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GROUPES (mathématiques) Groupes classiques et géométrie

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Le groupe orthogonal

On suppose donné sur E un produit scalaire : c'est une application bilinéaire :

de E × E dans R, qui est en outre supposée symétrique, c'est-à-dire que :
et positive non dégénérée, c'est-à-dire que :
pour x ≠ 0 dans E. La donnée d'une telle application définit dans E une notion d' orthogonalité : x, y dans E sont dits orthogonaux si l'on a (x|y) = 0 (relation symétrique en x et y). On dit que deux sous-espaces vectoriels V, W de E sont orthogonaux si tout vecteur de V est orthogonal à tout vecteur de W ; pour un sous-espace vectoriel V donné, l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les vecteurs de V est le plus grand sous-espace vectoriel orthogonal à V ; on l'appelle l'orthogonal de V et on le note V. On a les relations :

L'exemple classique de produit scalaire dans Rn est :

inversement, pour tout produit scalaire (x|y) sur E, il existe une base dite orthonormale (ej) de E telle que :

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Un espace vectoriel E muni d'un produit scalaire est ce qu'on appelle un espace euclidien ; sur un même espace vectoriel E, il y a une infinité de produits scalaires non proportionnels, donnant une infinité de structures d'espace euclidien pour lesquelles les notions d'orthogonalité sont distinctes ; toutefois tous ces espaces sont isomorphes, en vertu de l'existence des bases orthonormales. On suppose dans ce qui suit que le produit scalaire est fixé, et on pose ∥x∥ =(x|x)1/2 (longueur du vecteur x).

On appelle similitude de E une transformation linéaire u GL(E) telle que :

quels que soient x, y dans E, où μ = μ(u) est une constante ≠ 0 dite multiplicateur de u ; on a nécessairement μ > 0 comme on le voit en faisant y = x ≠ 0. Si U est la matrice de u rapporté à une base orthonormale, il revient au même de dire que :

Les similitudes forment un sous-groupe GO(E) ⊂ GL(E), et u ↦ μ(u) est un homomorphisme de ce groupe sur le groupe multiplicatif R *+ des nombres réels > 0 ; son noyau O(E) est appelé le groupe orthogonal de E (pour le produit scalaire considéré) ; c'est donc le sous-groupe de GL(E) formé des u tels que :

on peut montrer que c'est aussi le groupe de toutes les applications – non supposées linéaires a priori – telles que u(0) = 0, ∥ u(x) ∥ = ∥ x ∥ pour tout x ∈ E.

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Toute homothétie hλ est une similitude de multiplicateur λ2 ; toute similitude de multiplicateur μ s'écrit d'une seule manière hλ ( v, où λ = √μ et v ∈ O(E) ; GO(E) est produit direct du groupe O(E) et du groupe multiplicatif Z+(E) des homothéties de rapport > 0, isomorphe à R *+.

Pour une transformation orthogonale de matrice U, on a, d'après la formule (1), (det U)2 = 1 ; le sous-groupe O+(E), ou SO(E), des transformations orthogonales de déterminant l (aussi appelées rotations) est d'indice 2 dans O(E). Les similitudes appartenant au sous-groupe :

sont dites directes, les autres inverses.

Lorsque E = Rn, on suppose toujours que Rn est muni du produit scalaire classique, et on écrit O(n, R) [resp. O+(n, R) ou SO(n, R)] au lieu de O(Rn) [resp. O+(Rn)] et on l'identifie avec le groupe des matrices orthogonales (i.e. telles que tU = U-1). Si E est de dimension n, le groupe O(E) est isomorphe à O(n, R).

Générateurs du groupe orthogonal

Les involutionsu de GL(E) qui appartiennent à O(E) sont celles pour lesquelles les sous-espèces propres V+ et V- (cf. Générateurs, in chap. 1) sont orthogonaux : on dit encore qu'une telle involution est une symétrie orthogonale par rapport à V+. Lorsque V+ est un hyperplan H, on dit encore réflexion orthogonale de droite V- = H. Si dim E = n, toute transformation orthogonale est produit de n réflexions orthogonales au plus. Lorsque V+ est de dimension n − 2, on dit que l'involution est un renversement d'axe V- ; pour n ≥ 3, toute rotation est produit de n renversements au plus. Tout renversement est un commutateur de O+(E) si n ≥ 3 : en effet, soit (e1, e2) une base orthonormale de V-, et posons V+ = Re3 ⊕ W, où W est orthogonal à e3  ; on peut écrire u = v1v2, où v1 (resp. v2) est le renversement d'axe Re1 ⊕ Re3 (resp. Re2 ⊕ Re3) ; comme v2 est conjugué de v1 dans O+ (E) [cf. infra, Propriétés de transitivité et de conjugaison]et comme v1 = v-11, on a u = v-11sv1s-1 pour un s ∈ O+(E). On en conclut que O+(E) est son propre groupe des commutateurs et le groupe des commutateurs de O(E).

Le centre Z0 de O(E) est formé de l'identité et de la symétrie x ↦ − x. Si n est pair, Z0 est aussi le centre de O+(E) ; sinon, le centre de O+(E) est réduit à l'identité et O(E) est le produit direct Z0 × O+(E).

Propriétés de transitivité et de conjugaison

Pour que deux sous-espaces vectoriels V1, V2 de E soient transformés l'un de l'autre par une transformation orthogonale, il faut et il suffit qu'ils aient même dimension ; il existe alors une rotation u telle que V2 = u(V1). Les symétries orthogonales par rapport à V1 et V2 sont alors conjuguées.

Le groupe O(2, R) et les angles

Pour une matrice U d'ordre 2, le calcul montre que la relation (1) équivaut à dire que U peut prendre l'une des deux formes :

avec α2 + β2 ≠ 0.

Les matrices U1 (resp. U2) sont celles des similitudes directes (resp. inverses). On déduit de ces formules que le groupe GO+(R2) des similitudes directes est commutatif, donc aussi le groupe O+(R2) des rotations ; GO+(R2) opère de façon simplement transitive dans R2 − {0}. On voit aussi que :

est un sous-corps commutatif de l'anneau M2(R) ; il s'identifie au corps C des nombres complexes en identifiant la matrice :
au nombre complexe α + βi, image du vecteur de base e1 par la similitude correspondante. Le groupe O+(R2) est alors identifié ainsi au groupe multiplicatif U des nombres complexes de module 1.

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On appelle groupe des angles un groupe u isomorphe à O+(R2) (donc à U) mais noté additivement ; il n'y a, par suite, pas de distinction essentielle à faire entre les notations d'angle et les notations de rotation plane, bien qu'il soit commode de parler de la « rotation d'angle θ » et de la noter :

Puisque, par définition, r est un isomorphisme de u sur O+(2, R), on a :

Par définition, les éléments α et β dans la matrice :

se notent cos θ et sin θ et s'appellent le cosinus et le sinus de l'angle θ ∈ u. Les formules précédentes sur r se traduisent en les formules dites «   trigonométriques » :
qui ne font donc que transcrire des propriétés du groupe O+(2, R).

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Pour deux vecteurs x et y de R2 de même longueur ∥x∥ = ∥y∥ ≠ 0, il existe une rotation u et une seule telle que u(x) = y ; l'angle θ de cette rotation est appelé l'angle de y avec x et noté (x, y). Si les deux vecteurs sont unitaires, on a cos θ = (x | y).

Si x, y, z sont trois vecteurs de même longueur dans R2, on a :

Le groupe des angles u contient des éléments d'ordre fini : par exemple, l'angle droit δ qui correspond au nombre complexe i ∈ U ou à la matrice :

on a 4 δ = 0 (un angle de « quatre droits » est l'angle nul). Il n'est donc pas possible de définir sur u une relation d'ordre pour laquelle les relations θ > 0, θ′ > 0 entraîneraient θ + θ′ > 0, et il est absurde de parler d'un angle « plus petit qu'un autre ». Il est tout aussi absurde de considérer un angle comme une « grandeur mesurable », puisqu'on sait que, pour de telles grandeurs, il y a une relation d'ordre du type précédent. Par contre, une propriété fondamentale du groupe U est l'existence d'un homomorphisme continu ϕ, noté :
du groupe additif R sur U, qui est automatiquement dérivable et est le seul homomorphisme continu tel que ϕ′(0) = i. Il est périodique et sa plus petite période positive est 2 π (ce qui définit le nombre π). Le cosinus et le sinus d'un nombre réel t se définissent alors par :
l'angle ρ tel que r(ρ) = ei est appelé radian et, si, pour un angle θ, on a r(θ) = eit, on dit (improprement) que t est une « mesure en radians » de θ (il y en a une infinité différant de multiples entiers de 2π). On a vu plus haut (Générateurs du groupe orthogonal) que toute rotation r(θ) est produit de deux symétries orthogonales s1, s2 autour de deux droites D1, D2 ; si x1 ∈ D1 et x2 ∈ D2 ont la même longueur et si (x1, x2) = ω, on a θ = 2ω. Notons enfin que O+(2, R) est le groupe des commutateurs de O(2, R).

Structure des transformations orthogonales

Pour toute transformation orthogonale u ∈ O(E), il y a une décomposition de E en sous-espaces deux à deux orthogonaux V, W, P1, P2..., Pr stables par u et tels que :

a) la restriction de u à V est l'identité ;

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b) la restriction de u à W est la symétrie x ↦ − x ;

c) chacun des Pj est un plan (espace de dimension 2) et la restriction uj de u à Pj est une rotation distincte de l'identité et de x ↦ − x.

Si Ψj est une isométrie de P sur R2, il existe un angle θj distinct de 0 et de 2δ tel que uj = Ψj-1rjj, et θj est déterminé « au signe près » indépendamment du choix de Ψj ; les valeurs propres de u sont 1 (de multiplicité dim V), − 1 (de multiplicité dim W) et les e±iθj (ces dernières peuvent être multiples si θj = ± θk pour j ≠ k).

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On a det (u) = (− 1)dim W ; par suite, si u ∈ O+(E) et si dim E est impair (resp. u ∉ O+(E) et dim E pair), W est nécessairement de dimension paire (resp. impaire) ; donc V ne peut être réduit à 0, en d'autres termes il existe au moins un vecteur x ≠ 0 invariant par u.

Simplicité du groupe O+(3, R)

Montrons que tout sous-groupe distingué N de O+(3, R) non réduit à l'identité est nécessairement égal à O+(3, R). Supposons donc qu'il existe u ≠ 1E dans N, de sorte que (cf. supra, Structure des transformations orthogonales) il existe une droite D dont tous les points sont invariants par u, et la restriction de u au plan P = D est une rotation d'angle θ ≠ 0 (déterminé « au signe près »). Distinguons trois cas :

a) Cos θ = − 1 ou θ = 2δ, autrement dit u est un renversement ; mais, comme N est distingué, il contient tous les renversements (cf. supra, Propriétés de transitivité et de conjugaison, in chap. 2), et donc il est égal à O+(3, R) (cf. supra, Générateurs du groupe orthogonal).

Simplicité du groupe O+ - crédits : Encyclopædia Universalis France

Simplicité du groupe O+

b) Cos θ < 0. Soit e3 un vecteur de longueur 1 dans D, e1 un vecteur de longueur 1 dans P et e2 = u(e1) ∈ P ; on a (e1 | e2) = Cos θ < 0. Considérons un vecteur x = λe3 + e1 ; on a u(x) = λe3 + e2, donc (x | u(x)) = λ2 + Cos θ, et, en prenant λ = (− Cos θ)1/2, on obtient un vecteur tel que (x | u(x)) = 0. Soit alors v le renversement d'axe Rx ; uvu-1 est le renversement d'axe Ru(x). Comme N est distingué,

et c'est le renversement d'axe orthogonal au plan Rx ⊕ Ru(x). On est ainsi ramené au cas a.

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c) 0 < Cos θ < 1. On voit aisément qu'il existe un entier n > 0 tel que Cos nθ < 0 ; comme un ∈ N, il suffit d'appliquer le cas b à un et la démonstration est achevée.

Les groupes O+(n, R) pour n ≥ 4

En utilisant la simplicité du groupe O+(3, R), on peut, par un raisonnement tout aussi élémentaire mais assez long, prouver que :

est simple pour n ≥ 5 ; cela entraîne que, si n ≥ 5 est pair, il ne peut y avoir de sous-groupe Γ de O+(n, R) tel que O+(n, R) soit produit semi-direct de Z0 et de Γ, car Γ serait d'indice 2, donc distingué. Par contre, le groupe O+(4, R) a une structure tout à fait exceptionnelle, liée à l'existence du corps des quaternions H (cf. anneaux et algèbres, chap. 2). Identifiant H et R4 on montre en effet que toute rotation de R4 peut s'écrire x ↦ sxt, où s et t sont deux quaternions tels que N(s)N(t ) = 1 ; en outre, si sxt = sxt′ pour tout x ∈ H, on a nécessairement s′ = λs, t′ = λ-1t pour un λ ∈ R. On en déduit que le groupe O+(4, R)/Z0 est isomorphe au produit de deux groupes simples isomorphes à O+(3, R) ; mais Z0 n'est pas facteur direct dans O+(4, R).

Spineurs

L'algèbre des quaternions sur R se généralise de la façon suivante. Pour tout entier n ≥ 2, il existe une algèbre Cn sur R, de dimension 2n, dite algèbre de Clifford d'indice n, qui est engendrée, en tant qu'algèbre, par l'élément unité 1 et n éléments ej (1 ≤ j ≤ n) identifiés à la base canonique de Rn, et qui sont assujettis à vérifier les conditions suivantes :

On montre que les 2n produits :

(où 0 ≤ p  n, i1 < i2 < ... < ip) forment une base sur R de l'espace vectoriel Cn. Ceux de ces éléments pour lesquels p est pair forment une sous-algèbre C+nde Cn, de rang 2n-1 sur R. Pour deux vecteurs a et x de Rn ⊂ Cn, on a ax + xa = − (x | a) dans Cn, donc − 2(a | a) = a2 et finalement, si a ≠ 0,
ce qui prouve que l'application x ↦ − axa-1 de Rn dans lui-même n'est autre que la réflexion orthogonale sa de droite Ra (cf. supra, Générateurs du groupe orthogonal).

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Le groupe multiplicatif engendré dans C+n par les produits ab, où a et b varient dans Rn − {0} et sont de longueur 1, est noté Spin(n) ; on montre qu'il existe un homomorphisme surjectif et un seul σ : Spin(n) → O+(n, R) tel que σab = sasb ; le noyau de cet homomorphisme est formé de l'identité et de − 1, mais Spin(n) n'est pas produit semi-direct de ce sous-groupe et d'un groupe isomorphe à O+(n, R). Lorsque l'on considère C+n comme un espace vectoriel sur lequel Spin(n) opère par multiplication à gauche, les éléments de C+n sont appelés spineurs (cf. groupes [mathématiques] – Groupes de Lie).

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  • BURNSIDE WILLIAM SNOW (1852-1927)

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    Mathématicien britannique, spécialiste de la théorie des groupes. Né le 2 juillet 1852 à Londres (Grande-Bretagne) d'un père écossais, William Snow Burnside fait ses études supérieures au Pembroke College de l'université de Cambridge, dont il est diplômé en 1875 et où il effectue ses recherches...

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