GRAAL THÉÂTRE (F. Delay et J. Roubaud)
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Commencé à la fin des années 1970 par les écrivains français Florence Delay et Jacques Roubaud, Graal Théâtre (Gallimard, 2005) se termine ainsi : « Ici, en écrivant que Blaise a écrit le mot fin, aujourd'hui 19 mars de l'an 2004, nous Florence Delay et Jacques Roubaud, scribes de langue française, achevons notre livre Graal Théâtre. Il contient tout ce qu'il doit contenir et nul après nous ne pourra y ajouter ou retrancher sans mentir. » Blaise de Northombrelande, à qui Merlin aurait dicté la « matière de Bretagne », qui nourrit aussi bien l'œuvre de Chrétien de Troyes que le cycle du Lancelot-Graal, chef-d'œuvre du roman en prose du xiiie siècle, est bien évidemment le prête-nom de ces deux écrivains qui se lançaient près de trente ans plus tôt dans cette vaste entreprise. Six des dix pièces qui composent le cycle avaient déjà paru en 1977 et en 1981. Le présent volume réunit l'ensemble revu et terminé avec les quatre dernières pièces.
Du cycle arthurien au théâtre
Le départ de ce projet fut la « passion de Florence [Delay] pour le théâtre », explique Jacques Roubaud, rappelant qu'elle fut l'assistante de Jean Vilar, puis de Georges Wilson au Théâtre national populaire (TNP) et à Avignon. Il trouve aussi son origine dans cet événement théâtral que fut, en 1970, le Roland furieux de l'Arioste monté dans les Halles de Baltard par Luca Ronconi. À la même époque, Jacques Roubaud, après s'être consacré à la lecture des troubadours, passe à celle de Chrétien de Troyes et au Lancelot en prose. Il y découvre que « le roman est la manifestation romanesque du trobar », la poésie des troubadours. Il adapte cet axiome de Pauphilet pour qui le « le graal est la manifestation romanesque de Dieu ». De là est née l'idée d'un cycle théâtral reposant sur la reprise d'un imaginaire médiéval ayant échappé au classicisme, le tout écrit « modernement ».
Avec deux écrivains comme Jacques Roubaud et Florence Delay, les principes d'écriture ont été longuement médités. L'oralité d'abord, qui est la finalité même de ces textes, a été éprouvée, polie avant passage à l'écrit. Quant au matériau, ses sources multiples se trouvent dans les différentes versions du roman arthurien, en français, anglais, espagnol, italien, portugais, gallois, allemand, etc. Comme le conteur médiéval, Florence Delay et Jacques Roubaud ont reçu leur histoire d'ailleurs.
La réussite de l'œuvre tient également à ce qu'elle s'intègre de manière forte dans l'univers littéraire de ces auteurs. D'abord Florence Delay, dont la maîtrise de l'écriture théâtrale et de la dramaturgie éclate à nouveau ici, tandis que Jacques Roubaud a été chargé « du rassemblement des matériaux et de l'articulation de l'ensemble des dix pièces ainsi que de chacune d'elles, selon le principe du nō, en trois moments : jo (prélude), ha (développement), kyu (résolution) ». Jacques Roubaud s'est souvent exprimé sur ses modes d'intervention, notamment dans LeGrand Incendie de Londres (1989), où la figure de Lancelot et la composition du livre en branches font signe vers Graal Théâtre. « Mon investissement personnel dans Graal Théâtre est lié à la constitution de mon Projet dans les années 1970, et principalement du roman que j'envisageais d'écrire, Le Grand Incendie de Londres. Il s'agissait pour moi de définir un dispositif expérimental pour l'écriture romanesque en prose », ainsi que l’explique l’écrivain.
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Écrit par
- Jean-Didier WAGNEUR
: critique littéraire à la
N.R.F. et àLibération
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