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ESQUIMAUX ou ESKIMO

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Découverte et contacts avec les Occidentaux

Groenland, X<sup>e</sup>-XVII<sup>e</sup> siècle - crédits : Encyclopædia Universalis France

Groenland, Xe-XVIIe siècle

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Il est maintenant établi que les premiers Occidentaux qui rencontrèrent des Eskimo furent les colons vikings du Groenland, lorsque, au cours d'expéditions maritimes, ils découvrirent le continent nord-américain, au tout début du xie siècle. Selon toute vraisemblance, ces skraelings, qu'ils virent sur les terres dénommées par eux « Vinland », « Markland », « Helluland », étaient des Eskimo établis respectivement à Terre-Neuve, au Labrador et sur la terre de Baffin. Plus tard, les rencontres entre Vikings groenlandais et Eskimo (toujours désignés dans les sagas par le terme skraelings) eurent lieu au Groenland même, au moment où la vague thuléenne, arrivée par la terre d'Ellesmere, progressa vers le sud. La culture eskimo inugsuk se ressent précisément de cette influence viking, dès le début du xiiie siècle. Les rapports entre les deux communautés ne furent guère pacifiques et des scènes d'affrontements très violents au « Vestribygd » (l'établissement occidental des Vikings situé dans la région de l'actuel fjord de Godthaab/Nuuk), au milieu du xive siècle, sont attestées à la fois par les sagas islandaises et la tradition orale eskimo.

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants - crédits : Encyclopædia Universalis France

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants

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Au cours du xvie siècle, les pêcheurs de Terre-Neuve et les baleiniers du détroit de Davis – portugais, basques, français ou espagnols – ont pu entrer en contact avec les populations eskimo du sud du Labrador ou du Groenland occidental, mais c'est essentiellement la recherche, par Frobisher, d'un passage maritime vers la Chine, par le nord-ouest, qui fit redécouvrir, en 1576, les Eskimo du Groenland, puis ceux de la terre de Baffin. Ultérieurement, d'autres expéditions – principalement britanniques – toujours en quête du fameux passage du Nord-Ouest (Davis, Hudson, Baffin, etc.) apportèrent certaines précisions sur ces populations arctiques. Au début du xviie siècle, la distribution des Eskimo, au Groenland occidental et sur une partie des côtes de l'Amérique du Nord-Est, était déjà relativement bien connue.

Au xviie et surtout au xviiie siècle, les baleiniers hollandais furent très nombreux à accéder et à faire du commerce au Groenland, jusqu'en 1762, où il fut mis fin à leurs contacts avec les Eskimo par un traité signé entre le Danemark et la Hollande. La colonisation dano-norvégienne avait commencé sur ce territoire en 1721, avec l'œuvre missionnaire d'Hans Egede et l'installation de postes de mission et de commerce en plusieurs points de la côte occidentale, au cours du xviiie siècle. En 1776, le royaume de Danemark-Norvège créait un monopole commercial au Groenland (qui devait durer jusqu'au milieu du xxe siècle). En Amérique du Nord-Est, les missions moraves – déjà implantées au Groenland depuis 1733 – réussirent à s'établir à Terre-Neuve et au Labrador, à partir de 1764.

L'autre extrémité de l'aire eskimo fut révélée par des expéditions parties de Russie, qui, par voie terrestre et fluviale, traversèrent la Sibérie. Le détroit de Béring fut découvert par le cosaque Dezhnev, en 1648. Plus tard, en 1724, le tsar Pierre le Grand décidait de faire explorer ces confins extrême-orientaux de son empire, en envoyant une expédition maritime à partir du Kamtchatka. Après une première tentative, au cours de laquelle il atteint l'île Saint-Laurent, au peuplement eskimo, Vittus Bering découvre, en 1741, les îles Aléoutiennes et la côte sud de l'Alaska. Les rumeurs des fabuleuses richesses en animaux à fourrure (notamment la loutre de mer) de ces territoires nouvellement découverts se répandirent rapidement en Sibérie et, dans les décennies qui suivirent, eut lieu une véritable ruée vers l'est de trappeurs et commerçants en fourrure, russes et sibériens, particulièrement avides. Au cours du xviiie siècle, un monopole d'exploitation et de commerce, la compagnie russo-américaine, était organisé et la religion orthodoxe commençait à s'implanter. Si les populations aléoute et eskimo du sud de l'Alaska souffrirent très cruellement des premiers contacts avec les Blancs (par les massacres, les épidémies, les déplacements de population et l'appauvrissement du gibier qu'ils entraînèrent), la pénétration russe vers le nord de l'Alaska fut plus lente et les Eskimo du Nord-Ouest restèrent longtemps méconnus. Il en fut de même pour les ethnies situées en bordure de l'océan Arctique, à l'ouest de la baie d'Hudson, qui, en dehors de rencontres épisodiques avec de rares expéditions (Cook en 1778, Mackenzie en 1789), ne furent véritablement connues du monde occidental qu'au xixe siècle.

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Au cours de la première moitié du xixe siècle, de nombreuses expéditions maritimes explorant les régions arctiques révélèrent : au nord-ouest du Groenland, les Eskimo polaires, les plus septentrionaux du globe (Ross, en 1818) ; au nord-est, un petit groupe jamais revu ultérieurement (Clavering, en 1823) et l'ethnie sud-orientale (Graah, en 1829-1830) ; au Canada, les Eskimo Aivilik et Iglulik (Parry et Lyon, en 1821-1823), les Sadlermiut de l'île de Southampton (Lyon, en 1824), les Eskimo du Cuivre et du Mackenzie (Franklin et Richardson, en 1825), les Eskimo Netsilik (Ross, en 1829-1833) et les Eskimo Caribou (Back, en 1833-1835). Les Eskimo de la côte septentrionale d'Alaska – ceux de la pointe Barrow – furent eux-mêmes connus en 1826.

La chasse baleinière, au xixe siècle, attira dans les eaux arctiques un nombre considérable d'Occidentaux, qui entrèrent en contact avec les ethnies eskimo des terres avoisinantes. Les Écossais s'aventurèrent vers la baie de Melville et la terre de Baffin ; puis, dans la seconde moitié du xixe siècle, les baleiniers américains de Nouvelle-Angleterre fréquentèrent la baie d'Hudson, prenant des Eskimo à leur service et entretenant de nombreux contacts avec leurs communautés. Ils s'installèrent également, pour le plus grand malheur des populations autochtones (apportant alcool, maladies et créant de graves désordres), dans le détroit de Béring, chassant jusqu'à l'ouest de l'embouchure du Mackenzie.

Le déclin des baleines et la diminution d'intérêt pour ce cétacé ont entraîné, au début du xxe siècle, une modification des activités dans le Grand Nord. Au Canada, la Compagnie de la baie d'Hudson (H.B.C.), récemment installée dans l'Arctique, recommande le piégeage du renard, à la fourrure très prisée sur le marché international. Les Eskimo sont incités à abandonner leurs chasses traditionnelles (phoque et caribou) pour devenir des trappeurs de renards ; mais ce fut pour eux une perte considérable, en particulier dans les domaines alimentaire et vestimentaire. Au Groenland, le déclin des baleines et des phoques a été en partie compensé par le développement d'industries poissonnières. La pêche morutière, qui prit son essor vers 1920, et un peu d'élevage de moutons au sud du pays fournirent de nouvelles activités à une partie de la population eskimo, transformant considérablement son mode de vie. En Alaska, territoire cédé par la Russie aux États-Unis en 1867 – pour 7,2 millions de dollars –, prospecteurs et commerçants envahirent le Grand Nord, déclenchant de redoutables épidémies et diffusant le mode de vie américain. Pour subvenir toutefois aux besoins des Eskimo laissés très appauvris à la fin du xixe siècle, le gouvernement américain décida l'importation de rennes domestiques sibériens, qui constituèrent un troupeau d'élevage à la disposition des autochtones.

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Écrit par

  • : directeur de l'U.P.R. 2147 du C.N.R.S. (dynamique de l'évolution humaine : individus, populations, espèces)

Classification

Médias

Répartition des Eskimo dans l'Arctique - crédits : Encyclopædia Universalis France

Répartition des Eskimo dans l'Arctique

Inuits - crédits : White Fox/ AGF/ Universal Images Group/ Getty Images

Inuits

-4000 à -2000. Naissance de l'écriture - crédits : Encyclopædia Universalis France

-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

Autres références

  • ALASKA

    • Écrit par et
    • 6 051 mots
    • 10 médias
    ...; les hommes y chassaient le mammouth, le bison, le rhinocéros laineux, le cheval, le renne et autres gros gibiers dont on a retrouvé les squelettes. Les ancêtres des Eskimos et des Aléoutes sont arrivés, eux, vers le milieu de l'Holocène, et leurs cultures particulières, fondées sur la chasse aux mammifères...
  • ARCTIQUE (géopolitique)

    • Écrit par
    • 6 852 mots
    • 2 médias
    ...territoriales, politiques et économiques. Ils rassemblent moins de 500 000 individus, répartis entre plusieurs dizaines de peuples, parmi lesquels les Inuits, appelés autrefois Esquimaux ou Eskimos, en Amérique du Nord et au Groenland, sont les plus nombreux (150 000). Mais il y a aussi les Sâmes...
  • FLAHERTY ROBERT (1884-1951)

    • Écrit par
    • 1 433 mots
    • 1 média
    ...cette première tentative, qui privilégiait le pittoresque, rencontre un représentant de la maison Révillon Frères, qui souhaitait concurrencer la Hudson's Bay Company dans le commerce des fourrures. Un film sur les esquimaux pouvait devenir un moyen de publicité : ainsi naquit Nanook of the North.
  • GESSAIN ROBERT (1907-1986)

    • Écrit par
    • 1 007 mots

    Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, ancien directeur du musée de l'Homme, Robert Gessain était à la fois médecin, ethnologue, psychanalyste et explorateur. Ces multiples appartenances ont contribué à la richesse et à l'originalité toute particulière de sa vie et de son œuvre....

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Voir aussi