- 1. États-Unis : une dynamique de croissance fortement poussée par l’État
- 2. Europe : des gouvernements faibles face au décrochage économique
- 3. Japon : une croissance faible malgré un relâchement des salaires
- 4. Chine : une fébrilité politique face aux tendances déflationnistes
- 5. Russie : Les bénéfices de l’économie de guerre
- 6. Inde : croissance exceptionnelle et bilan social désastreux
- 7. Brésil : de bons résultats économiques dans un environnement défavorable
- 8. Argentine : austérité et dérégulation
- 9. Afrique subsaharienne : une croissance entravée
ÉCONOMIE MONDIALE 2024 : croissance faible, désinflation et fragmentation accrue
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Europe : des gouvernements faibles face au décrochage économique
En septembre 2024, le rapport de Mario Draghi, ancien président de la BCE, souligne le décrochage de l’économie européenne alors qu’elle doit affronter un triple défi, environnemental (la décarbonation de l’économie), technologique (le rapide développement de l’intelligence artificielle) et géopolitique (la réduction de ses dépendances, en particulier sur les plans énergétique et technologique). Des investissements colossaux seraient nécessaires, alors que seulement la moitié des 750 milliards de l’emprunt commun décidé en 2020 a été dépensée et ce pour plusieurs raisons : insuffisances au niveau des administrations nationales et locales, contraintes économiques (augmentation des coûts, pénurie de main-d’œuvre) et, pour certains pays comme la Pologne et la Hongrie, clauses de conditionnalité politique difficilement ou pas acceptées.
Allemagne
Associant contre-performance économique et rigueur budgétaire, l’Allemagne, dirigée depuis la fin de 2021 par le social-démocrate Olaf Scholz à la tête d’une coalition tripartite SPD-Verts-FDP (libéraux) qui éclate à la fin de 2024, suit une trajectoire singulière, tant par rapport à son passé qu’au regard des autres pays de l’Union européenne, puisqu’elle conjugue la croissance la plus faible d’Europe (0,2 %) avec un taux d’inflation de 2,4 % comme la moyenne de la zone euro. L’économie allemande marche au ralenti pour des raisons structurelles : elle pâtit de sa forte insertion dans le commerce international et de sa dépendance aux exportations. Par rapport à la Chine, son premier partenaire commercial, l’Allemagne est doublement pénalisée : ses exportations sont affectées par le ralentissement chinois au moment où la concurrence des produits chinois menace les points forts de l’industrie germanique. En matière d’immigration, une politique originale est adoptée depuis la mi-2024 : la nouvelle « carte d’opportunité » permet à la main-d’œuvre qualifiée issue de pays situés hors de l’Union européenne de s’installer en Allemagne à certaines conditions. La modernisation des lois sur l’immigration contribue également à rendre le pays plus attractif pour les travailleurs qualifiés ; les immigrés qui y vivent de façon durable peuvent obtenir la nationalité allemande plus rapidement ; de plus, il est désormais possible de posséder la nationalité d’un autre pays en plus de la nationalité allemande.
Concernant les finances publiques, le chancelier social-démocrate, bien que confronté à une faiblesse de la croissance alliée à un déficit public modéré (inférieur à 2 %) – alors que la France, Espagne et Italie dépassent 3 % – reste très accroché au « frein à l’endettement » inscrit dans la Constitution (Loi fondamentale, Grundgesetz) qui interdit au déficit structurel du gouvernement fédéral et des gouvernements des Länder de dépasser 0,35 % du PIB nominal. Soutenu par le chancelier Scholz, Christian Lindner, ministre des Finances, s’oppose à toute modification de cette règle, en dépit des demandes d’assouplissement formulées par l’OCDE ou le FMI pour favoriser la relance.
France
La croissance française est faible (moins de 1 %) en 2024, en partie à cause de la langueur de la consommation des ménages et de leurs investissements immobiliers, freinés par le coût du crédit. La balance commerciale reste structurellement très déficitaire. Les effets à court terme des jeux Olympiques organisés par la France sont modestes (0,1 % de croissance sur l’année). En dépit d’une hausse dans la deuxième partie de l’année, le taux de chômage reste légèrement supérieur à 7 %, très en deçà du niveau des années 2010. De septembre à décembre, le gouvernement Barnier, issu d’une coalition minoritaire entre le bloc macroniste et Les Républicains (LR), se focalise sur le déficit[...]
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Écrit par
- Jean-Pierre FAUGÈRE : professeur émérite de sciences économiques, université Paris-Sud
Classification
Médias
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