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COMPORTEMENT ANIMAL Comportement reproducteur

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La diversité des signaux de séduction

Les animaux utilisent tous les modes de communication et tous les canaux sensoriels pour produire et transmettre efficacement leurs signaux de séduction. Ces derniers sont en fait rarement limités à la séduction ; ils servent également à s'imposer face aux autres séducteurs. Cependant, que ce soit le visuel, l'acoustique, l'olfactif ou le tactile, ces sens sont souvent combinés pour mieux séduire. Les ornements multiples se trouvent surtout chez les espèces polygynes, c'est-à-dire dont les mâles s'accouplent avec plusieurs femelles.

Les signaux visuels

Paon bleu - crédits : Gerard Soury/ The Image bank/ Getty Images

Paon bleu

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Ils sont généralement associés à des coûts énergétiques importants liés à la répétition des mouvements de parade utilisés pour mettre en valeur leur coloration. Des parades visuelles très spectaculaires se rencontrent chez les oiseaux qui forment des « leks », regroupements de mâles parmi lesquels les femelles choisissent de s'accoupler avec certains partenaires pour ensuite s'occuper seules de la nidification et de l'élevage des jeunes. Par exemple, chez le tétras des armoises, un oiseau d'Amérique du Nord, le mâle gonfle une poche de quatre litres d'air, dressant son œsophage et présentant les deux plaques orange de sa gorge. Simultanément, il déploie l'éventail brun rayé de blanc de sa queue, puis vide brusquement son sac d'air en produisant un son puissant et directionnel qui peut s'entendre à plus d'un kilomètre. Les nombreuses études menées sur cette espèce ont montré que ce n'était pas les caractéristiques physiques des mâles qui étaient les plus attractives pour les femelles, mais leur vigueur à parader. En effet, parader multiplie leur dépense énergétique par quinze, et certains mâles dépensent deux fois plus d'énergie que d'autres. Cette vigueur des mâles est certainement le reflet de leur qualité pour les femelles et leur descendance. Les parades en leks sont aussi très spectaculaires chez les paradisiers, le paon bleu d'Asie, et les manakins, cotingas et coqs de roche d'Amérique tropicale. Il existe même des espèces comme le manakin fastueux chez lesquelles la parade des mâles est coopérative. Plusieurs mâles exécutent alors une danse coordonnée, mais seul le mâle dominant peut s'accoupler. Les autres mâles auront éventuellement plus de succès lors d'une future saison de reproduction.

En revanche, au cours de l'évolution, les ornements de certaines espèces ont été en quelque sorte « transférés » hors du corps du mâle, vers l'élaboration de structures externes utilisées pour attirer les partenaires sexuelles (cf. constructions animales). C'est le cas des oiseaux à berceaux ou jardiniers d'Australie. Les espèces qui construisent les berceaux les plus élaborés présentent les colorations les plus ternes. Par exemple, le jardinier prince régent est brillamment coloré de jaune et noir, mais ne construit qu'un simple berceau de tiges dressées sans décoration. Le jardinier satiné a un plumage noir brillant avec un iris bleu vif ; son berceau est simple mais décoré de pétales, de coquilles et de fruits, surtout bleus. Le jardinier de Macgregor accroche des branchages autour d'un pilier positionné au centre d'une arène circulaire surélevée, et y attache des objets colorés ; le mâle est d'un marron uniforme avec une crête jaune. Le jardinier brun est le moins coloré, mais il construit une structure couverte, sorte de hutte décorée d'ailes de papillons, d'élytres de coléoptères, de coquilles, de fruits, de feuilles et de fleurs.

Les parades auditives

Crapaud commun - crédits : Laurent Lebois/ flickr ; CC-BY

Crapaud commun

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Les parades auditives des batraciens, oiseaux, insectes, mammifères et poissons sont largement utilisées comme instruments de séduction. Dans tous ces groupes animaux, de nombreuses études ont montré que les femelles préfèrent les mâles qui émettent les appels les plus fréquents, les plus intenses et/ou les plus longs. Ces caractéristiques des chants amoureux sont énergétiquement coûteuses et sont donc souvent des indicateurs honnêtes dépendant de la condition individuelle. C'est par exemple le cas du crapaud commun. Quelques études ont montré que les caractéristiques du chant pouvaient être liées à l'âge, la taille, la dominance ou le degré d'infestation parasitaire : ainsi distingué, le partenaire peut fournir à la femelle de « bons gènes » que porteront des jeunes à croissance plus rapide, à meilleure survie ou plus résistants aux parasites.

Les odeurs

Elles sont aussi utilisées par certains mammifères et insectes pour sélectionner leur partenaire. Dans la plupart des cas, l'odeur préférée par les femelles est liée au statut de dominance du mâle. Cependant, c'est chez la femelle de bombyx du mûrier, un papillon de nuit originaire du nord de la Chine dont la larve est le ver à soie, que la structure chimique de ces odeurs sexuelles a été pour la première fois identifiée en 1959 et nommée phéromone. Les femelles peuvent attirer les mâles sur quelque dix kilomètres, ceux-ci remontant le vent vers la source de phéromones de leur future partenaire. Dans certains cas, le bénéfice de ces odeurs sexuelles peut être direct. Le papillon de nuit Utetheisa ornatrix, répandu aux Antilles et en Amérique tropicale, produit une phéromone qui signale la quantité d'alcaloïdes protecteurs des œufs qu'il pourra transmettre à la femelle lors de l'accouplement. Ces alcaloïdes ont aussi pour avantage de rendre la femelle non comestible à ses prédateurs les araignées.

Bombyx du mûrier - crédits : N. Dal Zotto/ Shutterstock

Bombyx du mûrier

Bombyx mori - crédits : S. Dalton/ EB Inc.

Bombyx mori

Les mâles de certaines espèces ont des ornements multiples et extravagants alors que ceux d'autres espèces n'ont qu'un trait qui les différencie des femelles. Les ornements multiples sont surtout observés chez les espèces polygynes ou qui forment des leks. Les mâles de ces espèces, mis en concurrence, peuvent développer de telles parures car ils ne s'investissent pas dans les soins des jeunes. Leurs ornements ne sont, en général, pas des indicateurs d'une meilleure condition corporelle, et sont donc considérés comme résultant du processus d'emballement de Fisher. À l'opposé, les espèces simplement ornementées sont généralement monogames, leurs parures étant souvent des indicateurs fiables de leur condition physique.

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Écrit par

  • : docteur de l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, chargé de recherche au C.N.R.S.

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Cerf et biches pendant le rut - crédits : Arterra/ Universal Images Group/ Getty Images

Cerf et biches pendant le rut

Paon bleu - crédits : Gerard Soury/ The Image bank/ Getty Images

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Crapaud commun - crédits : Laurent Lebois/ flickr ; CC-BY

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