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KĀLIDĀSA (IVe-Ve s. env.)

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Une œuvre riche et variée

Une autre incertitude plane sur le nombre de ses œuvres. On s'accorde aujourd'hui à lui attribuer deux longs poèmes de caractère épique, les kāvya Raghuvaṃśa et Kumārasambhava, trois pièces de théâtre, Śakuntalā, Mālavikāgnimitra, Vikramorvaśī, une élégie, le Meghadūta. Si on admet avec assez d'assurance qu'il a composé une description des saisons, Ṛtusaṃhara, il y a plus de doute à l'égard d'autres courts poèmes, Śṛṅgāratilaka, Ghaṭakarpara, etc.

Le Meghadūta, « Nuage messager », constitue un court poème d'une centaine de stances ; il repose sur une fiction qui donnera naissance à un genre. Un yakṣa, être semi-divin serviteur de Kubera, dieu des richesses, a été exilé pour quelque faute. Seul, nostalgique, il demande à un nuage d'aller porter ses nouvelles et un message de courage et d'espoir à son épouse. Il lui évoque les contrées, les villes, les fleuves, les montagnes qu'il doit survoler, lui explique où se trouve sa demeure et lui peint combien sa femme doit être triste, inquiète à l'attendre.

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Le Kumārasaṃbhava, ou « Naissance de Kumāra », est une épopée en huit chants (neuf autres chants sont d'authenticité contestée) d'inspiration religieuse, qui raconte le mariage du dieu Śiva avec Pārvatī, fille de l'Himālaya, prélude à la naissance merveilleuse de leur enfant, le « jeune » dieu Kumāra. Mais, comme le veut le genre du kāvya, la description et l'épanchement lyrique prennent le pas sur la narration, jusqu'à l'étouffer. L'œuvre abonde en tableaux grandioses de l'Himālaya, du dieu ascète Śiva, de l'attaque dirigée par le dieu Amour. Elle reste cependant très humaine, sensible : la beauté de la déesse, l'ascèse qu'elle mène pour gagner la grâce du dieu, etc.

Le Raghuvaṃśa, ou « Lignée de Raghu », est aussi un kāvya qui réunit des légendes attachées à des rois de la dynastie mythique issue du Soleil. Le récit est toujours esquissé. L'important est l'amplification poétique d'une beauté de la nature, d'un acte noble, d'une qualité morale, d'un sentiment de bonheur ou pathétique. Dilīpa, sur les conseils de Vasiṣṭha, sage « à l'âme tranquille comme un bassin où les poissons sont endormis », obtient d'avoir un fils en protégeant la vache céleste Surabhi qui va paître dans la forêt. Cette course du roi auprès de la vache divine à robe rousse est un sujet de merveilles que le poète s'arrête à décrire sur tout un chant : « Un incendie s'éteignit sans qu'il plût ; il y eut une croissance singulière des fleurs et des fruits, le fort cessa d'opprimer le faible parmi les bêtes, lorsque ce protecteur s'enfonça dans la forêt... Purifiant les orients par leur course, à la fin du jour, pour regagner leur demeure, avançaient cuivrées d'une rousseur de bourgeon, la lumière du Soleil et la vache de l'anachorète... » Raghu conquiert tous les points cardinaux. Aja est choisi comme époux par la princesse Indumatī. Mais celle-ci meurt bientôt d'une guirlande tombée du ciel et qui la frappe à la poitrine. Aja pleure son épouse morte. La geste entière de Rāma est condensée. Tels sont les moments principaux de ce poème. Ils donnent lieu à des digressions lyriques, descriptions des saisons, récits de chasses, d'exploits guerriers, de jeux dans l'eau, de plaisirs amoureux, de fêtes, etc., qui seront des thèmes, des scènes poétiques toutes faites sans cesse imitées dans toute l'histoire du kāvya sanskrit.

Mālavikāgnimitra se présente comme une comédie de harem. Le héros, Agnimitra, serait le premier roi de la dynastie Śuṅga (iie s. av. J.-C.). Cependant l'intérêt ne réside pas dans quelques événements – peut-être historiques – auxquels il est fait allusion, mais dans une intrigue de cour dont le schéma sera repris et développé par toute la littérature ultérieure. La princesse Mālavikā, destinée au roi Agnimitra, fut attaquée alors qu'elle se rendait à Vidiśā, capitale de son futur époux royal ; elle parvint à s'échapper, mais, pour subsister, fut réduite à la condition de servante. Le hasard la mène à Vidiśā auprès de la reine. Le souverain tombe amoureux de cette servante ; l'intrigue, bientôt découverte par la reine, provoque d'abord sa colère, mais des stratagèmes préviennent ses essais de vengeance. On sait l'apaiser progressivement et quand, par un heureux coup de théâtre, on apprend que la servante n'est autre que la princesse Mālavikā, la reine pardonne et accepte la nouvelle épouse.

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Comédie également – mais d'un genre différent – que Vikramorvaśí (« Urvaśī, récompense de l'héroïsme »). L'aspect héroïque y est plus en évidence. Il y a surtout un recours au merveilleux caractéristique d'un genre dont le premier spécimen connu est l'Avimāraka de Bhāsa. Le roi Purūravas est un mortel épris d'une Apsaras, la nymphe Urvaśī, qui, pour quelque faute, a été exilée du ciel sur la terre, la naissance d'un fils devant mettre fin à cette malédiction. La vie des deux amants est accidentellement troublée par une séparation. La scène de Purūravas cherchant Urvaśī dans une forêt où elle a disparu, fou de douleur et adressant ses plaintes et prières au nuage, au paon, au coucou, à l'abeille, à l'éléphant, etc., est devenue célèbre et sera brillamment imitée, par Bhavabhūti en particulier. Puis des événements merveilleux réunissent le roi et la nymphe. En récompense de services qu'il a rendus aux dieux, Purūravas obtient de garder Urvaśī jusqu'à sa mort.

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