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ÉCONOMIE MONDIALE 2024 : croissance faible, désinflation et fragmentation accrue

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Afrique subsaharienne : une croissance entravée

La croissance de l’Afrique subsaharienne est de 3 % (3,5 % en excluant l’impact de l’effondrement économique du Soudan) mais, compte tenu de forts taux de natalité, le taux de croissance par habitant ne progresse que de 0,5 %, le revenu par habitant restant en 2024 inférieur de 2 % au niveau de 2019 alors que, sur la même période, pour les pays d’Asie, la hausse est de plus de 15 %. Dans l'ensemble, l’inflation recule, ce qui engendre de légers gains de pouvoir d’achat, une réduction des taux d’intérêt et une stabilisation des taux de change.

La plupart des pays ont mené des politiques de rigueur budgétaire qui ont porté leur fruit, plus par l’augmentation des recettes publiques que par la réduction des dépenses, ce qui a conduit à un déficit primaire moyen de 1 % du PIB pour l’ensemble du continent. Mais la situation financière est critique, en raison de la charge lourde et croissante du paiement des intérêts (3 % du PIB en 2024), dont près de 80 % sont dus à des créanciers privés et à des gouvernements n’appartenant pas au Club de Paris : la période est marquée par le progrès des dettes à l’égard de la Chine dont la part a quadruplé entre 2006 et 2022 passant de 3 à 12 % et par l’augmentation du financement public sur les marchés, générateur d’un coût supplémentaire. La réduction des marges de manœuvre budgétaire pèse sur les investissements dans les infrastructures et sur les budgets de l’éducation et de santé, et rend les pays plus vulnérables aux chocs extérieurs. De plus, la part des pays à risque élevé ou en situation de surendettement est passée de 27 % en 2015 à 53 % en 2024.

Trois séries de facteurs handicapent lourdement le développement économique des pays africains : les tensions politiques, conflits armés et guerres qui provoquent des déplacements de population et de fortes perturbations de l’activité ; les phénomènes météorologiques extrêmes, inondations, sécheresses et cyclones qui perturbent l’agriculture et le commerce, affectant la sécurité alimentaire ; et les défaillances de gouvernances qui ont entraîné des manifestations, animées principalement par des jeunes, en Ouganda, au Kenya et au Nigeria. Un point positif, le commerce régional au sein des grandes communautés économiques et à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne s’est développé nettement plus rapidement que les échanges avec le reste du monde, ce qui constitue un facteur de stabilité.

Dans une période qui cumule recul du multilatéralisme, aveuglement face aux dangers du changement climatique et menaces générales sur les libertés, l’évolution économique apporte son lot d’inquiétudes : replis sur soi, croissance faible, appauvrissement du Sud, ressources budgétaires déficientes face aux besoins de croissance, de solidarité et de protection de l’environnement.

— Jean-Pierre FAUGÈRE

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