CORÉE DU SUD
Nom officiel | République de Corée |
Chef de l'État et du gouvernement | Choi Sang-mok - depuis le 27 décembre 2024 (Par intérim.) |
Capitale | Séoul (Certaines administrations ont été déplacées dans la nouvelle capitale administrative de Sejong, inaugurée le 1er juillet 2012.) |
Langue officielle | Coréen |
Population |
51 712 619 habitants
(2023) |
Superficie |
100 430 km²
|
Article modifié le
Le développement économique
Membre organisateur du sommet du G20 en 2010, la République de Corée figure parmi les économies émergentes du monde contemporain. Ce résultat est d’autant plus remarquable que son développement économique a été rapide depuis la création du pays en 1948.
Des conditions peu favorables
Restée relativement fermée durant la longue dynastie des Yi (1392-1910), la Corée ne s’ouvre au commerce international qu’à la fin du xixe siècle, alors que le Japon y renforce sa mainmise. Devenue protectorat en 1905, puis colonie japonaise en 1910, la Corée voit son territoire mis en valeur (chemin de fer, industries, production d’électricité et d’engrais) et exploité (exportation de riz et de minerais vers l’archipel) par la puissance coloniale.
En 1945, la péninsule coréenne, libérée au nord par les forces soviétiques, au sud par les troupes américaines, fait les frais de la guerre froide. Rapidement, deux États antagonistes voient le jour de part et d’autre du 38e parallèle. Au nord, la République populaire démocratique de Corée, d’obédience communiste, peut compter sur des ressources en minerais et une industrie lourde déjà en place, tandis que le Sud offre des terres beaucoup plus propices à l’agriculture. Cette dernière reste pourtant peu productive et ne permet pas de nourrir la population, plus nombreuse qu’au nord.
L’aide internationale et la mise en place d’une industrie de substitution
Dès sa création en 1948, l’état de la République de Corée du Sud (inflation, chômage, forte natalité), aggravé par trois années (1950-1953) de guerre avec le Nord (plus de 2 millions de pertes humaines, destruction matérielle estimée à 86 % du P.N.B.), nécessite le recours à l’aide internationale: près de 4 milliards de dollars seront reçus entre 1945 et 1965. Les États-Unis sont les plus gros contributeurs. L’aide américaine est non seulement financière, militaire (armée d’occupation), mais aussi technologique et agricole (envoi de surplus) rendant la Corée du Sud très dépendante.
Le régime de Syngman Rhee, soutenu par les États-Unis, met en place une politique de substitution aux importations qui se concrétise, entre autres, par la forte protection du marché national, l’encouragement à la création d’industries de biens de consommation par une politique de redistribution des aides économiques à des taux très avantageux. Cette ligne de conduite, prélude aux décennies de « capitalisme de connivence », lui permet de pérenniser son pouvoir grâce à l’appui de la force entrepreneuriale mais ne génère qu’une croissance très limitée.
L’opposition à l’autoritarisme de Syngman Rhee contraint ce dernier à l’exil en 1960. La période de troubles qui suit offre le prétexte au général Park Chung-hee pour s’emparer du pouvoir par un coup d’État militaire, le 16 mai 1961. Devenu officiellement président de la République l’année suivante, il engage son pays dans de nombreuses réformes au nom de la croissance économique.
La naissance d’une industrie exportatrice sous le contrôle d’un « État développeur »
À partir de 1962, une succession de plans quinquennaux permet de renforcer le tissu industriel et d’engager la Corée dans un processus de croissance économique rapide reposant sur des industries exportatrices nécessitant peu de technologies au départ.
Le premier (1962-1966) et le deuxième plan (1967-1971) ont pour objectifs le développement des infrastructures (ports, aéroports, routes, cimenteries) et la mise en place d’industries légères (textile, engrais, contre-plaqué, appareillage électrique), permettant de se substituer aux importations, tout en augmentant l’offre de produits exportables.
Le troisième plan (1972-1976) est consacré à la mise sur pied d’une industrie lourde et chimique qui fait alors défaut. Le quatrième plan (1977-1981) concerne des industries demandant une main-d’œuvre plus qualifiée (équipement automobile et électronique, installations pétrochimiques, chantiers navals) pour lesquelles la Corée du Sud se forge rapidement une réputation internationale. Il en est de même pour le plan suivant (1982-1986) qui met l’accent sur les industries de haute technologie : aéronautique, biotechnologie, informatique.
La toute-puissance des « chaebǒls »
Cette formidable ascension de l’économie coréenne, qui implique néanmoins une forte dépendance vis-à-vis des technologies et des capitaux étrangers, s’accompagne de celle des chaebǒls, conglomérats familiaux qui, de petites entreprises proposant des biens de consommation courante jusqu’aux années 1960, deviennent des entreprises multinationales. Beaucoup d’entre elles, créées avant la guerre de Corée, ont profité de la nationalisation des biens japonais, puis des fonds publics et des prêts garantis par l’État, désireux de faire de la Corée une puissance exportatrice. Cependant, si la Corée parvint effectivement à renverser la balance commerciale au cours des années 1980, la puissance deschaebǒls dans la société pose problème. Les liens tissés avec le pouvoir pendant la période de développement restent forts. Leur hégémonie économique est fréquemment dénoncée : les cinq groupes que sont Samsung, LG, Hyundai, SK et Lotte, et leurs filiales, représentent 80 % des bénéfices réalisés par les cinq cents premières entreprises sud-coréennes.
Les transformations de la société coréenne
Avec un taux moyen proche de 10 %, et malgré un léger ralentissement entre 1980 et 1983 (crises pétrolières, crise intérieure), la croissance de l’économie sud-coréenne durant les décennies 1960, 1970 et 1980 est exceptionnelle (le P.N.B. est multiplié par 75 entre 1961 et 1989). Le passage d’une économie essentiellement agricole et autarcique à une économie de marché entièrement fondée sur la commercialisation de biens industriels ne se fait pas sans bouleversements dans la société.
Lancée par les Japonais à la fin du xixe siècle, l’industrialisation s’accélère considérablement à partir des années 1960. Le secteur primaire, qui représentait environ 40 % du P.N.B. en 1961, n’en représentait plus que 12 % en 1988 tandis que le secteur secondaire passait de 15 % environ à 35 %. Tout au long de ces trois décennies, la population migre en nombre vers les centres urbains qui se multiplient et grossissent. La part de la population urbaine passe ainsi de 18 % à 70 % dans le même temps. Parallèlement se réalise une transition démographique fortement encadrée par les politiques autoritaires, ce qui débouche sur la baisse du taux de natalité et, à terme, sur l’augmentation de l’emploi féminin.
La réussite de ces plans de développement doit beaucoup à la mobilisation, par les gouvernements successifs, d’une main-d’œuvre abondante, bien formée et docile, qui ne commence à recueillir les fruits de ses efforts qu’une fois un certain niveau de développement économique atteint. À la fin des années 1980, alors que les revendications se font plus nombreuses et que la Corée conforte sa place dans le marché globalisé, la démocratisation de la société se met en marche. Cela passe notamment par la fin de près de quarante ans de régime autoritaire et par une meilleure répartition des fruits de la croissance (revalorisation des salaires).
Démocratisation et mondialisation accélérées
En organisant plusieurs événements d’envergure mondiale (Jeux asiatiques de 1986, jeux Olympiques de 1988), la Corée du Sud affirme sa place dans le monde mais se met également sous le regard international, ce qui précipite sa démocratisation.
À la recherche de nouveaux marchés, elle poursuit à partir des années 1980 la stratégie d’ouverture initiée par le général Park et noue des contacts avec plusieurs pays soviétiques (U.R.S.S. en 1990) mais surtout avec la Chine (1992), qui devient à partir de cette époque un de ses principaux partenaires commerciaux (tout comme le Japon depuis le traité de normalisation des relations entre les deux pays en 1965). En rejoignant les grands organismes internationaux tels que l’O.M.C. (1995) et l’O.C.D.E. (1996), la Corée accélère son processus de mondialisation tout au long des années 1990 et voit ainsi son système économique remis en question.
Le temps de la crise
La crise financière asiatique de 1997 est vécue comme un terrible affront : contrainte à recourir à l’aide du F.M.I. (prêt de 57 milliards de dollars), la Corée, dont l’endettement extérieur est colossal, se voit imposer des mesures radicales (privatisations, dérèglementation, restructuration bancaire) qui conduisent à des licenciements massifs, notamment dans le secteur de la construction navale et automobile. Le taux de chômage passe de 2,6 % de la population active en décembre 1997 à 8 % à la fin de 1998.
Pourtant, cette crise peut également être regardée comme un moyen de restructurer l’économie coréenne et d’assainir les comptes des chaebǒls surendettés (à 500 % en 1998). Les grands groupes sont démantelés et appelés à se recentrer sur leurs métiers de base, tandis que leur capital est ouvert aux capitaux étrangers. Les banques insolvables sont fermées et plusieurs sont contraintes de fusionner. En dépit de la gravité de la crise, la Corée se relève rapidement. Dès 1999, la croissance du P.N.B. est à nouveau positive. Le remboursement de la dette est achevé en 2001.
En prenant appui sur les politiques d’informatisation à partir des années 1980 et 1990 et sur la libéralisation du secteur des télécommunications dans les années 1990, le nouveau président Kim Dae-jung (1998-2003) fait des nouvelles technologies et de l’industrie culturelle un tremplin pour redresser l’économie. Depuis la fin des années 2000, la Corée du Sud a réussi également la prouesse d’inverser sa balance commerciale dans le domaine des contenus culturels, permettant de ce fait le renforcement de son image à l’international.
De nos jours, la Corée doit faire face à différents défis (vieillissement rapide de la population, baisse de compétitivité de ses produits face à la montée en gamme des produits chinois, bipolarisation de la société), auxquels s’ajoute la persistance de pratiques dénoncées depuis longtemps : endettement croissant de l’État (dette publique de plus de 30 % du P.I.B.), fort endettement des ménages et concentration des marchés et des crédits par quelques chaebǒls.
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Écrit par
- Valérie GELÉZEAU : maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
- Jin-Mieung LI : professeur des Universités, université de Lyon-III
- Stéphane THÉVENET : chargé de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales, membre associé au Centre de recherches sur la Corée, (CNRS- École des hautes études en sciences sociales)
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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