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ÉDUCATION Sociologie de l'éducation

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Que fait l'école ?

Enseignement des sciences à l'école primaire: le mouvement «La main à la pâte» - crédits : La main à la pâte, 2001

Enseignement des sciences à l'école primaire: le mouvement «La main à la pâte»

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Quand l'alliance paisible de l'école et de la société paraît ébranlée, quand l'école semble enfoncée dans une crise latente, la plupart des sociologues ne s'en tiennent plus à une conception « simple » de la reproduction selon laquelle l'école serait une sorte de boîte noire enregistrant passivement les inégalités sociales. Bien qu'aucun système scolaire ne paraisse en mesure de neutraliser l'effet des inégalités sociales sur les inégalités scolaires, il semble cependant que l'école joue un rôle propre à travers son organisation, ses méthodes pédagogiques, ses traditions, comme le mettent en évidence les comparaisons internationales des systèmes scolaires qui semblent plus ou moins efficaces et plus ou moins équitables. Depuis une vingtaine d'années, un nombre considérable de travaux, notamment ceux de Marie Duru-Bellat, ont été consacrés aux inégalités de l'offre scolaire elle-même, aux divers « effets » scolaires, à la manière dont l'école « produit » des inégalités.

Bien sûr, les établissements accueillant les meilleurs élèves, qui sont souvent les plus privilégiés socialement, obtiennent de meilleurs résultats que les autres. Mais il apparaît aussi que des établissements socialement identiques n'ont pas nécessairement la même « efficacité ». Ils ne sélectionnent et n'orientent pas les élèves de la même manière, quelques-uns creusent les écarts, d'autres les maintiennent ou les atténuent. Ce qu'on appelle le climat éducatif, la nature des relations entre les enseignants, les élèves et les familles, la cohésion de l'équipe éducative, varient sensiblement selon les établissements. Les uns sont confrontés à l'absentéisme et aux désordres, les autres moins. Il semble que cet « effet établissement » tienne à la mobilisation des équipes éducatives, au style d'autorité des directions et à leur capacité d'attirer les meilleurs élèves au sein d'une catégorie sociale donnée. Dès lors, la carrière d'un élève ne dépend pas seulement de son origine sociale et de ses talents, elle tient aussi à la qualité de l'établissement où il est scolarisé.

Autre effet, celui de la composition des classes. Beaucoup pensent que les classes hétérogènes du collège unique sont un échec, « tirant » les meilleurs élèves vers le bas et imposant aux plus faibles un enseignement qui ne leur conviendrait pas. La mesure précise des conséquences de la composition des classes dément cette croyance : le regroupement des élèves faibles dans les mêmes classes fait baisser leur niveau, alors que le regroupement des bons élèves n'entraîne pas un gain comparable à la perte des plus faibles. Dès lors, la manière de composer les classes a des effets sur le niveau moyen des élèves et sur les écarts entre les meilleurs et les moins bons. L'organisation de l'école peut donc infléchir la formation des inégalités scolaires.

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Les effets de l'école peuvent être plus subtils encore. Par exemple, la « qualité » du maître de cours préparatoire produit des conséquences identifiables sur les apprentissages scolaires des élèves. Dans l'enseignement secondaire, des études de Georges Felouzis et de Pierre Merle démontrent que les manières de noter et d'évaluer les élèves varient sensiblement d'un enseignant à un autre et que les professeurs ne sont pas également efficaces et équitables. Mais ce qui vaut pour les maîtres vaut aussi pour les élèves et l'on ne doit pas perdre de vue le fait que de nombreux parcours scolaires sont profondément atypiques : des élèves a priori « voués » à l'échec connaissent de grandes réussites alors que d'autres, socialement destinés à réussir, échouent à l'école. La sociologie de l'éducation étudie donc ces parcours exceptionnels qui échappent parfois à l'analyse des grandes séries statistiques. L'école n'est pas une simple chambre d'enregistrement des inégalités sociales : il existe une marge d'action, fût-elle réduite, face à la « loi d'airain » des inégalités scolaires.

L'évaluation des politiques publiques et les comparaisons internationales renforcent encore l'idée selon laquelle l'école a un rôle propre. De plus en plus fréquemment, les sociologues de l'éducation analysent et évaluent les conséquences des politiques scolaires. Denis Meuret, par exemple, s'est efforcé de mesurer la portée de la politique de discrimination positive mise en place voici plus de vingt ans avec les Z.E.P. Il montre que si cette politique n'a pas eu d'effets sensibles sur les performances des élèves, elle a en revanche contribué à améliorer le climat des établissements. Les comparaisons internationales, appuyées sur de vastes enquêtes, indiquent que, pour des sociétés comparables consacrant la même part de leur P.I.B. à l'éducation, le niveau moyen des élèves et les écarts entre les meilleurs et les moins bons varient sensiblement d'un pays à l'autre. Comment expliquer ces différences ? Tiennent-elles à la structure des études, à l'autonomie des établissements, au mode de pilotage du système, à la formation et au travail des enseignants ? Il est clair que la sociologie de l'éducation comparée est appelée à se développer dans les années qui viennent. Tous ces travaux mettent en lumière le fait que la sociologie de l'éducation n'est pas strictement spéculative : bon gré mal gré, elle contribue à l'élaboration des politiques scolaires.

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Écrit par

  • : professeur des Universités, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Médias

Émile Durkheim - crédits : Bettman/ Getty Images

Émile Durkheim

Raymond Boudon - crédits : D.R.

Raymond Boudon

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