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ÉCONOMIE (Définition et nature) Enseignement de l'économie

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L'organisation lente et fragmentaire de la discipline

La révolution de 1830 permet à l'économie de faire une percée. L'hostilité au libéralisme économique n'est plus de mise et le régime, se sentant menacé par la montée du socialisme, décide de donner aux économistes libéraux les moyens de s'exprimer, de façon à ce qu'ils présentent comme une nécessité scientifique la politique que Louis-Philippe met en place.

En mars 1831, consécration suprême, Say devient professeur d'économie au Collège de France. Sous la Révolution, Alexandre Vandermonde avait obtenu un titre semblable, mais le contenu de son enseignement correspondait davantage à un cours de statistique et de démographie. Say est donc le premier du genre. Il exerce sa charge pendant six mois. À sa mort, en 1832 un ami personnel de François Guizot, l'Italien Pellegrino Rossi prend sa place.

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Rossi, qui deviendra par la suite l'équivalent d'un Premier ministre des États pontificaux, est un spécialiste de droit constitutionnel. Fin causeur, brillant dans ses exposés, il donne un cours très marqué par sa formation de juriste et d'historien spécialiste des institutions politiques. Néanmoins, il a le mérite d'être un des premiers à introduire la pensée de Ricardo en France, dans une vision qui ne la réduise pas à une simple défense du libre-échange. Il est remplacé en 1840 par Michel Chevalier.

Cette succession illustre les ambiguïtés de l'enseignement de l'économie politique en France, qui est en train de se mettre en place. Say est un théoricien reconnu, un pédagogue-né dont les livres et les cours sont diffusés dans le monde entier. Il entretient une correspondance avec Malthus et Ricardo et demeure un personnage clé de l'histoire de la pensée économique. Rossi est un professeur de droit, qui mène une vie universitaire et politique active. Michel Chevalier est polytechnicien et prétend donner à l'économie une dimension mathématique en abordant les prémisses de la statistique. Ancien saint-simonien, il croit au rôle déterminant de l'ingénieur, du calcul de rentabilité, de la volonté d'entreprendre fondée sur l'analyse de la situation et sur la réflexion. Sur le plan politique, il est inclassable. Son cours est suspendu en 1848 du fait de l'hostilité tant des conservateurs que des socialistes qui n'aiment pas son libre-échangisme. L'attachement au libre-échange est d'ailleurs le seul point de vue structuré de politique économique qu'il exprime et, devenu un familier de Napoléon III, il sera le promoteur du traité franco-anglais de 1860 qui ouvre les économies des deux pays l'une à l'autre.

Depuis lors, la France oscille entre les économistes ingénieurs, aujourd'hui issus de l'École normale supérieure ou de l'École polytechnique, les économistes universitaires issus d'une filière marquée par l'enseignement du droit, et les praticiens de l'activité économique souvent issus des écoles de commerce ou des concours de la haute fonction publique.

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Cette triple origine s'est mise en place sous la monarchie de Juillet au moment où l'économie acquiert sa légitimité. En 1842 sont fondés la Société d'économie politique, qui se veut exempte de tout esprit partisan, et le Journal des économistes. Si celui-ci est libéral dans son contenu, ses rédacteurs considèrent que cela va de soi, Ricardo ayant donné au libéralisme économique sa scientificité. Une maison d'édition, la maison Guillaumin, se crée également avec pour mission de publier les grands textes économiques. En 1839, Louis Wolowski, un Polonais aux idées libérales qui a quitté son pays pour échapper à la répression tsariste, occupe la chaire du Conservatoire nationale des arts et métiers (C.N.A.M.), lui donnant un tour franchement libre-échangiste.

La diffusion de l'enseignement économique ne se fait pas pour autant très vite. La première institution à créer un nouveau cours est l'École des ponts et chaussées. Il est professé par Joseph Garnier, personnage austère d'apparence mais qui a la réputation d'être fantasque et politiquement incontrôlable, si bien que le directeur de l'école assiste en personne à tous ses cours. Pourtant, Joseph Garnier a de solides références : il est le gendre d'Adolphe Blanqui ! En réalité, il ne fait guère preuve d'imagination. Pour lui, l'économie est arrivée au maximum de ce qu'elle peut apporter à la réflexion sociale et l'essentiel de son cours consiste à répéter aux élèves que la concurrence permet de résoudre tous les problèmes.

Le second Empire change peu la situation. Si l'on crée à Paris en 1864 une chaire d'économie politique, c'est un juriste, Anselme Batbie, qui l'occupe et lui donne une orientation très historique.

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  • MARITIMISATION DE L'ÉCONOMIE

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