GRAMMAIRE
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Norme et grammaire
La grammaire recherche l'adéquation empirique. Dès lors, il faut que la division qu'elle opère en fonction de son différentiel ait un corrélat objectif et observable. Autrement dit, il lui faut un solide de référence. La question se pose : d'où lui viendra le solide de référence ? Il ne peut venir que des pratiques langagières effectives. Mais ces pratiques elles-mêmes ne peuvent être analysées que par la grammaire. En sorte que le cercle paraît inévitable. À moins que la différenciation que suppose la grammaire ne soit opérée, indépendamment d'elle, par la communauté parlante. Il semble qu'il en soit ainsi. Sans doute, on ne peut nier que certaines différenciations ne soient des artefacts venus de la grammaire apprise – l'influence de l'instruction et de l'école sur les langues est certaine –, en sorte qu'on retrouve la circularité ; mais ce n'est pas vrai de toutes les différenciations : certaines sont spontanément reconnues par un grand nombre de sujets parlants. Mais, justement parce qu'elles sont spontanées, elles sont saisies par des sujets qui ne raisonnent pas en observateurs désintéressés ; du même coup, elles se trouvent investies de significations étrangères à la langue, le plus souvent de significations sociales. D'où le caractère très « socialisé » de la terminologie grammaticale courante : correction, contraintes, interdictions, fautes, etc.
Jugement grammatical et jugement de valeur
De la même manière, il apparaît que le jugement grammatical a la forme d'un jugement de valeur. Cela est lié au fait que l'impossible de langue n'est nullement un impossible matériel : une phrase reconnue comme tératologique par tous les locuteurs d'une langue donnée peut toujours, malgré cela, être produite, ne serait-ce que par jeu. Parallèlement, les sujets parlants peuvent produire toute espèce de forme, y compris des formes dites fautives, sans courir aucun risque physique ; la seule sanction consiste dans l'attribution d'une appréciation négative à telle ou telle production. Là encore, il faut un solide de référence : celui-ci prend la forme d'une norme. Or, la norme de langue se confond souvent avec une norme sociale. Qui plus est, les sujets parlants, pour parvenir à donner un contenu de représentation à la valeur purement grammaticale d'une donnée, ont volontiers recours à d'autres valeurs : morales, esthétiques, etc. D'où le vocabulaire de la faute qui revient souvent dans la terminologie grammaticale. De façon générale, l'activité grammaticale est confrontée à la superposition constante entre ses principes et ses données propres et des principes et des données, souvent homonymes, qu'elle rencontre, hors de la langue et hors de la grammaire, dans l'opinion courante des sujets parlants, c'est-à-dire dans la société. Mais ce n'est là, soulignons-le, qu'une homonymie. Il est vrai que, dans les faits, on peut souvent et peut-être toujours mettre en correspondance le différentiel, interne à la langue, dont la grammaire a besoin par principe, et les différenciations sociales, externes à la langue. De là conclut-on souvent que la grammaire n'est rien d'autre qu'une expression de la hiérarchie sociale, que son différentiel n'est rien d'autre qu'un effet artificiel de cette hiérarchie. La déduction est aisée, mais n'est pas logiquement prouvée : de ce que deux systèmes de différenciation se correspondent, de ce qu'un système de différenciation puisse même passer pour une expression de l'autre ne suit pas qu'il soit l'effet de l'autre. L'activité grammaticale, comme toute autre, est socialisée ; cela ne prouve pas qu'elle n'ait pas des principes et des données spécifiques et indépendants.
Système de la norme
Les diverses grammaires traiteront de manière variable ces homonymies. Au niveau des principes, elles pourront accepter ou ne pas accepter que la norme grammaticale soit une norme sociale ; elles pourront utiliser ou ne pas utiliser le vocabulaire de la faute, le style prescriptif de la règle, etc. Au niveau des données, elles pourront proposer des réponses différentes aux questions suivantes :
– Quelle est la réalisation du solide de référence ? La tradition grammaticale française, à la suite du reste de certains modèles latins (notamment Cicéron), attribue à cette réalisation des caractères matériels précis : la ville plutôt que la campagne, la capitale plutôt que les villes secondaires, les classes oisives plutôt que les classes laborieuses, les classes socialement élevées plutôt que les classes inférieures, les groupes restreints plutôt que les groupes nombreux. Certains de ces choix paraissent avoir partie liée avec le caractère politique du régime dominant dans la société parlant le français : un État centralisé (monarchie absolue ou république), où les villes dominent les campagnes, où la capitale domine les autres villes, où il existe une classe de loisir quantitativement minoritaire, mais qualitativement prestigieuse.
On notera que, dans d'autres formations culturelles, on trouvera d'autres dispositifs. Ainsi, en Italie, on trouve la même prééminence des villes sur les campagnes, on trouve la même prééminence de la classe de loisir sur les classes laborieuses ; mais, par ailleurs, il n'est pas vrai qu'une ville l'emporte sur les autres et la classe de loisir se trouve représentée, avec un égal prestige, dans plusieurs centres. L'activité grammaticale y prend dès lors un tout autre caractère, plus « régional » qu'en France, étant admis cependant que les régions pertinentes se confondent avec des villes.
– Quelle est la meilleure source d'information, concernant la différenciation ? Suffit-il d'enregistrer ce qui se dit effectivement dans la vie quotidienne (thème de l'usage) ? Ou faut-il préférer les sources littéraires (à supposer qu'elles existent) ? Dans l'un et l'autre cas, toutes les sources se valent-elles ? La tradition grammaticale française suppose ici un accord fondamental entre deux sources d'information. D'une part, les membres de la classe de loisir, éventuellement ignorants, mais porteurs d'une connaissance spontanée de la norme (ce qu'on peut appeler un « sens de la langue ») : l'illustration la plus explicite de cette référence se trouve chez Vaugelas. Mais aussi, d'autre part, les meilleurs écrivains, lesquels généralement n'appartiennent pas à la classe de loisir : ici encore Vaugelas donne une bonne illustration, puisqu'il confirme les décisions des « honnêtes gens » par celles des meilleurs auteurs. La supposition est qu'un accord harmonieux subsiste entre ces deux sources, en sorte que, spontanément, les membres de la classe de loisir parlent comme écrivent les meilleurs écrivains et que les meilleurs écrivains écrivent comme on parle dans la classe de loisir. Cette supposition demeure toujours vivante aujourd'hui, compte tenu du fait que tel ou tel sujet peut choisir de reconnaître la classe de loisir dans des couches sociales dites marginales : non plus seulement la bonne société des salons, mais tout autant les bandes de jeunes ou la pègre. À cet égard, bien des écrivains réputés populaires ne font, en réalité, que s'inscrire, en la transposant, dans la tradition grammaticale française. Celle-ci, sur ce point encore, se distingue d'autres traditions. Ainsi, il ne semble pas que dans le domaine allemand la norme de la classe de loisir tende aussi fortement à coïncider avec la norme des grands auteurs. De plus, la norme des grands auteurs est elle-même divisée : l'influence de la traduction de la Bible par Luther n'a marqué, bien évidemment, que l'Allemagne protestante ; l'Allemagne catholique (c'est-à-dire également l'Autriche) a d'autres modèles et cela fait deux langues littéraires bien distinctes.
– La norme choisie doit-elle être restrictive ou non ? Est-ce que l'on va multiplier les jugements d'incorrection ou, au contraire, les réduire en nombre et en diversité, en sorte que, à la limite, ne subsisteront plus que des incorrections massives ?
Le choix d'une norme restrictive, dans sa forme extrême, constitue ce qu'on appelle le purisme ; seront réputées incorrectes toutes les données qui ne tomberont pas dans un ensemble constitué par l'accord de quelques écrivains et de quelques usages, appartenant souvent à un passé révolu, sinon lointain. La grammaire puriste existe dans toutes les traditions où existe l'activité grammaticale. Elle existe notamment dans la tradition française. On notera cependant qu'elle n'y est nullement dominante dans les faits. Elle est surtout représentée par ce qu'on peut appeler les amateurs éclairés (ce sont souvent des écrivains : Abel Hermant, André Thérive...) plutôt que par les spécialistes de grammaire.
– La différenciation est-elle absolue ou relative ? Une donnée de langue est-elle correcte ou incorrecte selon une échelle à deux valeurs ou faut-il supposer plusieurs degrés ?
– Quel statut accorder aux données réputées incorrectes ? Traditionnellement, l'activité grammaticale se borne à tracer le partage, sans caractériser de manière positive les données exclues. On peut imaginer cependant que certaines données réputées incorrectes relativement à un certain solide de référence possèdent en elles-mêmes leur propre système ; dans ce cas, elles sont susceptibles de recevoir leur propre grammaire, il suffit de changer le solide de référence. C'est le thème de la « grammaire des fautes », selon quoi les données jugées fautives par la grammaire usuelle sont en réalité conformes à un autre type de grammaire, qu'il s'agit seulement de reconstruire. Dans ce cas, il faut admettre qu'au sein de la même communauté coexistent plusieurs systèmes de norme, dont chacun opère un partage différentiel spécifique. Ce point de vue n'est pas répandu dans la tradition grammaticale, où un seul différentiel et une seule norme sont reconnus à la fois. Il est devenu classique cependant chez les linguistes.
Grammaire normative et grammaire descriptive
Les discussions accordent une grande importance à la différence entre grammaire normative et grammaire descriptive. On soutient souvent qu'une différence de nature sépare les deux points de vue : le premier consisterait à prescrire des règles, sans avoir égard à ce qui est effectivement attesté par l'usage le plus répandu ; le second au contraire s'attacherait à décrire ce qui se dit, sans se laisser détourner par des notions telles que la faute, la violation, etc. On affirme aussi que le point de vue normatif a régné longtemps et n'a été remplacé par un point de vue descriptif que récemment. En particulier, le rôle de la linguistique scientifique aurait été de démonter l'inanité du point de vue normatif. Il y a des éléments exacts dans cette présentation ; elle demeure néanmoins superficielle. Ce qu'on appelle la grammaire normative n'est pas moins lié à l'usage que la grammaire dite descriptive ; elle a seulement pour particularité de choisir, parmi les usages possibles, un usage entre tous, généralement ancien et littéraire.
Ce qu'on appelle la grammaire descriptive n'est pas moins liée à un différentiel (et donc à une norme) que la grammaire normative ; comme cette dernière, elle introduit entre les données de langue une inégalité. En ce sens, si l'on convient de tenir pour une norme tout différentiel, toute grammaire est normative. Simplement, elle n'appellera pas nécessairement cette norme correct/incorrect, mais elle emploiera des termes plus neutres. Le plus souvent, également, elle admettra des sources d'information plus étendues et plus modernes : les auteurs cités seront plus récents et plus nombreux. Enfin, la norme choisie sera moins restrictive. En bref, les divers types de grammaires peuvent être séparés par des différences réelles. Mais celles-ci ne mettent pas en cause la supposition d'un différentiel, incarné dans un solide de référence.
Grammaire et linguistique
La grammaire a très tôt affronté la question de son statut de science. En effet, même quand elle entend se borner à des fins essentiellement pratiques, elle souhaite présenter des règles claires et efficaces ; c'est ce qu'elle appelle traditionnellement la doctrine. Pour ce faire, il lui est toujours apparu qu'elle avait intérêt à se présenter comme une théorie, la plus rigoureuse et la plus exhaustive qui soit. C'est pourquoi il n'y a pas de séparation de nature, dans la tradition grammaticale, entre la grammaire pratique et la grammaire théorique : chacune éclaire et appuie l'autre, même s'il est vrai que les ouvrages qui illustrent l'une ou l'autre peuvent être très différents de style et de présentation. Aussi la tradition grammaticale a-t-elle toujours dû se référer à un modèle théorique. Or ce modèle pouvait être de deux types : d'une part, la grammaire peut se penser comme une discipline essentiellement empirique, comparable par exemple à la botanique ; son but consiste alors à proposer des classifications aussi complètes et précises que possible ; dans la tradition française, ce point de vue a été illustré par Vaugelas et continue d'être illustré par des ouvrages nombreux et très usuels ; d'autre part, la grammaire peut se penser comme une science déductive, comparable à la logique, et notamment à la logique aristotélicienne ; dans la tradition française, ce point de vue a été illustré par Port-Royal et le mouvement de la Grammaire générale qui en est issu. Cette dichotomie ne recouvre pas du tout la dichotomie entre le descriptif et le normatif : ainsi la tradition issue de Port-Royal pouvait à la fois combiner un point de vue normatif restrictif et une présentation déductive des règles. Cette combinaison constitue même une caractéristique remarquable du projet de la Grammaire générale au xviiie siècle, lequel a dominé la pratique de l'enseignement français jusqu'à la fin du xixe siècle. Dans tous les cas, à la pratique, essentiellement enseignante, la grammaire associe la théorie, présentée idéalement comme une science grammaticale (qu'elle soit de type botanique ou de type déductif). D'un point de vue historique, cette disposition a été affectée par la constitution de la linguistique : à partir du moment où la linguistique s'est présentée comme la science du langage et des langues, la grammaire ne pouvait plus revendiquer ce titre et ne pouvait subsister que sous la forme d'une technique ; dans le meilleur des cas, une application des propositions scientifiques établies par la linguistique. En toute hypothèse, grammaire et linguistique désignent alors des discours entièrement séparés, relevant de principes et de méthodes hétérogènes. Cette position a été largement développée à la fin du xixe siècle et demeurait encore régnante, dans les années soixante, au moment où la linguistique revêtait essentiellement la forme structuraliste.
Seule la linguistique structurale pouvait alors se présenter comme une science ; quant au terme grammaire, il désignait un discours à la fois trop marqué par les nécessités matérielles de l'enseignement (lesquelles entraînent notamment le style prescriptif, incompatible avec la neutralité d'une science d'observation) et encombré de préjugés issus de modèles théoriques dépassés (notamment, la logique aristotélicienne ou pseudo-aristotélicienne). Dès lors, il n'avait plus qu'à disparaître. Le fait qu'une activité grammaticale autonome subsistait malgré tout ne pouvait être attribué qu'au conservatisme des sujets parlants et à des lourdeurs institutionnelles. Cette doctrine a été contredite par les faits : d'une part, l'activité grammaticale autonome a continué (et elle continue encore) ; d'autre part et surtout, il est apparu que, par rapport à cette activité autonome, la linguistique structurale était loin de se révéler toujours supérieure, notamment en syntaxe où les constructions théoriques ont été incapables de saisir, sans perte d'information, la masse de propositions empiriques construite par les grammaires autonomes ; même d'un point de vue théorique, certaines notions appartenant aux grammaires autonomes se sont montrées plus adéquates, quoique informelles et imprécises, que les concepts, plus rigoureux, de la linguistique structurale.
L'intervention de la grammaire générative a profondément modifié cet état de choses. Celle-ci peut, en effet, s'interpréter dans son ensemble comme une réévaluation de l'activité grammaticale autonome : a) d'un point de vue empirique, elle soutient que les grammaires autonomes – dénommées « grammaires traditionnelles » – l'emportent sur les présentations structuralistes ; b) d'un point de vue terminologique, elle s'autorise à recourir à nouveau au terme grammaire : la linguistique et la grammaire ne désignent plus des disciplines séparées, la seconde étant tout au plus l'application pratique de la première, mais la linguistique est supposée, par définition, produire des grammaires (universelles ou particulières) ; c) d'un point de vue théorique, le programme génératif tient qu'une analogie profonde relie la grammaire, au sens traditionnel, qui décrit les propriétés d'une langue naturelle, et la grammaire d'un système formel – la seconde fonctionne à l'égard de ses productions, comme la première fonctionne à l'égard de sa langue-objet et, dès que la première est formalisée avec la rigueur mathématique nécessaire, elle devient une grammaire formelle parmi d'autres. De cette manière, la linguistique acquiert un statut épistémologique précis : son objet consistant à décrire et à expliquer les propriétés formelles caractéristiques des grammaires des langues naturelles, elle devient une science empirique mathématisée – au même titre que la physique, par exemple. À cette définition, la notion de grammaire est, comme on voit, essentielle.
Or, ce qui apparaît dans cette entreprise, c'est que, pour parvenir à la rigueur formelle, la linguistique n'a pas à inventer de nouvelles procédures de traitement empirique des données : là serait l'erreur de la linguistique structurale. Il convient seulement de rendre rigoureuses et d'expliciter les procédures qui étaient mises en œuvre de manière informelle et implicite par l'activité grammaticale autonome. Une telle relation entre la linguistique et la grammaire pourrait paraître un artifice né de la manière particulière dont le programme génératif a été construit. En fait, l'hypothèse de fond est plus importante. Si l'on se souvient que l'activité grammaticale est fort ancienne, il est remarquable que, tout bien pesé, elle ait été couronnée de succès ; à l'aide des hypothèses résumées à l'instant, on est parvenu à décrire les langues naturelles, à émettre des propositions raisonnables sur leur fonctionnement, à construire des systèmes d'écriture, à les améliorer, à traduire les langues entre elles, etc. Et cela très tôt ; les hommes ont su traiter les langues et les manier de façon réglée, alors que leur maîtrise des processus naturels demeurait extrêmement limitée. Il faut donc que les hypothèses formées par la généralité des grammaires rencontrent des propriétés objectives des langues naturelles.
Dans la plupart des cas, cependant, ces hypothèses sont demeurées implicites. Il convient de souligner le contraste : l'activité grammaticale, en tant qu'activité pragmati que, est ancienne et très tôt efficace ; la théorisation satisfaisante de cette activité est récente. En fait, on pourrait considérer que la linguistique moderne a eu pour l'une de ses tâches la détermination des propriétés des langues naturelles qui expliquent les succès pratiques considérables de l'activité grammaticale. Ainsi est-il remarquable que, dans les grammaires, les catégories soient en même temps des parties constitutives et que, par conséquent, le jugement grammatical soit aussi une analyse (résolution d'un tout en ses éléments) ; cela ne peut s'expliquer que par une propriété remarquable des langues naturelles : c'est ce qu'on a pu appeler leur caractère articulé. Réciproquement, ce qu'on entend quand on dit que le langage est articulé, c'est seulement cette double nature des parties du discours. De même, la contradiction apparente entre le caractère fini des parties du discours ou des types de phrase et le fait que les données concrètes sont potentiellement ou actuellement infinies n'a pas, pendant longtemps, reçu de traitement théorique satisfaisant : ce n'est qu'en raisonnant en termes de récursivité qu'on a pu donner un commencement de statut formel à cette propriété, pourtant supposée implicitement par la notion même de grammaire, si informelle qu'elle puisse être. Le fait que toute grammaire raisonne sur des exemples, c'est-à-dire se donne le droit d'émettre des jugements – qu'il s'agisse de l'attribution d'une catégorie à un segment de langue donné ou qu'il s'agisse de l'attribution du prédicat différentiel (correct/incorrect) – sur une donnée disjointe de toute circonstance réelle d'énonciation, cela n'a été véritablement problématisé qu'avec la distinction langue/parole, compétence/performance, etc. Réciproquement, ces distinctions, souvent mal comprises et parfois mal expliquées, n'ont pour fonction que de donner un fondement objectif à l'existence, pourtant fort ancienne, du raisonnement en termes d'exemples. De façon générale, cette relation entre linguistique et grammaire se vérifie dans toutes les théories linguistiques importantes. Peut-être la grammaire générative a-t-elle été la première à l'expliciter ; mais il n'est nullement nécessaire d'adhérer à son programme caractéristique pour reconnaître signification et importance aux questions suivantes : l'activité grammaticale étant un fait constatable, est-elle un artifice né, par exemple, des besoins d'un ordre social, éventuellement oppressif, ou peut-elle être mise en corrélation avec des propriétés objectives des langues naturelles ? Dans cette seconde hypothèse : que faut-il que soient les langues naturelles pour que l'activité grammaticale y soit, comme on constate, possible ?
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Écrit par
- Jean-Claude MILNER : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-VII (département de recherches linguistiques)
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