieurs autres facteurs de division, comme la menace la plus immédiate contre l'unité canadienne. Pour y faire face, le gouvernement fédéral cherche alors à jeter les bases d'un nationalisme pancanadien. En 1946, le pays s'est donné une loi de la citoyenneté canadienne. Auparavant, ses habitants se contentaient d'être des sujets britanniques. Le Canada n'a un drapeau national que depuis 1965, adopté au terme de longs et acrimonieux débats qui ont creusé davantage le fossé qui sépare les régions et les groupes culturels du pays. Il manque un véritable hymne national.
Répondant aux appels de divers milieux, le gouvernement fédéral a créé une commission d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963). Après avoir constaté dans un rapport préliminaire (1965) que le pays faisait face à « la plus grave crise » de son histoire, les commissaires-enquêteurs ont conseillé une politique de promotion du bilinguisme anglo-français dans l'administration fédérale et dans toutes les régions où survivent des groupes francophones et anglophones représentant respectivement au moins 10 % de la population. Les provinces du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario furent invitées à se déclarer officiellement bilingues. Beaucoup de Canadiens français du Québec, qui voyaient de plus en plus en celui-ci leur État national, jugèrent que ces mesures venaient trop tard, étaient plus symboliques qu'effectives et visaient surtout à consolider la position privilégiée de la minorité anglo-québécoise, inquiète devant les nouvelles exigences des Canadiens français du Québec. Certains citoyens canadiens d'origine allemande, ukrainienne, polonaise, italienne, etc., qui ont opté pour la langue anglaise, se demandent pourquoi leur langue maternelle ne jouirait pas de la considération accordée au français.
À tous les facteurs qui ont empêché et empêchent encore la formation d'un sentiment national commun à tous les Canadiens, s'ajoute la satellisation du pays. De plus en plus lié à l'économie de son puissant voisin, le Canada, pour maintenir le niveau de vie élevé de ses habitants, a graduellement renoncé à l'idéal d'indépendance qui animait ses fondateurs. En politique internationale, avec l'entrée aux Nations unies des États du Tiers Monde, le pays a perdu le prestige que lui avaient valu sa contribution à la Seconde Guerre mondiale et sa participation importante à l'ordre mondial dans la période qui suivit. Prospère, le Canada appartient à la minorité des États privilégiés qu'envient les pays en voie de développement. Acceptant par intérêt et par faiblesse l'hégémonie des États-Unis, il a perdu la confiance des peuples non engagés et n'a plus d'objectifs nationaux à proposer à ses habitants. Ceux-ci découvrent soudain que l'unité du pays repose sur des bases fragiles.
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Écrit par
- Michel BRUNET : professeur à la faculté des arts et des sciences, université de Montréal, membre à titre d'associé étranger de l'Académie des sciences d'outre-mer de France
- Alain NOËL : professeur titulaire, département de science politique, université de Montréal, Québec (Canada)
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
Classification
Médias
Autres références
-
PALÉOESQUIMAU
- Écrit par Yvon CSONKA
- 68 mots
Le terme paléoesquimaux désigne toutes les populations préhistoriques établies de la rive sibérienne du détroit de Béring au Groenland, en passant par l'Arctique nord-américain, qui manifestent un mode de vie de type esquimau. Elles ont disparu peu après l'arrivée d'immigrants venus d'...
Voir aussi
- GEORGE III (1738-1820) roi de Grande-Bretagne (1760-1801) puis du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (1801-1820)
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