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FAUNE SAUVAGE

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Exploitation des animaux sauvages

Le « charognage » représente la première forme d'exploitation de la faune sauvage par les Hominidés, famille de primates (attestée à 6 millions d'années) qui inclut le genre Homo (2 millions d'années) et l'espèce actuelle, Homo sapiens (150 000). Cette pratique a ensuite été accompagnée de celle de la chasse, qui s'est généralisée avec le genre Homo. Cette dernière a constitué, pour les premiers hommes, un des éléments essentiels de leur stratégie de survie qui a favorisé leur expansion démographique et géographique : la lignée humaine va coloniser les milieux ouverts et se séparer des grands singes qui, eux, restent inféodés à la forêt et au régime alimentaire de fruits et de végétaux, plus rarement de viande. Avec la cueillette et la pêche, la chasse a assuré les besoins alimentaires humains jusqu'au Néolithique, période à partir de laquelle se sont développés les produits complémentaires issus de l'élevage et de l'agriculture.

Exploitée d'abord exclusivement pour des raisons de subsistance, la faune sauvage est devenue parallèlement, au fil des siècles, une ressource valorisée par son intégration dans les circuits commerciaux et dans les usages récréatifs et scientifiques. C'est à partir du xve siècle, avec l'expansion européenne et la colonisation, que cette exploitation s'est intensifiée, destinée à une économie de marché naissante. Depuis lors, elle n'a pas cessé de croître, surtout à partir du xixe siècle, en raison de la globalisation planétaire des échanges et du bond en avant de la démographie humaine. Ces pressions sur la faune sauvage, auxquelles il faut en ajouter d'autres également d'origine anthropique – comme la réduction de son habitat – se sont traduites par l'épuisement de nombreuses populations animales, voire par la disparition d'espèces. Dès lors, il a fallu, à la fin du xixe siècle, commencer à mettre en place des réglementations, destinées à sauvegarder les ressources, ainsi que des mesures de protection pour les espèces les plus vulnérables. Le bilan de ces actions est-il probant aujourd'hui ? On peut en douter quelque peu dans la mesure où la biodiversité est globalement en déclin. Les prélèvements excessifs, et surtout ceux qui sont illégaux, continuent à fragiliser la faune sauvage.

Le secteur réglementé

Au niveau interne, l'État est le tuteur des activités commerciales. Au niveau international, et pour les espèces communes, le commerce s'exerce dans le cadre des réglementations de l'O.M.C. (Organisation mondiale du commerce), auxquelles peuvent s'ajouter celles d'organisations inter-étatiques, de traités ou d'accords particuliers entre les États. Le commerce international des espèces menacées est régi par la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora), convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Celle-ci concerne 5 000 espèces d'animaux, classées en trois catégories : annexe I, commerce international interdit, sauf quelques exceptions ; annexe II, commerce réglementé (90 p. 100 des espèces CITES) ; annexe III, commerce surveillé.

Les espèces animales marines

Écotourisme baleinier - crédits : Jeff Foott/ Stockbyte/ Getty Images

Écotourisme baleinier

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En mer, l'exploitation doit se comprendre au regard des enjeux humains : plus d'un milliard d'hommes dépendent du poisson comme source principale de nourriture (avec de grandes disparités, puisque l'Afrique ne consomme que 6,5 p. 100 de la production) et, pour 56 p. 100 de la population mondiale, le poisson représente au moins 20 p. 100 de leur alimentation. Cette demande se traduit par l'épuisement de nombreuses espèces et, globalement, l'offre en produits de la mer ne peut continuer à être assurée que grâce aux apports de l'aquaculture, dont la progression est régulière (59,4 millions de tonnes en 2004 selon la F.A.O., soit 31 p. 100 de la production des ressources marines, contre 3,9 p. 100 en 1970). Néanmoins, une part importante de la production de la pêche n'est pas directement destinée à la consommation humaine : plus d'un tiers des poissons pêchés en mer sont utilisés pour la production de farine et d'huile, et les deux tiers de cette quantité servent à l'alimentation des poissons d'élevage. Parallèlement, les prises de poissons, de mollusques et de crustacés diminuent depuis de nombreuses années (95 millions de tonnes en 2004). La biomasse ne cesse donc de se réduire. Selon la F.A.O., en 2005, 52 p. 100 des stocks halieutiques étaient pleinement exploités, 17 p. 100 surexploités et 7 p. 100 épuisés.

Parmi les poissons, les thons, les chondrichtyens (requins, raies, pocheteaux, chimères) et la légine (une espèce de l'hémisphère Sud) subissent une intense pression de pêche. D'autres organismes marins sont aussi surexploités : c'est le cas, par exemple, du corail et des poissons qui lui sont inféodés, et de nombreux mollusques (concombre de mer notamment). Certaines espèces marines sont aussi recherchées pour les vertus médicinales qui leur sont prêtées. Ainsi, des poissons à nageoires épineuses, les pégases et les syngnathidés (hippocampes et aiguilles de mer) sont demandés surtout pour la pharmacopée de la médecine chinoise traditionnelle qui est en vigueur dans les pays d'Asie et les communautés asiatiques du monde entier.

Poissons-papillons (Chaetodon fasciatus), mer Rouge - crédits : R. Carey/ Shutterstock

Poissons-papillons (Chaetodon fasciatus), mer Rouge

Le marché mondial de l'aquariophilie a un impact plus grand sur l'ensemble des poissons, et particulièrement sur les poissons tropicaux>, très demandés. Les trafics sont courants (les sujets de certaines espèces peuvent valoir des milliers d'euros) mais difficiles à évaluer globalement. Le seul commerce autorisé de l'ichtyofaune concerne plus de 500 millions de spécimens par an. En nombre, c'est le plus important de tous les commerces impliquant des animaux sauvages.

Depuis le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, voté par les États membres de la C.B.I. (Commission baleinière internationale), qui a pris effet en 1985-1986, l'exploitation des grands cétacés ne connaît plus les excès de l'industrie baleinière. Toutefois la chasse a continué. Courant 2007, quelque 25 000 de ces mammifères marins avaient été pris depuis le moratoire, principalement par les flottes de la Russie, du Japon et de la Norvège, soit en violation de la réglementation, soit dans le cadre de chasses autorisées pour la subsistance de communautés côtières ou l'observation scientifique. Actuellement, un millier de grands cétacés sont toujours débarqués annuellement. Les petits cétacés, qui ne sont pas concernés par le moratoire, sont davantage soumis à la pression de la pêche. Des centaines de milliers sont harponnés tous les ans, principalement par les pêcheurs japonais.

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La chasse commerciale aux pinnipèdes est aussi très active depuis le début du xviiie siècle. Celle qui concerne le phoque du Groënland, par le Canada, notamment à Terre-Neuve, est la plus importante qui demeure de nos jours pour un mammifère marin, et elle est loin d'être contrôlée. Les quotas annuels fixés à la fin du xxe siècle (275 000 individus par exemple pour 1998) ont été largement dépassés (309 000 à 340 000 individus). La chasse de cette espèce est aussi pratiquée à grande échelle en Russie et en Norvège. Le commerce des pinnipèdes concerne surtout la fourrure, mais aussi le pénis, dont l'os (le baculum) est censé, en Asie, posséder des propriétés aphrodisiaques. Les pays exploitant les phoques à ces titres sont essentiellement la Norvège, la Namibie, l'Uruguay, les États-Unis, le Canada et la Russie.

Les espèces animales terrestres

L'exploitation réglementée des espèces animales terrestres pour le commerce de leurs produits répond à trois formules principales : la récolte, l'élevage extensif et l'élevage intensif.

La récolte affecte quantité d'espèces dans le monde, principalement des mammifères et des reptiles. En Afrique, les produits d'ongulés destinés au marché intérieur sont la viande, et, accessoirement, les peaux. C'est dans l'est et le sud de ce continent que les programmes de récolte sont les plus nombreux mais ils connaissent un succès mitigé, la chasse alimentaire illégale étant un moyen beaucoup plus facile et moins onéreux de se procurer cette viande.

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En Australie, les kangourous font l'objet d'autorisations de récolte. Cette dernière a concerné, à la fin du xxe siècle, officiellement 5,7 millions d'individus annuellement pour une population estimée à 20 millions. En y ajoutant les abattages illicites, mais tolérés, par les fermiers, ce chiffre aurait atteint 9 millions d'individus.

Dans les pays tropicaux d'autres continents, c'est l'exploitation de rongeurs qui est très active. En Amérique latine, elle concerne le capybara (ou cabiai), le paca et les agoutis. En Afrique centrale et occidentale, l'espèce commercialement la plus prisée pour sa viande est l'aulacode. Celle-ci fait aussi l'objet de plusieurs programmes d'élevage qui doivent permettre de contribuer à réduire une pression de chasse illégale extrêmement forte.

La fourrure représente un autre produit pour lequel la demande est importante. En Amérique du Nord, cette exploitation, qui concerne 29 espèces, est considérée comme mesurée, les réglementations pouvant effectivement être appliquées. Il n'en est pas de même dans la plupart des autres pays du monde, les contrôles souvent déficients permettant le développement d'un fort braconnage. L'exploitation des serpents, notamment pour leur peau destinée à l'industrie du cuir, se traduit par des volumes très significatifs. En Indonésie, elle concerne les trois espèces de pythons à queue courte (100 000 individus par an) et le python réticulé (peut-être 400 000 individus par an).

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La formule de l'élevage extensif est de loin la plus développée en Afrique du Sud, où elle concerne quelque 4 000 exploitations. Ces fermes – qui sont aussi présentes, pour le continent africain, en Namibie, au Zimbabwe, au Kenya et en Afrique de l'Ouest – visent principalement le marché de la venaison, parfois pour l'exportation. Pour être considérées comme de bonnes affaires commerciales, en tout cas en Afrique australe, elles ne sont pas sans incidences sur les espèces : risques de consanguinité, d'hybridation et d'adaptation forcée à la captivité.

La formule de l'élevage intensif, qui est encore plus répandue, est aussi concernée par ces dernières problématiques. Hormis les amphibiens et d'innombrables poissons, ce type d'élevage s'applique à une soixantaine de mammifères et d'oiseaux. Son but principal est la production de viande, qui repose largement sur des espèces de cervidés. Dans le monde, les fermes d'élevage regroupent cinq millions de cerfs, la Nouvelle-Zélande étant le principal pays producteur, avec un million de têtes et 5 000 fermes. La Chine est aussi très active, ainsi que la Russie et les États-Unis. D'autres organes ou produits sont aussi ciblés par l'élevage intensif. C'est le cas du musc (une sécrétion de glandes anales) des civettes. Utilisée surtout en parfumerie, cette substance a une grande valeur. L'Éthiopie assure 90 p. 100 de la production mondiale. En Chine, s'est développée une industrie de production de bile d'ours (ours brun et surtout ours à collier), une substance censée guérir beaucoup d'affections. Sept tonnes par an sont ainsi récoltées, dont la majorité est exportée illégalement (la CITES interdisant le commerce international des produits issus des ours) vers un grand nombre de pays occidentaux et asiatiques, pour entrer dans la fabrication de certains médicaments, shampooings, toniques, vins, thé... Les cervidés sont aussi exploités pour leurs velours (nouveaux bois en cours de croissance, dont l'aspect velouté explique cette appellation) utilisés par la pharmacopée traditionnelle. La Nouvelle-Zélande, premier pays producteur en la matière, en tire des revenus substantiels puisque ceux-ci représentent la valeur de la moitié de ses exportations de produits d'élevage d'espèces sauvages. En Amérique du Sud, la vigogne (une espèce de camélidé) est exploitée à l'état sauvage pour sa laine. Le commerce international de ce produit est autorisé dans le cadre de la CITES pour l'Argentine, le Chili, la Bolivie et le Pérou. Il a reçu une nouvelle impulsion avec la décision des États-Unis de s'ouvrir à ce marché en juillet 2002. L'exploitation de cette espèce n'en présente pas moins quelques sujets de préoccupation (essentiellement la désorganisation des groupes sociaux et le braconnage).

Le commerce des peaux de crocodiliens intéresse aujourd'hui une cinquantaine de pays. Pour les crocodiles, il s'élève annuellement à 500 000 spécimens, et pour les caïmans, à 1 million de spécimens (dont la moitié est produite par la seule Colombie). Ce commerce est aussi réglementé par la CITES au niveau international, et il se caractérise par plusieurs tendances : des fluctuations parfois importantes à moyen terme de l'offre, de la demande et des prix ; la concurrence grandissante des peaux d'autres espèces (notamment l'autruche) ; l'existence de trafics de grande ampleur. En sus des crocodiliens, d'autres animaux (varans, lézards, etc.) concourent au commerce international de cette famille des reptiles, qui porte sur quelque 10 millions de spécimens par an.

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Enfin, le marché des animaux morts ou de leurs produits concerne quantité d'autres espèces. La chasse sportive fait vivre la taxidermie (trophées). Les oiseaux et les insectes (papillons notamment) naturalisés sont demandés dans le monde entier ; il en est de même pour les œufs d'oiseaux (autruches, perroquets, rapaces) et leurs plumes.

Les spécimens vivants, eux, sont destinés au marché des animaux de compagnie et de collection, à ceux des zoos, des cirques et des laboratoires. Ils peuvent être prélevés dans la nature ou bien élevés en captivité. Les quantités sont très importantes. En 2003, les importations d'espèces CITES de l'Union européenne se sont élevées notamment à 1 301 501 peaux de reptiles et 317 387 reptiles vivants, 607 026 oiseaux, 346 698 tonnes d'amphibiens et 7 873 amphibiens vivants. Les oiseaux assurent une large part des flux du commerce. L'Inde, le Sénégal et la Tanzanie en sont les plus grands producteurs ; les États-Unis, l'Europe et le Japon les plus grands importateurs. 500 000 perroquets, 2 à 5 millions d'autres oiseaux sont commercialisés chaque année. Mais ces chiffres ne traduisent pas la réalité de l'exploitation car, d'une part, le trafic illégal est important et, d'autre part, beaucoup d'oiseaux meurent lors de leur capture ou transport. De semblables décès caractérisent le commerce international des singes, également victimes de l'abattage des adultes lors de la capture des jeunes. Ce commerce représente, annuellement, 25 000 à 30 000 individus. Le marché des reptiles, des amphibiens et des arthropodes vivants est loin, en général, de se caractériser par un réel souci de préserver les espèces dans la nature. La moitié des spécimens de reptiles importés en Europe à la fin du xxe siècle ont été déclarés élevés en captivité, mais il est avéré que le commerce illégal est très actif.

Le commerce de la faune sauvage à destination des zoos, des cirques et du marché des animaux de compagnie ou de collection (et, dans une optique discutable, des laboratoires) peut être qualifié de « non-consommateur » dans la mesure où il s'agit d'animaux vivants. Cette épithète peut également s'appliquer à la visite des parcs, des réserves et autres espaces naturels, qui représente un « tourisme de vision », un écotourisme. L'Afrique, à cet égard, est la première destination. La part de cette activité dans l'industrie touristique de certains pays peut être très élevée : 50 p. 100 au Botswana, 70 p. 100 au Kenya. De plus, dans tous les pays où il se pratique, ce type de tourisme génère des bénéfices qui dépassent largement ceux qui proviennent des droits d'entrée des parcs et des réserves. Il favorise un grand nombre de secteurs de biens et de services et il est créateur d'emplois. Cette utilisation « non consommatrice » des animaux sauvages peut être largement supérieure à une utilisation « consommatrice » en termes de rendement financier.

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Le tourisme de vision concerne également des espèces marines. Le whale watching (l'observation en mer des cétacés) est devenu une industrie à part entière, qui croît de 13 à 14 p. 100 par an depuis le début des années 1990. En 2000, cette activité avait attiré 11,5 millions de personnes, générant un chiffre d'affaires de plus d'un milliard et demi de dollars dans 87 pays.

Toutefois le whale watching et toutes les autres formes d'écotourisme ont aussi des implications potentielles néfastes pour la faune sauvage : transmission de maladies humaines, dérangement dans les activités quotidiennes (dont celle, essentielle, de l'alimentation), accentuation du stress d'une manière générale, du fait de la présence d'observateurs. Tous ces effets, qui commencent à être observés chez plusieurs espèces, peuvent réduire la fécondité, voire la survie des animaux. Un écotourisme plus responsable est donc maintenant à l'ordre du jour. Il doit respecter les impératifs biologiques, éthologiques et écologiques propres à chaque espèce. Ce qui se traduit par la nécessité de minimiser, tant en nombre qu'en durée, les intrusions humaines dans les habitats de la faune sauvage.

Le secteur non réglementé

Le marché intérieur illégal

Les prélèvements non autorisés pour satisfaire le marché intérieur sont généralisés en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Océanie. La faune est surtout demandée pour sa chair, d'où l'expression – née en Afrique – de « viande de brousse » qui qualifie ces prélèvements. Elle peut être aussi chassée pour les marchés de la collection, de l'artisanat (peaux, griffes, cornes, défenses, œufs, plumes), des animaux de compagnie ou de collection et de la pharmacopée (sang, foie, bile, peau, etc.).

Si la destination première de la chasse est la viande, c'est bien évidemment en raison de l'exigence des besoins des populations locales en protéines animales. Ces besoins ne sont que peu couverts par l'élevage, ce qui explique un certain laisser-faire de la part des États. Au début du xxie siècle quelque 792 millions de personnes dans le monde présentaient un déficit de 100 à 400 kilocalories (kcal) dans leurs apports alimentaires quotidiens. La viande de brousse représente 20 p. 100, en moyenne (et parfois beaucoup plus, 75 p. 100 par exemple au Liberia), des protéines animales consommées dans 62 pays au moins. Elle est prélevée pour l'autoconsommation (chasse de subsistance) et pour les marchés de la viande et des organes (chasse commerciale). Mais globalement, dans le monde, la part de la subsistance se réduit par rapport à celle de la commercialisation. 60 à 70 p. 100 de la faune sauvage retirée des forêts d'Afrique serait destinée aux centres urbains.

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La chasse de subsistance des sociétés traditionnelles est parfois présentée comme équilibrée, ces sociétés n'exploitant la nature que durablement. Toutefois, les communautés qui ne subsistent qu'avec la viande de brousse, les fruits et les tubercules, à l'exclusion de l'agriculture et de l'élevage – ce qui représente un cas extrême aujourd'hui –, ne peuvent avoir, selon les biologistes John Robinson et Elizabeth Bennett, une densité supérieure à un homme au kilomètre carré si les espèces animales doivent subsister. L'exploitation des animaux sauvages par les sociétés traditionnelles pouvait sans doute rester supportable à certaines époques anciennes mais à trois conditions seulement : une faible densité humaine, l'usage d'armes artisanales (pas d'armes à feu) et l'éloignement d'un centre urbain.

Le tonnage du marché de la viande de brousse est important. Il atteint, annuellement, depuis le début du xxie siècle, pour la seule Amazonie brésilienne, quelque 81 000 tonnes (soit 23,5 millions de vertébrés), et quelque 150 000 tonnes pour l'ensemble du bassin de l'Amazone. En Afrique, les chiffres sont largement supérieurs : 4,9 millions de tonnes dans le seul bassin du Congo. La traduction financière des volumes prélevés est aussi significative : 190 millions de dollars pour l'Amazonie brésilienne, 75 millions de dollars au Sarawak (Malaisie) et quelque 2,5 milliards de dollars pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale.

La chasse à des fins médicinales, moins connue, accentue la vulnérabilité des espèces. Elle est surtout très répandue en Asie et en Afrique, et représente une tradition fort ancienne. En Afrique de l'Est et en Afrique australe, notamment, 140 espèces sont utilisées pour la pharmacopée ; 38 d'entre elles figurent sur la liste rouge de l'U.I.C.N. (autrefois Union internationale pour la conservation de la nature, aujourd'hui Union mondiale pour la nature) et 56 sont inscrites aux annexes CITES.

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L'exploitation de la faune sauvage se traduit par de lourds bilans. Selon la Wildlife Conservation Society, elle ne peut pas être considérée comme durable pour 71 p. 100 des espèces chassées en Asie, 68 p. 100 en Afrique et 40 p. 100 en Amérique latine. Plusieurs espèces ont déjà été éliminées de six parcs nationaux de Tanzanie (redunca de montagne, bubale, steenbok, oréotrague, antilope rouanne). Le Kenya a perdu 44 p. 100 de sa faune sauvage entre 1977 et 1994, essentiellement en raison de la chasse. Dans les forêts d'Inde du Sud, les déplétions de cervidés, de suidés et de singes ont réduit de 80 p. 100 les densités de faune sauvage ; ces diminutions sont aussi constatées en Amazonie brésilienne et en Amérique centrale, et, d'une manière générale, dans tous les pays en développement. L'exploitation de la faune sauvage affecte particulièrement les forêts tropicales (qui contiennent les trois quarts de la diversité biologique de la planète) car la biomasse animale y est naturellement assez faible (pas plus de 3 000 kg/km2 contre 20 000 kg/km2 dans les savanes où les mammifères d'un poids supérieur à 1 kg sont les cibles principales des chasseurs).

Les prélèvements des poissons dans les lacs et les rivières sont difficilement chiffrables. Très courants, ils représentent un marché parallèle qui fragilise le marché légal alimenté par les pêcheries et les entreprises d'aquaculture artisanales des pays tropicaux. Ces dernières ont déjà du mal à se développer en raison de problèmes structuraux (financement et circuits de commercialisation). En mer, le déclin de mammifères chassés pour leur viande, comme le dugong et les lamantins, est prononcé. Beaucoup de cétacés sont pareillement ciblés, notamment le globicéphale aux îles Féroé (Danemark) et le cachalot au large du Sri Lanka.

Le marché international illégal

Les espèces marines, comme les espèces terrestres, font également l'objet d'une exploitation non réglementée au niveau international.

En matière de pêche, les violations des réglementations sont fréquentes dans le monde. Depuis quelques décennies, elles affectent davantage les eaux froides bordant les pôles, qui sont très poissonneuses. La fonte de la banquise arctique ouvre progressivement un passage entre les océans Pacifique et Atlantique. D'ores et déjà, de vastes zones sont libres des glaces et des flottilles y exploitent illégalement les stocks de poissons. À l'extrême ouest de ce passage, dans les eaux territoriales russes de la mer de Béring, la pêche illicite atteint des niveaux très élevés, avec une valeur estimée de 5 milliards de dollars par an.

Trafic d'ivoire d'éléphants - crédits : Tan Daming/ China News service/ VCG/ Getty Images

Trafic d'ivoire d'éléphants

Le commerce international illicite de la faune sauvage terrestre est également soutenu. En Asie du Sud-Est, les traditions d'utilisation de cette faune remontent parfois à deux mille ans, et c'est une des premières raisons de la pression de la demande. Une autre raison, beaucoup plus récente, est le développement économique qui s'est opéré depuis les années 1990. La Chine apparaît comme le principal pays consommateur de cette région. Un grand nombre de ses espèces sauvages étant épuisées, elle se fournit dans les pays voisins et même au-delà, en Afrique ou sur le continent américain. La Chine est le premier importateur mondial de cornes de rhinocéros, d'os de tigre, de tortues, de pangolins, et, aussi, d'ivoire d'éléphant (produit pour lequel elle a supplanté le Japon depuis le début du xxie siècle). L'Indonésie, le Myanmar, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam participent activement aux trafics. En 1997, le commerce illégal pour la médecine chinoise traditionnelle était évalué à plus de 6,5 milliards de dollars pour l'ensemble du monde et il devait représenter le double de cette somme dix ans plus tard. La Mongolie, la Russie, les ex-républiques soviétiques et l'Afghanistan sont aussi tous engagés dans une exploitation à grande échelle de leur faune sauvage. D'une manière générale, en Asie centrale, beaucoup d'espèces sont très menacées, la corruption étant généralisée (comme en Asie du Sud-Est) à tous les niveaux de l'administration, y compris dans la police et l'armée. Si Hong Kong et Singapour ont été pendant longtemps considérés comme les principales plaques tournantes du commerce illégal au niveau mondial, ils seraient maintenant largement concurrencés à ce titre par les Émirats arabes unis.

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En Afrique, les trafics croisés transnationaux sont courants. Au centre du continent, ils intéressent principalement le Nigeria, le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Congo et la République centrafricaine ; à l'est et au sud, le Kenya, la Tanzanie, le Malawi, le Zimbabwe, le Botswana et l'Afrique du Sud.

Les pays occidentaux ne sont pas épargnés. La Grèce, à cet égard, est souvent considérée comme le maillon faible de l'Europe, en raison de sa proximité avec l'Orient et de la faiblesse de ses contrôles. Le Royaume-Uni s'estime particulièrement affecté par le commerce illégal. De 1996 à 2000, les douanes britanniques ont saisi plus d'un million de spécimens de vie sauvage (amphibiens, reptiles, oiseaux, caviar, plantes, etc.), ce qui ne représentait toutefois que la partie émergée d'un iceberg. L'Union européenne dans son ensemble est handicapée pour exercer un contrôle efficace sur les trafics, notamment parce qu'elle ne dispose pas d'un organisme central du renseignement et de gestion de la CITES.

Sur le continent américain, les États-Unis sont le plus grand consommateur mondial de faune sauvage. Leurs faiblesses sont dues notamment à la difficulté de contrôler tous les mouvements, tant sont nombreux les points d'entrée sur leur territoire, et importantes les quantités de marchandises qui transitent. Le Mexique, pays frontalier avec les États-Unis, sert d'intermédiaire pour des pays producteurs situés plus au sud. Mais c'est surtout au Brésil que l'exploitation de la faune sauvage connaît une grande ampleur. Chaque année, 38 millions d'animaux seraient prélevés dans ce pays (dont 40 p. 100 à destination du marché international) et la police n'en intercepterait que 0,5 p. 100.

Les problématiques de l'exploitation

Depuis quelques décennies, le concept de durabilité s'est imposé pour définir les règles qui devraient présider à l'exploitation des ressources de la planète. Ces règles sont celles de la régulation de la consommation, de façon à ne pas épuiser les ressources. Il s'agirait donc de fixer des niveaux de prélèvement supportables pour les espèces, ce qui implique plusieurs conditions.

Un principe préliminaire à soulever devrait être celui de la précaution : l'absence de certitudes scientifiques définitives quant aux impacts de l'exploitation ne devrait pas être un argument pour décider de celle-ci sans garanties. Toute exploitation de la faune suppose donc d'examiner deux points essentiels : la compatibilité des prélèvements avec ce que l'on peut connaître de la biologie et de l'écologie des espèces, et la cohérence de ces prélèvements au regard de l'équilibre de la chaîne alimentaire.

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S'agissant de l'exploitation des animaux morts, plusieurs méthodes de détermination des prélèvements ont été proposées. La plus connue est celle des biologistes John Robinson et Kent Redford. Elle est fondée sur l'estimation de la production d'une population animale (le nombre d'animaux s'ajoutant chaque année à la population par renouvellement démographique), production qui est à comparer au taux des prélèvements. Les deux auteurs ont estimé que ces prélèvements pourraient être de 60 p. 100 de la production annuelle pour les espèces à durée de vie très courte (moins de cinq ans) car elles se reproduisent facilement, de 40 p. 100 pour les espèces à durée de vie courte (entre cinq et dix ans) et de 20 p. 100 pour celles dont la durée de vie est longue (plus de dix ans). Mais la réalité est souvent plus complexe que les modèles... Une étude effectuée en 2001 sur des marmottes des Alpes, notamment, a bien souligné la vulnérabilité supplémentaire qui caractérise les espèces sociales (marmottes, donc, mais aussi beaucoup d'autres familles ou espèces, notamment les singes et nombre d'ongulés). En effet, la survie d'un groupe socialement structuré est assurée par l'existence de plusieurs types de fonctions remplies par les différentes catégories du groupe, pour le bénéfice de la communauté. Dans le cas des marmottes, la principale de ces fonctions est la thermorégulation sociale : la survie des jeunes dans les terriers en hiver est conditionnée par la présence des adultes et de leur chaleur. Les prélèvements indifférenciés ou irréfléchis (et notamment d'adultes, dans le cas des marmottes) détruisent cette cohésion, ce qui affaiblit non seulement le groupe mais aussi l'individu.

Plus largement, tout animal sauvage, qu'il soit ou non social, est un élément d'une communauté puisqu'il appartient à une biocénose, c'est-à-dire à un ensemble d'êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes) présents dans un même milieu, le biotope. Une chaîne trophique (alimentaire) relie tous ces êtres vivants et se traduit par leur interdépendance. Au sein de ces interactions, les « cascades trophiques » jouent un rôle essentiel. Cette expression a été forgée par l'écologiste canadien Robert Paine en 1980 pour désigner les effets réciproques proies-prédateurs qui modifient l'abondance, la biomasse ou la productivité d'une population, à travers plusieurs niveaux trophiques. De la sorte, deux types de régulation ont été définis. La régulation de la chaîne alimentaire par le bas (bottom-up control) correspond à celle qui est effectuée par les producteurs primaires (ainsi, en mer, le phytoplancton). L'abondance de ces derniers dépend de la quantité disponible de nutriments qui, elle, est tributaire de l'environnement physique (vents, courants, températures, ensoleillement). La régulation par le haut (top-down control) est effectuée par les prédateurs – représentant les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire – sur les niveaux inférieurs. En pratique, ces deux régulations sont difficiles à dissocier ; dans beaucoup de cas, elles sont simultanément mises en œuvre.

Mais les cascades trophiques et, d'une manière générale, les biocénoses peuvent être altérées par l'exploitation humaine. Les prédateurs terrestres – les grands félins et, plus globalement, les carnivores – sont soumis à des prélèvements exagérés. Les communautés d'ongulés sont désorganisées par les récoltes (légales et illégales), la chasse sportive et l'élevage. Les plus grands spécimens, généralement les mâles adultes, sont plutôt concernés par les récoltes et la chasse sportive, et les jeunes mâles par l'élevage. Dès lors, les sex-ratios sont biaisés en faveur des femelles, et leur fécondité, en termes de renouvellement d'une population, diminue.

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En mer, on assiste à une raréfaction des grands poissons prédateurs tels que les morues, les raies, les requins, les thons, les espadons. Il est estimé que, depuis le début des années 1990, 50 à 90 p. 100 de leurs populations ont disparu du fait de la pêche.

Le devenir de l'espèce humaine, en tant que telle, est peu affecté par les variations (stochasticités) environnementales et démographiques. Mais il n'en est pas de même pour la faune sauvage dont la croissance des populations est tributaire du climat – qui détermine le niveau de ressources à tous les niveaux de la chaîne trophique –, des maladies et des parasites (les épizooties pouvant décimer des groupes entiers), des compétitions inter- et intraspécifiques, et de la prédation. Dès lors, les systèmes d'exploitation devraient tenir compte, autant que faire se peut, de tous ces éléments qui se traduisent par des fluctuations de la fécondité. Mais, en pratique, seule est retenue la production estimée d'une population. Le critère principal d'un exploitant est de maximiser la rente, c'est-à-dire son bénéfice, lequel est calculé en fonction de deux paramètres : le taux de croissance considéré comme habituel de la population animale et le taux d'escompte (celui de l'argent emprunté pour son affaire) corrigé de l'inflation. Le premier doit bien sûr être supérieur au second. Mais, bien souvent, les prélèvements sont fixés à des niveaux qui se révèlent abusifs ; les variations naturelles de la population interviennent, et la population décline. Dès lors, la stratégie de l'entrepreneur est assez logiquement d'exploiter pleinement celle-ci, pour en tirer le maximum de revenus, sans lui permettre de se renouveler, jusqu'à son épuisement.

La tendance à la surexploitation de la ressource est aussi à l'œuvre, d'une manière plus globale, lorsque plusieurs compétiteurs sont concernés. Avec le même résultat potentiel de dissiper la rente en épuisant la ressource. Une telle problématique a été exposée dès 1968 par le biologiste Garrett Hardin dans un article devenu référence, The Tragedy of the Commons (La Tragédie des biens communs). Cet auteur prend l'exemple d'un éleveur qui fait paître ses animaux dans un champ communautaire. Il est amené à augmenter son troupeau pour en tirer des revenus supplémentaires. Mais, le champ étant partagé avec d'autres éleveurs, chacun agit de même. L'herbe se raréfie donc progressivement, puis finit par disparaître. L'exploitation de la biodiversité peut se réclamer souvent d'une telle métaphore. Quand elle cesse d'être comparable à la cueillette (qui laisse l'arbre se régénérer jusqu'à la saison suivante, après la récolte du fruit), elle devient analogue aux activités minières, qui concernent des ressources non renouvelables : elle extrait le capital d'une ressource, couche après couche, jusqu'à épuisement du filon, et sans espoir de renouvellement.

Perspectives

Dans l'histoire rares sont les exemples d'une exploitation durable de la faune sauvage. Les exemples contraires, eux, abondent, et remontent très loin dans le temps. Les communautés humaines primitives sont fortement suspectées d'avoir conduit à l'élimination, par la chasse, de quantité d'espèces. Les causes d'extinctions plus récentes de 484 espèces d'animaux, de 1600 à 1992, ont pu être identifiées, la chasse et l'extermination délibérée représentant 23 p. 100 des cas. Les risques d'extinction affectant les espèces menacées d'oiseaux et de mammifères inscrits sur la liste rouge de l'U.I.C.N. (en 2007, il y avait un quart des mammifères, un huitième des oiseaux, un tiers des amphibiens et 70 p. 100 des plantes, parmi les 16 306 espèces menacées d'extinction de cette liste) sont dus, pour un tiers, à la chasse et au commerce international. Globalement, pour l'ensemble des espèces animales, les taux d'extinction, dus à des causes anthropiques, sont de 1 000 à 10 000 fois plus importants que ceux qui résultent de processus naturels. Mais si les espèces peuvent disparaître, ce sont d'abord leurs populations qui diminuent. Une étude effectuée en 2002 sur les mammifères par les biologistes Gerardo Ceballos et Paul Ehrlich a montré que 173 espèces de mammifères représentatives avaient perdu, essentiellement depuis le xixe siècle, plus de 50 p. 100 de leur aire de répartition et de leurs populations. L'« empreinte humaine » (Human Footprint) est une expression qui a été forgée pour désigner l'impact des hommes sur la planète, c'est-à-dire l'espace de terre et de mer utilisé pour leurs activités. Les auteurs de cette expression (E. Sanderson et al., 2002) ont évalué la surface terrestre actuellement concernée (à l'exception de l'Antarctique et de la plupart des îles océaniques) : elle est de 83 p. 100. Il est estimé que cette empreinte devrait s'étendre sur 80 p. 100 des terres arctiques en 2050. Il est établi aussi que les hommes s'approprient 40 p. 100 de la productivité primaire de la planète (les produits de la photosynthèse). Cette emprise humaine sur l'espace et les ressources terrestres s'exerce bien aux dépens des espèces animales.

L'utilisation durable de la faune sauvage, alors, est-elle hors de portée ? Elle exige plusieurs conditions, certes difficiles à remplir, mais nécessaires. Le rôle des États, à cet égard, apparaît déterminant. La plupart des pays en développement, qui sont les plus grands producteurs de ressources animales sauvages terrestres, ont des capacités institutionnelles encore faibles. Le renforcement de ces capacités est un préliminaire à toute exploitation durable. Le relâchement des réglementations nationales et/ou régionales, en faveur de la dévolution de la propriété et de la gestion de la faune sauvage à des opérateurs privés, ainsi qu'à des communautés locales, ne peut que multiplier les prélèvements abusifs. Cela n'exclut pas, bien au contraire, que les uns et les autres puissent recevoir des bénéfices des exploitations.

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Il semble nécessaire de renforcer aussi la CITES, organisme qui joue un rôle majeur en suppléant aux carences des États dans la conservation d'espèces menacées ou atteintes par la surexploitation. Certes, cette convention peut accorder, de façon discutable, des quotas pour des animaux très fragilisés par le commerce international. Mais, globalement, et même si ce n'est pas sa fonction déclarée, elle peut aussi améliorer la protection de beaucoup d'espèces. De 1987 à 1994, plus de 90 d'entre elles ont été inscrites aux annexes.

Les contrôles, tant des États que de la CITES, apparaissent d'autant plus nécessaires qu'ils doivent s'évaluer dans la perspective d'une possible intensification de l'exploitation. La population mondiale devrait passer à 8 milliards d'habitants en 2020. Certaines projections avancent que les ressources tirées de la mer pourraient de plus en plus être prélevées sur les mammifères marins, notamment les cétacés et pinnipèdes. Si un développement réel de l'élevage n'intervient pas dans les pays en développement pour soulager la pression sur la faune sauvage, la consommation de viande de brousse, en Afrique, continuera à croître de 3 p. 100 par an dans les prochaines années, et pourrait doubler d'ici à 2025 pour l'ensemble des pays qu'elle concerne dans le monde. La tragédie des biens communs pourrait alors apparaître dans toute son ampleur, avec des cascades d'extinction de populations et d'espèces – et, pour les hommes, une diminution sévère des ressources. Fondamentalement, l'exploitation des animaux sauvages ne semble pas prendre le chemin de la durabilité. Mais, à bien des égards, cette question semble beaucoup moins pertinente que celle de la nécessité de maîtriser la croissance de la population humaine et des besoins qu'elle implique.

— Alain ZECCHINI

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Écrit par

  • : chargé de recherche à l'unité de biologie de la conservation, Centre de recherche sur la biologie des populations d'oiseaux, Muséum national d'histoire naturelle
  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S.
  • : maître de conférences, Laboratoire de zoologie mammifères et oiseaux, Muséum national d'histoire naturelle
  • : professeur de lettres classiques
  • : journaliste scientifique, expert de l'Union mondiale pour la nature

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