Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

DÉRIVÉES PARTIELLES (ÉQUATIONS AUX) Théorie linéaire

Article modifié le

Solutions élémentaires et paramétrix

On dit qu'une distribution de deux variables E est un noyau élémentaire de P si elle vérifie la relation :

qui entraîne, du moins pour f à support compact, que la distribution :
vérifie l'équation (2), d'où la précision noyau élémentaire à droite qu'il est prudent d'apporter, sauf, comme nous le verrons, dans le cas des équations à coefficients constants.

Nous avons déjà rencontré un tel noyau (cf. chap. 3 L'équation de la chaleur et le type parabolique in équations aux dérivées partielles - Sources et applications, à propos du mouvement brownien). En effet les formules (20) et (21) de cet article montrent que le noyau :

où θ(t ) = 1 pour t positif et 0 sinon, est un noyau élémentaire pour l'opérateur de la chaleur ∂/(∂t) − Δx.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

Le plus ancien exemple de noyau élémentaire connu est sans aucun doute celui du potentiel coulombien − 1/4π∥y − z∥, noyau élémentaire de l'opérateur de Laplace en dimension 3.

Opérateurs à coefficients constants et convolution

Un opérateur différentiel à coefficients constants est un opérateur de convolution puisqu'il commute avec les translations. Plus précisément :

Les noyaux élémentaires les plus commodes s'écrivent alors eux aussi comme noyaux de convolution E(y − z), où E, qui ne dépend plus que d'une variable dans Rn+1, est une solution élémentaire, c'est-à-dire qu'elle vérifie :

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

L'utilisation systématique de ce point de vue est un des traits caractéristiques du développement qu'a connu l'étude des équations aux dérivées partielles dans les années 1950 sous l'impulsion de la théorie des distributions. En particulier, Malgrange a démontré en 1953 que tout opérateur différentiel à coefficients constants non nul avait une solution élémentaire.

Solution élémentaire et hypoellipticité

Si P est un opérateur à coefficients constants hypoelliptique, ses solutions élémentaires doivent évidemment être indéfiniment différentiables en dehors de l'origine. Mais la réciproque est aussi vraie comme on va le voir. Il faut savoir que si T est une distribution indéfiniment différentiable en dehors de l'origine, alors, pour toute distribution f, le produit de convolution T *f est indéfiniment différentiable sur tout ouvert où f l'est, pourvu qu'une au moins de ces deux distributions soit à support compact. Supposons donc que P ait une solution élémentaire E indéfiniment différentiable en dehors de l'origine, et soit ϕ une fonction indéfiniment différentiable à support compact qui vaut 1 sur un voisinage de l'origine. Posons :

Il est facile de s'assurer que :

où ψ est indéfiniment différentiable à support compact. On a donc :
la deuxième égalité à cause de l'associativité, et la commutativité du produit de convolution assurées du fait que u est le seul des trois facteurs à ne pas avoir un support compact. Comme ψ *u est indéfiniment différentiable, on voit que u est indéfiniment différentiable sur tout ouvert où f est indéfiniment différentiable.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

La distribution F utilisée dans cette démonstration est ce qu'on appelle une paramétrix. Le terme n'a pas de définition mathématique précise et universellement admise. Il signifie que PF est la distribution de Dirac plus « quelque chose de pas méchant », cette dernière expression désignant en général une fonction assez régulière.

Le résultat que nous venons de donner et sa démonstration s'étendent aux opérateurs à coefficients variables moyennant des complications techniques assez sérieuses.

Solution élémentaire et hyperbolicité

On se souvient que la formulation du problème de Cauchy en théorie des distributions amène à étudier l'équation aux dérivées partielles en supposant que second membre et solution ont leur support dans le « futur » (c'est-à-dire le demi-espace t ≥ 0). Si P est hyperbolique, il faut en particulier (puisque le second membre peut être la distribution de Dirac) qu'il existe une solution élémentaire dont le support est contenu dans ledit futur (dans le cas des coefficients variables, un noyau élémentaire dont le support est contenu dans l'ensemble des couples (y, z) tels que y soit dans le futur de z).

Inversement, supposons que l'hyperplan t = 0 soit non caractéristique et qu'il existe une solution élémentaire E à support dans le futur. Supposons aussi, mais uniquement pour simplifier, que P soit à coefficients constants. Le théorème de Holmgren assure alors que l'hyperplan t = 0 n'a que l'origine en commun avec le support de E. Il y a plus : l'intersection de ce support avec tout hyperplan t = Cte est un compact. Il en résulte que le produit de convolution E * T est défini pour toute distribution à support dans le futur. Il résout le problème de Cauchy et par conséquent P est hyperbolique.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

C'est la construction de solutions élémentaires qui a permis la démonstration d'existence dans le problème de Cauchy pour les opérateurs hyperboliques du second ordre à coefficients variables, quelques dizaines d'années avant que la théorie des distributions vienne fournir le cadre général dans lequel cette méthode s'insère aujourd'hui.

Solution élémentaire et répartition asymptotique de valeurs propres

Soit A un opérateur elliptique du second ordre ; pour étudier le problème de Dirichlet, restreignons-le aux fonctions qui s'annulent sur la frontière d'un ouvert borné Ω ; on obtient ainsi un opérateur auto-adjoint dans L2(Ω) et cet opérateur est anticompact, c'est-à-dire que si un nombre λ n'est pas valeur propre de A, alors (A − λI)-1 est un opérateur compact. Supposons-le inversible pour simplifier. Un noyau élémentaire, qui résout le problème de Dirichlet, est alors donné par la formule :

où on a désigné par − λk les valeurs propres de A (elles sont négatives, sauf peut-être un nombre fini d'entre elles) et par ψk une fonction propre normée associée à λk. Un tel noyau élémentaire qui résout un problème aux limites est en général appelé noyau de Green. Supposant les λk rangées par ordre croissant, nous allons nous intéresser à leur répartition asymptotique.

Pour avoir une idée de la difficulté de ce problème, on peut considérer le cas très simple où A est le laplacien et Ω un carré de côté 1. Les λk sont alors les nombres : π2(n21 + n22), n1 et n2 entiers, ce qui nous ramène à un problème célèbre en théorie des nombres, le nombre de points de coordonnées entières contenus dans un cercle de rayon r. Notons N(r) le nombre de valeurs de k telles que :

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

Il est facile de voir que :

À la suite d'une série de travaux dont les premiers sont dus à Hermann Weyl, la partie principale de N(r) est connue pour des problèmes elliptiques très généraux.

On se rendra compte que l'évaluation du terme en o(r2) dans la formule (8) est un problème très difficile si on sait que, dans ce simple cas particulier, de grands efforts ont été accomplis par les théoriciens des nombres pour obtenir son ordre de grandeur et que pourtant l'exposant de r n'y est pas encore exactement connu.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

Un premier outil pour aborder ce problème s'obtient en évaluant la fonction :

C'est la trace (somme des valeurs propres) de l'opérateur Ut associé à l'équation parabolique :
en posant :
u vérifie (9) et u(0, x) = g(x). La trace s'obtient en intégrant le noyau de Ut sur la diagonale. Le noyau de Ut, que nous noterons U(t, x, y) s'écrit :
de sorte que :

Dans un travail paru en 1973, Colin de Verdière a mis ces idées en œuvre dans un contexte légèrement différent : A est l'opérateur de Laplace-Beltrami sur une variété riemannienne compacte X. Une construction par approximations successives de U lui permet de montrer que l'existence de géodésiques fermées et leur longueur influent sur le comportement asymptotique des valeurs propres.

Immédiatement après, Chazarain, d'une part, et Duistermat et Guillemin, d'autre part, ont obtenu des résultats analogues par une méthode légèrement différente dans laquelle la cause de l'intervention des géodésiques fermées est plus apparente. Elle s'obtient en complétant N par antisymétrie (N(− r) = − N(r)) et en prenant la transformée de Fourier de sa dérivée :

équation purement symbolique entre distributions. La distribution T ainsi obtenue est associée à l'opérateur hyperbolique :
comme la fonction S l'était à un opérateur parabolique. En effet, si on définit l'opérateur Vt en posant :
u est la solution du problème de Cauchy :
on trouve que T est la « trace-distribution » de Vt. En fait, Vt n'est pas un opérateur à trace, mais, pour ϕ indéfiniment dérivable à support compact,
en est un et sa trace n'est autre que :
On remarquera que Vt s'obtient à partir d'une solution élémentaire de P en dérivant par rapport à t.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

Si on se rappelle ce qui a été expliqué (cf. chap. 1 L'équation des ondes et le type hyperbolique in équations aux dérivées partielles - Sources et applications, au sujet des bicaractéristiques), on ne s'étonnera pas des deux résultats suivants :

– les bicaractéristiques de P s'obtiennent en parcourant à une vitesse unité les géodésiques de X ;

– les singularités de Vt se propagent selon ces bicaractéristiques.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

En particulier, si X possède une géodésique fermée de longueur L, on va voir revenir une singularité dans Vt avec une période L. Ce type de résultats a été étendu par la suite, en particulier au problème de Dirichlet. Le rôle des géodésiques fermées est alors joué par les lignes polygonales qui se referment par réflexion sur la frontière. On en déduit (pas directement !) que les singularités de T sont des points de la forme k L. Ce qui se traduit enfin sur le comportement asymptotique de N en vertu d'un des aspects de la dualité régularité locale-décroissance à l'infini dans la transformation de Fourier.

Accédez à l'intégralité de nos articles

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

Classification

Autres références

  • ANALYSE MATHÉMATIQUE

    • Écrit par
    • 8 532 mots
    ...problèmes de mécanique, d'astronomie ou de physique. Au cours du xviiie siècle, les développements des applications des mathématiques à la physique avaient introduit des équations aux dérivées partielles, qui apparaissent aussi par ailleurs dans les problèmes de la naissante théorie des surfaces.
  • CAFFARELLI LUIS (1948- )

    • Écrit par
    • 1 254 mots
    • 1 média

    Le mathématicien argentino-américain Luis Caffarelli a reçu le prix Abel – l'équivalent du prix Nobel pour les mathématiques – en 2023, pour « ses contributions essentielles à la théorie des régularités des équations aux dérivées partielles non linéaires ».

  • CALCUL INFINITÉSIMAL - Histoire

    • Écrit par
    • 11 467 mots
    • 3 médias
    En 1747, à l'occasion d'une étude sur le problème des vents, d'Alembert introduisit et étudia des équations d'un type nouveau, les équations aux dérivées partielles, faisant intervenir simultanément les dérivées partielles d'une même fonction par rapport à différentes variables. Le fait que la plupart...
  • CAUCHY AUGUSTIN-LOUIS (1789-1857)

    • Écrit par
    • 1 402 mots
    • 1 média
    ...pures et appliquées. Si son œuvre en astronomie et en optique est secondaire, il est un des fondateurs de la théorie mathématique de l'élasticité. En analyse, il introduit la notion fondamentale de caractéristique dans la théorie des équations aux dérivées partielles du premier ordre, et il avait...
  • Afficher les 34 références

Voir aussi