FRANCE Les élections présidentielle et législatives de 2012
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Les élections législatives des 10 et 17 juin 2012
Plusieurs commentateurs ont souligné que François Hollande a été élu autant par le rejet du président sortant que par un vote témoignant d'une adhésion à son programme. Un sondage Ipsos montrait ainsi que 38 p. 100 des personnes s'apprêtant à voter Hollande le 22 avril le faisaient pour manifester une opposition à un candidat, alors que les cinq autres principaux candidats du premier tour, et d'abord Nicolas Sarkozy, bénéficiaient plutôt d'un vote de soutien, si on en juge par les motivations exprimées dans les sondages de sortie des urnes. Au second tour, 56 p. 100 des électeurs de François Hollande déclarent d'ailleurs sans ambiguïté qu'ils votent pour lui afin de faire barrage au candidat sortant.
Une amplification du résultat de la présidentielle
Dès lors, il est d'autant plus important pour le président élu de ne pas faire mentir la règle – empirique – d'un vote aux législatives en conformité avec celui de la présidentielle. De surcroît, il est essentiel pour lui que le P.S. obtienne une majorité suffisamment forte pour que l'action de son gouvernement ne dépende ni du Front de gauche, ni même de ses alliés écologistes.
Le défi s'adresse également aux membres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, le président de la République ayant clairement annoncé que leur victoire conditionnait leur maintien en poste. Enfin demeure l'inconnue d'une possible poussée de l'extrême droite, les petits partis étant traditionnellement défavorisés par le mode de scrutin uninominal à deux tours – ce qui devait d'ailleurs relancer le débat sur l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives. Sur tous ces points, François Hollande gagne son pari, même si un taux d'abstention particulièrement fort, encore accru par rapport à 2007 qui détenait le précédent record d'abstentions aux législatives sous la Ve République, constitue une alerte sérieuse. On constate ainsi que seulement moins d'un cinquième des députés ont réussi à obtenir les suffrages de plus d'un tiers des inscrits.
En plus de la traditionnelle dynamique créée par l'élection présidentielle, la gauche bénéficie d'un certain désarroi de la droite, marquée de surcroît par la rivalité sourde entre François Fillon et Jean-François Copé pour la présidence de l' U.M.P., et du score important, pour des élections législatives, du F.N.
À l'issue du second tour, la nouvelle Assemblée nationale – où, pour la première fois, sont représentés les Français de l'étranger, avec onze députés – voit ainsi le P.S. détenir la majorité absolue et l'U.M.P perdre 117 sièges. Quant au MoDem, il n'obtient que 2 élus – François Bayrou est même battu sur ses terres, le P.S. ayant refusé de se désister en sa faveur malgré le soutien personnel accordé avant le second tour de la présidentielle à François Hollande. Conforté par un score supérieur à 13 p. 100, le F.N. conquiert 2 sièges, malgré la défaite de Marine Le Pen, et E.E.-L.V. parvient à dépasser les 15 sièges nécessaires pour former un groupe parlementaire, de même que le Parti radical de gauche, grâce à ses accords électoraux avec le P.S.
L'entre-deux-tours des législatives est marqué par le débat sur un éventuel accord de désistement entre l'U.M.P. et le F.N., débat d'autant plus vif que certaines études d'opinion montrent qu'une majorité des électeurs de l'U.M.P., devenus plus sensibles aux idées de l'extrême droite, sont très favorables ou favorables à un tel accord. Si la direction de l'U.M.P. garde la ligne d'un refus sans concession, un élu U.M.P. se désiste en faveur du candidat du F.N. dans sa circonscription, et certains membres de l'aile droite de l'U.M.P. n'hésitent pas à dire qu'ils se sentent plus proches du F.N. que de la gauche. Le P.S. maintient quant à lui sa ligne du front républicain, de même qu'il appelle au désistement face à la droite en faveur de l'élu de gauche le mieux placé.
Ces élections voient la défaite de plusieurs personnalités politiques importantes, et d'abord de Ségolène Royal, battue par le candidat socialiste dissident Olivier Falorni, qui a bénéficié du soutien controversé de la compagne du président de la République, ainsi que de Jack Lang. Plusieurs anciens ministres de Nicolas Sarkozy sont également battus, dont Claude Guéant, Nadine Morano et Michèle Alliot-Marie. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il perd son pari de remporter la circonscription d'Hénin-Beaumont face à Marine Le Pen et au candidat socialiste, étant éliminé dès le premier tour.
Une nouvelle configuration de la scène politique
Avec une majorité incontestable au Parlement, le P.S. dispose désormais de l'ensemble des leviers du pouvoir, auxquels s'ajoute une majorité dans les conseils régionaux et généraux et dans la plupart des grandes villes. Pour autant, même si les primaires à gauche avaient conforté le candidat élu, les divisions internes du parti demeurent. Les élus socialistes pourraient notamment s'opposer à certains engagements du candidat socialiste à la présidence de la République en ce qui concerne la fin du cumul des mandats.
À droite, l'échec de Nicolas Sarkozy et sa volonté, dont nul ne sait si elle est temporaire ou définitive, de prendre du recul par rapport à la vie politique laissent augurer une bataille âpre pour sa succession, d'autant plus que la campagne électorale a témoigné de différences d'approche au sein de l'U.M.P. et que nul ne dispose d'une légitimité interne égale à celle que Nicolas Sarkozy avait su imposer avant 2007. À gauche, l'élection de François Hollande et la possibilité qui lui est ouverte de concourir pour un second mandat en 2017 rendent aussi difficile l'émergence d'un autre leader. L'affaiblissement de François Bayrou et du MoDem rend également incertain l'avenir politique de ce mouvement. À l'extrême droite, le score élevé de Marine Le Pen fait du F.N une force avec laquelle chacun sait devoir compter lors des prochaines échéances.
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Écrit par
- Nicolas TENZER : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique, enseignant à Sciences Po, Paris
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Médias
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