- 1. États-Unis : guerre commerciale, miracle économique et déficits critiques
- 2. Le dynamisme des grands de l’Asie
- 3. Les BRICS non asiatiques : difficultés économiques, tournants politiques
- 4. Europe : des croissances en baisse et divergentes
- 5. Pays du Sud : stagnation pour les uns, croissance pour d’autres
ÉCONOMIE MONDIALE 2019 : entraves à la croissance, recul de la mondialisation
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Pays du Sud : stagnation pour les uns, croissance pour d’autres
L’hétérogénéité du Sud perdure. Deux zones régressent sensiblement pour arriver à une quasi-stagnation : le groupe Moyen-Orient–Afrique du Nord (0,1 p. 100) et l’Amérique latine, Brésil compris (0,2 p. 100), dont nombre de pays traversent une période critique. L’économie vénézuélienne est gravement sinistrée du fait de la conjonction du blocus américain, de la forte dépendance aux exportations pétrolières et de l’interventionnisme mal ajusté du gouvernement. L’Argentine souffre d’hyperinflation tandis que le chômage et la pauvreté progressent. Le Chili est confronté à sa plus grave crise sociale depuis la fin de la dictature en 1990.
En revanche, la croissance de cinq des pays de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, est de l’ordre de 5 p. 100, donc proche de celle des deux grandes puissances asiatiques.
Avec un taux de croissance stable à 3,2 p. 100, l’Afrique subsaharienne est porteuse de changements profonds. C’est l’Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Rwanda, Tanzanie) qui enregistre les taux de croissance les plus forts, suivie de l’Afrique de l’Ouest ; les taux sont nettement plus faibles en Afrique centrale et surtout en Afrique australe. Cependant, la croissance n’est pas suffisamment créatrice d’emplois : ceux-ci se développent au rythme de 1,8 p. 100 alors que la population active croît au rythme de 3 p. 100. L’essor économique africain reste tributaire de facteurs internationaux, sous la menace d’un regain du protectionnisme mondial et d’une hausse des taux d’intérêt, comme d’aléas climatiques. Dans de nombreux pays, l’instabilité politique, la corruption et l’insécurité demeurent à un niveau élevé. La dette africaine augmente, mais ne semble pas représenter de risque systémique. L’intégration régionale, déterminante pour le développement du continent, progresse trop lentement, même si l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) a été ratifié en avril 2019 par un nombre suffisant d’États pour être mis en œuvre. Enfin, en matière monétaire, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont divisés sur l’avenir à donner au franc CFA ; Alassane Ouattara, président en exercice de l’UEMOA, et Emmanuel Macron ont annoncé le remplacement du franc CFA par l'« eco » et une évolution des modalités de gestion de cette monnaie vers un rapport plus souple entre les pays africains l'utilisant et la France. Les pays de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA), qui n’utilisent pas le franc CFA, envisageraient, eux, la création d’une monnaie unique commune aux deux ensembles.
Confirmant une tendance esquissée les années précédentes, l’année 2019 révèle ainsi l’état critique de la mondialisation. Au recul du libre-échange, dont l’affrontement commercial entre les deux premières puissances économiques mondiales est l’expression la plus forte, s’ajoutent la progression de formes variées de nationalisme et de populisme, la fragilisation des institutions des démocraties occidentales et la remise en cause de modèles nuisibles à l’environnement et générateurs de nouvelles inégalités. De façon éloquente, de multiples et violentes émeutes sociales ont été déclenchées par des hausses de prix de produits ou de services de base : tickets de métro (Chili), communications WhatsApp (Liban), essence (Équateur, Iran) ou pain (Soudan). La société civile, la jeunesse singulièrement, se mobilise, avec les experts et les organisations internationales, contre le changement climatique, mais la réponse politique, nécessairement mondiale, est à ce jour inexistante.
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Écrit par
- Jean-Pierre FAUGÈRE : professeur émérite de sciences économiques, université Paris-Sud
Classification
Médias
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