- 1. Une crise économique liée à une crise des finances publiques
- 2. Une pause dans les réformes ?
- 3. Une petite révolution au Sénat ?
- 4. Des élections cantonales moroses
- 5. Des « affaires » au cœur de la vie politique
- 6. La France, la crise européenne et l'ordre mondial
- 7. Impossible recomposition pour une droite divisée
- 8. La gauche entre succès et discorde
- 9. Nouvelles inconnues politiques
FRANCE L'année politique 2011
Des « affaires » au cœur de la vie politique
Cinq affaires, de nature très différente, ont fortement marqué l'année 2011.
La première concerne le directeur général du F.M.I. Dominique Strauss-Kahn, qui était aussi l'un des candidats potentiels du P.S. favoris à l'élection présidentielle de 2012 et souvent présenté comme le plus susceptible de battre le président sortant. Inculpé en mai de tentative de viol sur une employée de l'hôtel Sofitel de New York et jeté en prison avant d'être placé en résidence surveillée jusqu'au non-lieu prononcé en août 2011, ce qui lui interdisait de fait de concourir pour la primaire socialiste, il est ensuite accusé de viol par l'écrivain et journaliste Tristane Banon, avant que celle-ci ne retire sa plainte en octobre. En fin d'année, il est également mis en cause dans une affaire de réseau de proxénétisme.
La deuxième, certainement la plus importante pour ses implications politiques, a trait au soupçon de rétro-commissions versées par Karachi en 1995 au bénéfice de la campagne présidentielle du Premier ministre de l'époque, Édouard Balladur, dans le cadre d'un contrat d'armement. L'arrêt du versement des commissions, à l'époque légales, à des intermédiaires pakistanais, dont certains semblent estimer qu'il serait aussi dû à l'existence de ces rétro-commissions, expliquerait l'assassinat d'employés de la Direction des constructions navales au Pakistan en mai 2002. Mis en cause dans cette affaire, Nicolas Bazire, ancien directeur du cabinet d'Édouard Balladur à Matignon et ancien directeur de sa campagne, et Thierry Gaubert, ancien proche conseiller de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine et au ministère de l'Économie, sont mis en examen. Thierry Gaubert, par ailleurs renvoyé devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour escroquerie et prise illégale d'intérêts dans une autre affaire de détournement de fonds issus du 1 p. 100 logement, est également proche du secrétaire général de l'U.M.P. Jean-François Copé et de l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux. Il est notamment soupçonné d'avoir transmis d'importantes sommes en argent liquide à l'équipe de campagne de l'ancien Premier ministre avec la complicité de l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, lui aussi proche de plusieurs personnalités politiques de la majorité et mis en examen. L'ancien conseiller de François Léotard à la Défense Renaud Donnedieu de Vabres est lui aussi mis en examen à la fin de l'année.
La troisième affaire, elle aussi révélée dès 2010, est liée à l'accusation de fraude fiscale dont s'est rendue coupable Liliane Bettencourt, principale propriétaire du groupe L'Oréal, qui a fait l'objet d'un redressement fiscal important en 2011. Alors que l'implication de l'ancien ministre du Budget Éric Woerth dans cette affaire n'a pas encore été jugée, deux scandales connexes éclatent au cours de cette année. D'un côté, alors que Liliane Bettencourt est finalement mise sous tutelle, le photographe François-Marie Banier, le compagnon de celui-ci Martin d'Orgeval et l'ancien gestionnaire de fortune de l'héritière de L'Oréal Patrice de Maistre sont mis en examen. D'un autre côté, sur un plan plus politique, l'enquête, jugée illégale, du procureur Philippe Courroye, souvent présenté comme proche du président de la République, est annulée en mai par la cour d'appel de Bordeaux. La recherche des sources d'une fuite parue dans la presse en 2010 avait en effet conduit le magistrat à demander la consultation, dans le cadre de l'enquête, des « fadettes » (relevés d'appels téléphoniques) de plusieurs journalistes, violant ainsi la loi sur le secret des sources. Dans cette affaire, Bernard Squarcini, le directeur du renseignement intérieur, est d'ailleurs mis en examen.[...]
La suite de cet article est accessible aux abonnés
- Des contenus variés, complets et fiables
- Accessible sur tous les écrans
- Pas de publicité
Déjà abonné ? Se connecter
Écrit par
- Nicolas TENZER : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique, enseignant à Sciences Po, Paris
Classification
Médias