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FRANCE Vue d'ensemble

Finistère du continent eurasiatique, ouverte sur le grand large par trois façades maritimes, bénéficiant, par sa situation en latitude qui la place à mi-distance de l'équateur et du pôle Nord, d'un climat tempéré, la France voit alterner sur son territoire les grandes zones de plaines et de plateaux des bassins sédimentaires et fluviaux et les reliefs montagneux situés sur sa périphérie, à l'exception toutefois de la forteresse du Massif central qui occupe une importante fraction de sa partie méridionale.

Ces conditions géographiques ont largement déterminé son histoire. C'est sur le territoire de la France future que viennent s'échouer, au cours des siècles, les vagues migratoires successives, souvent venues d'Asie, qui repoussent vers l'ouest les populations du continent. Dès l'origine, les ancêtres les plus lointains des Français d'aujourd'hui sont issus d'un brassage de peuples dont les strates successives se sont déposées sur cette extrémité occidentale de l'Europe géographique.

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Avant d'être la France et même la Gaule, le territoire actuel constitue une mosaïque de menues communautés éphémères qui entrent en contact, durant l'Antiquité, avec les peuples voisins par la guerre ou le commerce. La conquête fait de ce territoire un simple élément de l'empire universel rêvé par Rome, avant que les invasions barbares ne détruisent celui-ci et n'édifient sur ses ruines des royaumes aux frontières changeantes, cependant que se construit une civilisation originale mêlant apports romains et coutumes barbares, unifiés par le christianisme qui devient à partir du ive siècle le ciment de l'Occident.

Il faut attendre le ixe siècle pour que le partage de l'empire franc constitué par Charlemagne permette que s'individualise une Francia occidentalis, noyau originel de la France. Dès lors débute une période de près de neuf siècles au cours desquels se construit une identité française marquée par trois traits majeurs. En premier lieu, son unité territoriale résultant d'innombrables conflits, acquisitions, mariages ou héritages, aboutit au xviiie siècle à la création d'un ensemble approximativement limité par ces « frontières naturelles » que sont l'océan et les mers bordières, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. À l'intérieur de cet ensemble, un deuxième trait fondamental réside dans les efforts du pouvoir monarchique pour faire de cet « agrégat inconstitué de peuples désunis » une entité relativement unifiée. Lutte du roi contre les grands féodaux, création d'« officiers », de commissaires « départis », d'intendants chargés de représenter l'autorité du souverain dans les provinces, effort pour réduire les privilèges des divers corps et ordres et assurer la suprématie du monarque sur les autonomies des groupes et l'obéissance de tous les sujets. Il appartiendra à la Révolution puis à l'Empire, au début du xixe siècle d'achever cette œuvre centralisatrice et de proclamer le caractère « un et indivisible » de la nation France et l'égalité de tous devant la loi. Enfin, le troisième trait de la formation de l'identité française est la création d'une forte armature culturelle. De l'édit de Villers-Cotterets sous François Ier qui fait du français la langue officielle du royaume à l'action des instituteurs de la IIIe République se réalise l'unification linguistique. La Révolution et l'Empire y ajouteront celle des circonscriptions territoriales et des poids et mesures. Parallèlement, une élite intellectuelle édifie un art et une pensée originaux. Le classicisme, fait d'ordre et d'harmonie, apparaît comme un art adapté à l'idéal de la monarchie absolue telle que Louis XIV tente de le réaliser, cependant que Descartes pose les bases d'un raisonnement scientifique dont le « doute méthodique » conduira au siècle suivant à la mise en cause par la philosophie des Lumières de l'absolutisme monarchique comme des vérités religieuses admises, déjà ébranlées depuis le xvie siècle par la poussée de la Réforme.

Avec la Révolution française de 1789 se tourne une page essentielle. En proclamant que la souveraineté appartient à la nation et que le but de la société est la préservation des droits naturels de l'individu, la France se fait le héraut des idées nouvelles qui vont bouleverser l'Europe. Grande puissance mondiale et européenne, participant à la révolution industrielle du xixe siècle et à la conquête coloniale, elle édifie, à coups de convulsions révolutionnaires, un modèle de démocratie libérale qui trouvera son expression avec la IIIe République alliant l'instauration des libertés fondamentales, la démocratie politique fondée sur le suffrage universel et une ébauche de démocratie sociale.

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Ce modèle français de démocratie libérale se trouve cependant ébranlé par les deux guerres mondiales et les crises de tous ordres qui frappent le pays au xxe siècle. Saignée par les pertes humaines, matérielles et financières de la Grande Guerre, atteinte par la crise économique des années 1930 et ses retombées sociales, paralysée par l'inefficacité de son système politique, vaincue et occupée durant la Seconde Guerre mondiale, la France n'est plus, au lendemain de celle-ci, qu'une puissance moyenne qui doit opérer une reconstruction totale de ses structures. Elle y parvient sur le plan économique en participant à la grande croissance des Trente Glorieuses, modifie radicalement son régime politique avec la naissance en 1958 de la Ve république, renonce à son empire colonial après deux longs conflits en Indochine et en Algérie, et voit désormais son destin dans le cadre de l'Union européenne dont elle constitue un élément fondamental, tout en se résignant difficilement à un rôle mondial qui reste important, mais n'est plus celui de la « grande nation » qui montrait la voie au monde.

— Serge BERSTEIN

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Écrit par

  • : professeur émérite des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

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