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FONCTIONS ANALYTIQUES Représentation conforme

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Le problème de la représentation conforme

Étant donné des domaines D et D′ du plan, sont-ils conformément équivalents ? Dans l'affirmative, il s'agira de construire, au moins d'une manière approchée, une représentation conforme de D sur D′. Ce problème a des applications en diverses questions de physique (par exemple en hydrodynamique), car il permet de résoudre certains problèmes de Dirichlet : pour trouver une fonction harmonique u, connaissant une courbe u = a (constante, qui est la frontière d'un domaine D conformément équivalent au demi-plan supérieur, on utilise une représentation conforme f de D sur le demi-plan supérieur ; si f se prolonge par continuité à la frontière de D et transforme cette frontière en celle du demi-plan, soit la droite Im z = 0, la solution est u = Im (f + a).

Si les domaines D et D′ sont conformément équivalents, ils sont homéomorphes, c'est-à-dire qu'il existe une bijection continue de D sur D′ dont la réciproque est aussi continue. Ainsi est réalisée une condition nécessaire d'isomorphisme ; mais cette condition n'est pas suffisante, car le plan C et le disque unité sont homéomorphes (l'application z ↦ z/(1 + |z|) est un homéomorphisme du premier sur le second), mais certainement pas isomorphes, puisque la fonction z ↦ z est holomorphe et bornée dans le disque unité, alors que toute fonction holomorphe et bornée dans C est constante d'après le théorème de Liouville (cf. fonctions analytiques – Fonctions analytiques d'une variable complexe).

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D'ailleurs, comme on l'a vu ci-dessus, une grande variété de domaines sont conformément équivalents au disque unité : le demi-plan, un secteur angulaire, une bande ou une demi-bande, l'extérieur d'une parabole. En fait, Riemann a obtenu (par une démonstration un peu incomplète) le remarquable résultat suivant : Tout domaine D différent du plan C et simplement connexe (c'est-à-dire que tout lacet de D peut se déformer continûment dans D en un point) est conformément équivalent au disque unité.

Ce théorème a été complètement démontré par W. F. Osgood, puis par P. Koebe, qui l'a généralisé en donnant aussi des modèles pour les domaines non simplement connexes à l'aide du disque unité privé d'un certain nombre d'arcs de cercles de centre O. Voici les étapes de la démonstration :

a) On commence par se ramener au cas où D est borné en construisant une fonction holomorphe bornée et injective dans D (c'est assez facile). Il est alors possible de trouver des représentations conformes de D sur des domaines contenus dans le disque unité (à l'aide de similitudes, par exemple).

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b) En choisissant un point a de D et en considérant l'ensemble F des représentations conformes de D sur des parties du disque unité qui transforment a en O, on démontre que, pour un élément f de F, les propriétés suivantes sont équivalentes : (I) L'image de D par f est le disque unité. (II) |f ′(a)| est maximale parmi les valeurs que ce nombre peut prendre lorsque f parcourt F.

c) Il reste à démontrer l'existence d'un élément f de F qui réalise le maximum de |f ′(a)|. Cela résulte du fait que F est un ensemble compact pour la « topologie de la convergence compacte » dans D et que f ↦ |f ′(a)| est une fonction numérique continue dans F.

En général, on ne peut pas déterminer explicitement une représentation conforme de D sur le disque unité, mais seulement chercher à construire des approximations d'une telle représentation ; c'est un problème d'analyse numérique qui peut être difficile. La méthode de H. A.  Schwarz donne explicitement une représentation conforme du demi-plan supérieur sur un polygone convexe arbitraire par une formule du type :

où les nombres ai sont réels et les exposants αi compris entre 0 et 1 et de somme 2 ; pour n = 4 et α1 = α2 = α3 = α4 = 1/2, l'intégrale considérée est une intégrale elliptique et donne une représentation conforme du demi-plan sur un rectangle (cf. fonctions analytiques – Fonctions elliptiques et modulaire).

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Il est possible de déterminer toutes les représentations conformes du plan sur lui-même ou du disque unité sur lui-même. Dans le cas du plan, une représentation conforme f : C → C est une fonction entière qui est injective ; cela entraîne d'abord que f est un polynôme, sinon la fonction u ↦ f (1/u) aurait une singularité essentielle à l'origine et transformerait le disque unité (privé de O) en un ensemble partout dense dans C d'après un théorème de Weierstrass ; ainsi, l'image par f de l'extérieur du disque unité serait partout dense et, par suite, rencontrerait l'image du disque unité, qui est un ouvert : c'est impossible si f est injective. De plus, f doit être de degré 1, car un polynôme de degré n a n racines ; donc f est de la forme f (z) = az + b (a ≠ 0) et la représentation conforme est une similitude. Il est remarquable que les transformations du plan en lui-même qui conservent les angles conservent la distance euclidienne à un facteur près ; ces transformations forment un groupe à quatre paramètres, opérant transitivement.

Passons au cas du disque unité, en étudiant d'abord les automorphismes laissant fixe le point O. Un tel automorphisme est en particulier une fonction holomorphe f telle que f (0) = 0 et |f (z)| < 1 pour tout point z du disque unité ; le lemme de Schwarz lui est applicable : |f (z)| ≤ |z|, avec égalité seulement si f (z) est proportionnel à z (cf. fonctions analytiques – Fonctions analytiques d'une variable complexe) ; le même lemme appliqué à f-1 donne |z| ≤ |f (z)|, donc l'égalité a lieu et f (z) = az avec une constante a de module 1. Si f est un automorphisme quelconque du disque unité, on pose b = f-1(0). L'application :

est une représentation conforme du disque sur lui-même qui transforme 0 en b. Donc f ∘ g, qui est conforme et laisse O fixe, est une rotation z ↦ az(|a| = 1), et :

Les automorphismes du disque unité sont ainsi les transformations homographiques qui le laissent invariant ; ils forment un groupe à trois paramètres transitif dans le disque unité. On peut montrer qu'il existe une métrique riemannienne dans le disque unité qui est invariante par ce groupe ; sa courbure est constante et négative de sorte que la géométrie correspondante est celle de N. I. Lobatchevsky (c'est le fameux modèle de Poincaré pour la géométrie non euclidienne).

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Les résultats obtenus pour le disque unité se transposent au demi-plan. Comme le passage de l'un à l'autre s'opère au moyen d'une transformation homographique, les automorphismes du demi-plan supérieur sont les transformations homographiques qui le laissent invariant :

avec a, b, c, d réels et ad − bc > 0.

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Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., professeur à l'université de Paris-VIII-Denis-Diderot

Classification

Médias

Conservation des angles - crédits : Encyclopædia Universalis France

Conservation des angles

Représentation z &map; z<sup>2</sup> - crédits : Encyclopædia Universalis France

Représentation z ↦ z2

Représentation z &map; z<sup>1/2</sup> - crédits : Encyclopædia Universalis France

Représentation z ↦ z1/2

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