CORÉE DU NORD
Nom officiel | République populaire démocratique de Corée |
Chef de l'État et du gouvernement | Kim Jong-un - depuis le 11 avril 2012 |
Capitale | Pyongyang |
Langue officielle | Coréen |
Population |
26 418 204 habitants
(2023) |
Superficie |
120 540 km²
|
Article modifié le
Les relations intercoréennes
De la confrontation au dialogue
Le 38e parallèle demeure un reliquat de la guerre froide. Au nord de cette zone démilitarisée de 4 kilomètres de largeur sur une longueur de 346 kilomètres, la Corée du Nord dispose d'une puissante armée de près d'un million d'hommes ; au sud, la Corée du Sud possède une armée de 688 000 hommes, et les États-Unis maintiennent 29 500 soldats. Depuis 1953, les invectives et les dialogues de sourds se succèdent, ponctués par des événements tragiques provoqués par le Nord : le détournement d'avions civils sud-coréens vers Pyongyang en 1958 et en 1969 et d'un avion civil japonais en 1970 ; l'envoi de trente et un commandos pour assassiner le président Park en janvier 1968 ; la capture d'un navire de renseignement américain, le Pueblo, en février 1968 et un avion de renseignements américain EC 121 abattu en avril 1969 ; des tunnels, creusés sous la zone démilitarisée, découverts en 1974 ; l'assassinat de deux soldats américains à coups de hache en août 1976 ; l'explosion d'un Boeing de la KAL, en Birmanie, en novembre 1987 (115 disparus) due à une bombe qui avait été posée par des terroristes nord-coréens, dont un membre fut arrêté et jugé à Séoul.
Toutefois, dans ce climat très tendu, le Nord et le Sud ont établi dans différents domaines des contacts qui, jusqu'en 1992, n'ont pas donné de résultats tangibles, sauf en 1972, 1984-1985, 1991-1992.
Dans le domaine sportif, les deux pays ont tenté de former une équipe commune, pour n'y parvenir qu'en 1991, l'année pendant laquelle une équipe conjointe de tennis de table a participé au 41e Championnat du monde, en avril-mai à Chiba au Japon, et une autre au 6e Championnat mondial de football junior, en juin au Portugal, arborant un drapeau à l'effigie de la péninsule coréenne sans la ligne de démarcation. L'équipe féminine de tennis de table, sous le nom de Korea, a même remporté une victoire historique, en battant celle de Chine. Arirang, la chanson folklorique coréenne la plus populaire, a été jouée en guise d'hymne national, suscitant l'émotion de tous les Coréens de chaque côté du 38e parallèle.
Dans le domaine civil, savants et artistes du Nord et du Sud ont noué des contacts à l'étranger : en Chine populaire, où il y a une région autonome (à Yuanben) des Coréens, au Japon, en Europe et aux États-Unis. En novembre 1991, une délégation de femmes nord-coréennes, conduite par Yo Yon-gu, a franchi le 38e parallèle pour participer à un séminaire organisé par les femmes sud-coréennes.
Dans le domaine commercial, il y a eu un seul contact entre les hommes d'affaires du Nord et du Sud dans un pays tiers en 1989, mais le nombre des contacts est passé à 11 en 1990 et à 118 en 1991. Le 27 juillet 1991, un cargo chargé de 5 000 tonnes de riz sud-coréen a quitté le port de Mokp'o au Sud à destination de Najin au Nord. En échange, les Nord-Coréens ont livré 30 000 tonnes de charbon et 11 000 tonnes de ciment. C'est le premier échange commercial direct entre le Nord et le Sud ; auparavant il existait seulement un commerce indirect, via Hong Kong et la Chine. Pyongyang a invité aussi les dirigeants des groupes sud-coréens : Hyundai en 1990, T'ongil en 1991, Daewoo en 1992. En janvier 1992, Pyongyang a annoncé la création de zones franches industrielles à Najin et à Ch'ŏngjin. Ces mesures prouvaient la volonté de Pyongyang d'introduire les capitaux sud-coréens et étrangers, mais cette initiative timide ne donna pas de résultat significatif.
Dans le domaine humanitaire, les Croix-Rouges des deux Corées menaient, depuis 1971, des négociations sur la question des familles séparées. Le 30 août 1972, les représentants de la Croix-Rouge du Sud se rendirent à Pyongyang. Les négociations se poursuivirent jusqu'en 1977 en vain. Toutefois, en 1984, le Nord accorda au Sud une aide alimentaire à la suite d'une inondation. Le Sud l'accepta uniquement pour garder le contact avec le Nord. Entre le 20 et le 23 septembre 1985, les Croix-Rouges des deux Corées organisèrent une visite simultanée à Séoul et à Pyongyang des familles séparées : 151 membres comprenant la délégation, une troupe d'artistes, des journalistes et une cinquantaine de membres des familles séparées pour chaque partie.
Les relations au niveau gouvernemental ont pris une tournure spectaculaire en 1991. En 1972 déjà, le président Park Chung-hee avait reçu à Séoul le vice-Premier ministre du Nord, Pak Chung-chol et le président Kim Il-sung avait eu un entretien avec Lee Hu-rak, directeur du KCIA. Puis, Pyongyang et Séoul publièrent, le 4 juillet, un communiqué commun affirmant leur volonté de réunification. Un comité de coordination Nord-Sud fut créé par la suite. Jusqu'en 1977, il s'est réuni plusieurs fois avant de disparaître complètement.
C'est en 1989 que les deux parties reprirent les négociations sur une rencontre des Premiers ministres. Elles parvinrent finalement à un accord en juillet 1990. Ainsi, lors de la première rencontre des pourparlers de haut niveau (5-7 sept. 1990), le Premier ministre nord-coréen, Yon Hyong-muk, accompagné de 90 personnes, a franchi le 38e parallèle pour se rendre à Séoul. C'était la première fois qu'une visite avait lieu à ce niveau depuis 1948. Yon fut reçu par le président Roh Tae-woo. La deuxième rencontre eut lieu à Pyongyang (20-24 oct.). À cette occasion, le Premier ministre sud-coréen, Kang Yong-hun, eut un entretien avec le président Kim Il-sung. Après la troisième rencontre à Séoul (12-15 déc. 1990), les pourparlers furent suspendus pendant un an.
Entre-temps, en mai 1991, il était clair que la Corée du Sud entrerait à l'ONU sans problème, la Chine populaire ayant affirmé son intention de ne pas user de son droit de veto. La Corée du Nord décida alors de poser, elle aussi, sa candidature en renonçant à demander l'entrée commune des deux Corées (comme un seul pays) à l'ONU. Les deux Corées sont entrées simultanément à l'ONU le 17 septembre 1991.
Quant aux pourparlers de haut niveau, Pyongyang ajourna la quatrième rencontre prévue en août 1991 sous prétexte qu'il y avait danger de contamination par les Sud-Coréens, quelques cas de choléra ayant été signalés à ce moment-là, mais, en réalité, dans l'attente de l'issue du coup d'État manqué à Moscou.
Les pourparlers furent repris pour la quatrième fois à Pyongyang avec le nouveau Premier ministre sud-coréen Chung Won-shik (23-24 oct.). C'est lors de la cinquième rencontre (12-13 déc.) à Séoul que les deux Premiers ministres aboutirent, le 13 décembre 1991, à un « accord sur la réconciliation, la non-agression, la collaboration et les échanges entre le Nord et le Sud ». Accord-cadre qualifié d'« historique », le pacte stipule plusieurs points importants des relations entre les deux parties, mais il reste lettre morte. Les relations au niveau gouvernemental se trouvent au point mort depuis le décès de Kim Il-sung survenu en juillet 1994, malgré quelques investissements sud-coréens au Nord et les échanges commerciaux qui prennent de l'ampleur.
Amorce de relations concrètes
Les relations entre le Sud et le Nord sont plus actives dans les domaines culturel et économique. Le quotidien sud-coréen Choong'ang Ilbo a pu envoyer quatre missions culturelles en Corée du Nord en 1997-1998. Le fondateur du groupe Hyundai, Chung Ju-yung, originaire d'un village qui se situe juste au nord de la ligne de démarcation, a franchi celle-ci, le 16 mai 1998, pour une visite d'une semaine avec, en cadeau, cinq cents vaches chargées sur une cinquantaine de camions. Il est le premier homme d'affaires à avoir franchi cette ligne. Lors de sa deuxième visite au Nord (27-31 oct. 1998) avec un autre troupeau de cinq cent une vaches et une vingtaine de voitures en cadeau, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il ; il est une des rares personnalités étrangères qui aient pu le rencontrer depuis qu'il se trouve à la tête du pays.
Dès son arrivée au pouvoir, le président sud-coréen Kim Dae-jung a pratiqué une politique dite « du soleil » (sunshine policy) à l'égard du Nord. Soutenu également par le préjugé favorable du Nord à son égard, son gouvernement a réussi à obtenir la faveur de Pyongyang. C'est la raison pour laquelle a pu avoir lieu une rencontre historique avec le dirigeant du Nord Kim Jong-il les 13-14 juin 2000. C'était l'occasion pour celui-ci de donner une image différente de lui-même à l'opinion mondiale : détendu, affable, confiant et éloquent. Cette rencontre au sommet a permis d'organiser la visite croisée des familles séparées (cent cinquante pour chaque partie) les 15-17 août et une deuxième en novembre 2000.
Quant à l'aide économique, le gouvernement de Kim Dae-jung (1998-2003) a fourni à la Corée du Nord 1,1 million de tonnes de riz et 950 000 tonnes d'engrais. Celui de Roh Moo-hyun (2003-2008) a accordé au Nord une aide économique sous forme de riz, de ciment, d'engrais, de matériels de construction. Le ministère sud-coréen de la Réunification a expliqué que le riz donné au Nord est du riz coréen dont le prix est cinq fois plus élevé que celui qu'on trouve sur le marché international. L'utilisation du riz sud-coréen consiste non seulement à aider le Nord, mais aussi à soutenir l'agriculture sud-coréenne. L'aide a été accélérée notamment à la suite de graves inondations au Nord en août 2006.
Dans le secteur privé, le groupe sud-coréen Hyundai Asan (filiale de Hyundai chargée de la coopération Nord-Sud) organise la tournée touristique des Sud-Coréens dans les monts Kûmgang à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation, sur la côte est, à partir de novembre 1998 avec deux paquebots en partance du port de Donghae, situé un peu au sud de la zone démilitarisée. En février 2003, Hyundai inaugure la tournée touristique sur le même site par voie terrestre. Entre novembre 1998 et septembre 2006, 1,3 million de Sud-Coréens ont ainsi visité les monts au Nord. Pour cela, Hyundai a payé aux autorités nord-coréennes 451 millions de dollars en espèces.
En août 2000, Hyundai a signé, avec les autorités de Pyongyang, un contrat exclusif sur sept grands projets contre 500 millions de dollars. Le groupe a investi 346 millions de dollars sur le site touristique de Kûmgang et le site industriel de Kaesông, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de la ligne de démarcation, inauguré en juin 2004.
Sur le site industriel de Kaesông, une dizaine d'entreprises sud-coréennes ont implanté des usines de transformation de matières premières apportées du Sud. Après les mandats de deux présidents favorables à la réconciliation avec la Corée du Nord, l’arrivée au pouvoir à Séoul, en 2008, du conservateur Lee Myung-bak change la donne. Plusieurs incidents militaires interviennent d’ailleurs durant le mandat de ce dernier : torpillage d’une corvette sud-coréenne par un sous-marin nord-coréen en mars 2010, tirs d’artillerie de l’armée nord-coréenne contre une île sud-coréenne en novembre de la même année.
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Écrit par
- Valérie GELÉZEAU : maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
- Jin-Mieung LI : professeur des Universités, université de Lyon-III
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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