- 1. L'organisation de la vie sociale
- 2. Groupements par âge et par sexe
- 3. Les liens de parenté
- 4. L'institution matrimoniale et ses règles
- 5. Statuts et stratification
- 6. Relations économiques
- 7. Relations politiques
- 8. Relations rituelles
- 9. La régulation sociale
- 10. Valeurs et vision du monde
- 11. Élargissement du champ de recherche
- 12. Bibliographie
ETHNOLOGIE Ethnologie générale
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Relations politiques
Par relations politiques, on entend la conduite des affaires publiques, intérieures et extérieures. Bien qu'elles visent essentiellement à régler le comportement, elles ne se fondent pas purement et simplement sur la force, même dans le groupe le plus élémentaire.
Types d'organisations
Beaucoup de sociétés primitives ne connaissent ni organisation législative ou judiciaire, ni chef de groupe dépassant le niveau du village ou du camp. Cependant, les affaires intérieures aussi bien d'extérieures sont habituellement conduites de façon ordonnée et des ethnologues comme Lowie parlent de « politique », même s'il n'y a pas de gouvernement constitué. Mais la classification des systèmes politiques primitifs reste encore aléatoire du fait de leur grande diversité. Pour s'en tenir à l' Afrique, on passe des villages autonomes des Thonga, aux grands royaumes de Nupe et de Ganda.
Fortes et Evans-Pritchard distinguaient trois types d'organisation en Afrique : les petites sociétés non étatiques fondées sur la parenté (exemple : les Bochimans) ; des sociétés plus vastes, encore non étatiques, fondées sur un lignage à segments avec une autorité non centralisée, mais aussi certaines fonctions à portée politique (exemple : les Nuer) ; enfin les États unitaires, disposant d'une autorité centrale et spécialisée (exemple : les Bemba). I. Schapera démontra par la suite que, dans le premier type, à côté des liens de parenté, des liens territoriaux avaient aussi une portée politique ; J. Middleton et D. Tait ont relevé en Afrique beaucoup d'autres types intermédiaires. Dans les systèmes politiques du village, il n'y a pas de lignage commun, mais, en Afrique centrale, par exemple, la parenté et le voisinage servent de base à l'organisation du pouvoir et de l'autorité sous la conduite des chefs et d'autres dirigeants.
S'il s'agit d'un groupe important, sans gouvernement proprement dit, il aura souvent recours au principe unilinéaire d'organisation. Chez les Nuer, les divisions territoriales sont désignées d'après les branches du lignage, sans leur correspondre exactement toutefois ; aucune autorité bien définie ne coiffe les différents éléments du lignage : en cas de conflit, nul dirigeant n'a le pouvoir d'imposer une compensation à un groupe et de rétablir la paix ; cependant un vieillard, revêtu de certains pouvoirs (Evans-Pritchard l'appelle le « chef à peau de léopard »), y parvient en général. Ainsi, dans ce peuple indépendant et querelleur, les relations de groupe à groupe s'organisent d'après des principes moraux reconnus par tous.
En maints endroits dans le monde, les chefs constituent le gouvernement. Chez les Bemba, étudiés par A. I Richards, le chef souverain règne sur un territoire immense. Il a des conseillers, des experts, des spécialistes des rites, sans compter toute une série de courtisans et d'ambassadeurs et il réside dans une « capitale », beaucoup plus grande qu'un village ordinaire. Les membres du clan royal régissent des portions du territoire en qualité de chefs inférieurs et disposent pareillement de capitales et de cours ; en dessous, des dirigeants responsables devant eux. Ainsi se trouve unie politiquement une population importante, plus importante que ne le serait un simple groupe familial. Sa taille est fonction de la force et de l'efficacité de son administration, mais aussi de la fidélité aux liens qui symbolisent l'unité du groupe.
Relations entre groupes
Les rapports entre groupes autonomes dépendent de leur taille et de leur organisation, ainsi que du milieu. L'attitude normale est souvent l'hostilité, comme dans certaines régions de Nouvelle-Guinée. L'unité interne, dans un certain type de système politique, repose en partie sur l'opposition aux groupes extérieurs.
Les objectifs des guerres entre communautés primitives sont très variables, tout comme leur férocité. Elles sont conduites selon des règles établies : dans les conflits entre groupes voisins qui ont des liens de parenté, on se tuera peu ; ainsi chez les insulaires d'Andaman. Les femmes et le territoire, comme disent les Maori, sont l'objectif le plus courant. Les razzias périodiques de bétail ou d'esclaves (pratique courante à une certaine époque un peu partout en Afrique) étant dépourvues de toute idée de conquête : une guerre de conquête est inconcevable si le conquérant ne dispose pas d'une organisation étatique, qui lui permette de contrôler ses sujets. En contexte primitif, rares sont les grands conquérants comme Chaka, le puissant roi zoulou du xixe siècle.
La direction et l'organisation de la guerre sont souvent ad hoc, sans structure, bien que parfois le chef de guerre soit le chef de tribu. Certaines sociétés ont ou avaient des chefs de guerre, sans autre tâche politique, comme chez les Indiens d'Amérique. En Afrique du Sud et en Afrique orientale, il y avait des régiments de guerriers, fondés sur un système de classe d'âge. C'est à ces régiments, réorganisés et installés dans des casernes royales, que Chaka dut sa puissance et ses succès militaires.
L'autorité et ses modes d'exercice
Là où l'écriture est inconnue, l'autorité repose sur le contact personnel entre le peuple et le dirigeant ou ses agents. Tout un cérémonial et un ensemble de récits visent à transmettre les normes et à les fixer dans les mémoires. La société se refère au passé pour donner force aux règles et aux valeurs. La législation explicite est très rare. D'autre part, la transmission orale permet des rajustements continuels, pas toujours très conscients.
Partout existent des arbitrages informels : souvent, aucune sanction n'appuie le verdict, mais l'opinion publique peut avoir une grande influence. Dans certaines sociétés indiennes d'Amérique, comme l'a montré Lowie, le rôle d'arbitre ne pouvait être exercé que par un homme qui n'était pas chef de guerre. La hiérarchie politique, dans les sociétés plus complexes, coïncide avec une hiérarchie judiciaire, avec droit d'appel au chef suprême. Bien des sociétés africaines ont des tribunaux avec de fréquents procès.
Quel que soit le niveau d'organisation, le système politique assure régulation et vérification des dirigeants (même si, comme en Polynésie, le chef est traité avec une grande déférence). Chez les Bantous du Sud une clause prévoit l'assemblée de tout le peuple ; ailleurs, comme chez les Tikopia, le chef doit transmettre ses ordres par des subordonnés qui peuvent, avec l'appui de l'opinion publique, adroitement les éluder ; ailleurs encore, chez les Bemba par exemple, le chef dépend de la bonne volonté de fonctionnaires religieux, qui ont le droit de lui refuser leur concours. Seul le chef qui monopolise la force est en mesure d'établir une tyrannie, qui, par ailleurs, suppose une organisation politique et militaire assez complexe. Les sanctions rituelles dont dispose un souverain peuvent être d'un grand poids, mais elles lui inspirent aussi des règles de conduite, qui limitent son pouvoir.
La cohésion du groupe et son symbolisme
Pour garder sa cohésion, un peuple doit se penser comme unité et disposer pour cela de symboles d'union. Plus la valeur émotionnelle du symbole a de puissance et plus grand sera le loyalisme à l'égard du groupe. Symbole d'union fréquent et efficace, le chef signifie à la fois bien-être et fécondité pour la société ; il est ainsi sacralisé et reçoit d'importantes fonctions rituelles. À la limite, on le considérera comme l'incarnation d'une divinité. Parfois, comme chez les Shilluk, sa force personnelle conditionne la santé du groupe ; on a prétendu même que, jadis, s'il était malade ou vieux, on le mettait à mort. Autre possibilité : le chef religieux et le souverain sont des personnes distinctes mais interdépendantes.
L'influence des rites religieux dans les relations politiques est parfois importante. Chez les Tallensi, il n'y avait pas de chefs laïcs : des responsables religieux organisaient, chaque année, une grande fête des différents clans, qui étaient tenus, pendant cette période, de régler toutes les querelles et de s'abstenir de tout acte d'hostilité. Dans la plupart des sociétés primitives, l'organisation politique est liée au rituel et au symbolisme.
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Écrit par
- Raymond William FIRTH : professeur à l'université de Chicago
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