HOMÈRE
L'épopée grecque autour d'Homère
L'Iliade, en plusieurs occasions, renvoie aux chants qui conservent les « grandes actions des héros ». L'Odyssée dit clairement que la légende des Argonautes était déjà connue de tous. Des deux côtés, on voit attester une tradition épique. Il serait imprudent d'aller plus loin et de présenter comme établi un lien poétique continu entre le monde mycénien et Homère. On connaît des civilisations sans épopée. Les généalogies, les exploits des hommes et des dieux ont pu se conserver soit dans les grandes familles, soit dans les rares sanctuaires très anciens, sous des formes rythmées, sans constituer de vrais poèmes. En saura-t-on jamais davantage ? On s'est fondé aussi sur la complexité de la diction épique, en particulier sur le grand nombre des expressions formulaires, pour lui supposer de longs siècles de préparation. Vue gratuite, qui néglige la rapidité avec laquelle se propagent les procédés (comme on le constate aux âges historiques) et le fait que les chefs-d'œuvre d'un genre se manifestent dans sa jeunesse, non aux approches de la décadence.
Même réserve à garder sur les contacts des aèdes avec les vieux textes orientaux, Épopée de Gilgameshou poèmes protophéniciens de Ras Shamra. Les Grecs n'ont jamais eu le goût des langues et des littératures « barbares ». En revanche ils ont toujours été avides de belles histoires. Les traces assez nombreuses d'influences orientales (Égypte comprise) que l'on peut trouver dans L'Odyssée paraissent s'expliquer par l'intermédiaire de contes, bien plutôt que par une connaissance directe.
Il est sûr, au contraire, que les auteurs grecs ont conservé le souvenir, dans leur propre littérature, de poètes épiques autres qu'Homère et qu'ils les plaçaient après lui ; avec raison, quand on peut vérifier leurs dires. Par malheur, ils n'ont transmis de ces œuvres que de courts fragments, peu significatifs, accompagnés pour le cycle troyen d'un résumé très sec. Le plus frappant, c'est qu'aucun de ces poèmes ne passe pour avoir eu l'ampleur et la valeur des deux grandes épopées. Leur perte quasi totale, le fait qu'aucune cité, même quand il s'agissait de héros nationaux, ne s'est attachée à les perpétuer, donnent à penser qu'ils ont été écrasés de bonne heure par L'Iliade} et L'Odyssée.
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Écrit par
- Pierre CARLIER : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur d'histoire grecque à l'université de Paris-X-Nanterre
- Gabriel GERMAIN : professeur honoraire à la faculté des lettres et sciences humaines de Rennes
- Michel WORONOFF : professeur à la faculté des lettres, président honoraire de l'université de Franche-Comté
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