ÉCONOMIE (Définition et nature) Une science trop humaine ?
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Faut-il des économistes, et des théories économiques ?
Telle serait, pour un esprit critique, la situation en économie. D'un côté, une accumulation de faits, de données, de traitements statistiques plus ou moins élaborés, qui cherchent à dégager des relations ou des tendances dans le cadre de théories relativement simples – mais entre lesquelles il n'est généralement pas possible de s'y retrouver, tant les éléments non pris en compte dans chacune d'elles sont nombreux et, souvent, non négligeables. D'un autre côté, des spéculations sans fin, qui utilisent les mathématiques comme les médecins de Molière le latin, en voulant faire croire à la scientificité du propos alors que c'est, au contraire, la démarche scientifique elle-même qui est sacrifiée.
Bien des économistes cependant mènent à la fois des études sensées, sur des points précis, en s'appuyant sur un certain nombre d'idées simples, tout en participant aux spéculations de la « grande théorie », quand bien même celle-ci n'a (presque) rien à voir avec ce qu'ils font lorsqu'ils entreprennent leurs études empiriques. Les « idées simples », à la base de ces études, sont la plupart du temps des idées anciennes, fruit de l'observation et du vécu de nos sociétés. Ainsi, la mode est actuellement à l' « asymétrie d'information » (thème qui a valu à Joseph Stiglitz le prix Nobel en 2001) ; on entend par là le fait que, da ns beaucoup de transactions, les parties en cause n'ont pas la même information sur l'objet de ces transactions. L'exemple typique est celui de la relation entre assureur et assuré, ou entre banquier et emprunteur. Depuis toujours, assureurs et banquiers sont au courant du problème et essaient d'y parer – sans toutefois parler à son propos d'« asymétrie d'information », ni chercher à tout prix à mettre celle-ci sous forme mathématique. Stiglitz y a toutefois gagné ses galons (et le prix Nobel) en « démontrant » que l'existence d'asymétries d'information modifie profondément les comportements et l'affectation des ressources – ce que l'on sait depuis longtemps. Mais, par ailleurs, il a fait des études concrètes, fondées sur l'observation et les données disponibles, où il montre l'importance de l'asymétrie d'information dans de nombreuses questions importantes de politique économique. Pour cela, il a fait appel à quelques idées simples, accessibles à tout le monde, bien loin des formules mathématiques de ses publications académiques. Les conclusions auxquelles il parvient, et les politiques qu'il préconise, sont toutefois loin de faire l'unanimité, comme le prouve la polémique à la fin des années 1990 entre le Fonds monétaire international et la Banque mondiale (dont Stiglitz était alors l'économiste en chef) sur la façon de traiter les crises ayant affecté alors certains pays en développement ou « en transition ». Il est clair que ce ne sont pas les mathématiques qui permettent de trancher et que, derrière cette polémique, il y a des visions du monde et des arguments très différents concernant notamment les conséquences de l'intervention de l'État.
Il n'est évidemment pas très satisfaisant de ne pas pouvoir trancher en de telles matières. Mais savoir quels sont les arguments avancés et sur la base de quelles observations et de quelles données fait déjà partie de la connaissance scientifique. Vu l'importance de tout ce qui a trait à l'économie dans la vie des sociétés, une telle connaissance est nécessaire, même si elle est forcément limitée.
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Écrit par
- Bernard GUERRIEN : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
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