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LA MARE AU DIABLE, George Sand Fiche de lecture

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Publié en 1846 chez Desessart, La Mare au diable est un roman de George Sand (1804-1876) dont le récit central paraît d'abord en feuilleton dans Le Courrier français.

George Sand - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

George Sand

Élevée par sa grand-mère paternelle à Nohant, dans le Berry, Aurore Dupin est devenue George Sand en 1832. Elle est alors une figure importante du milieu des arts et des lettres parisien. Depuis le début des années 1830, elle s’est rendue célèbre à la fois par sa prolifique production littéraire (plusieurs romans, un récit de voyage, des « contes vénitiens », un drame…), la liberté de son mode de vie (prénom et vêtements masculins, liaisons publiques successives…) et sa participation à la vie intellectuelle (contribution à la Revue des deux mondes, création de La Revue indépendante). Son engagement socialiste et féministe s’est manifesté à travers la publication d’articles dans la revue La Réforme de Louis Blanc et de récits sociaux comme Mauprat (1837) ou Le Péché de monsieur Antoine (1845).

Alors qu’elle s’est déjà intéressée à plusieurs reprises à la ruralité, Sand inaugure avec La Mare au diable une série de romans champêtres  qui verra se succéder François le Champi (1848) La Petite Fadette (1849) etLes Maîtres sonneurs (1853). La Mare au diable va connaître un grand succès public tout au long du xixe siècle et de la première moitié du xxe siècle. Souvent perçu comme un ouvrage destiné à la jeunesse, il occupera notamment une place de choix dans les manuels scolaires de la IIIe République.

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Avec ses romans champêtres, Sand donne naissance à un genre à part entière, le roman rustique, illustré par une multitude de récits régionalistes et folkloriques comme, au cours des années 1920-1930 par les romans poétiques  d’un Jean Giono ou d’un Maurice Genevoix. Il périclite dans la seconde moitié du xxsiècle, déconsidéré par la rhétorique pétainiste du retour à la terre, puis rendu obsolète par le recul inexorable de la paysannerie.

Un livre composite

Précédé d’une notice  ajoutée en 1851, dans laquelle l’auteure se rattache à une tradition ancienne, voire éternelle, le roman s’ouvre sur un premier chapitre intitulé « L’auteur au lecteur », qui fait office de véritable art poétique. Sand y explique comment l’idée du livre lui est venue devant une gravure du peintre allemand Hans Holbein l'Ancien (1465 env.-1524) montrant un laboureur en haillons conduisant péniblement sa charrue, accompagné d’une allégorie de la mort. À la peinture généralement misérabiliste du monde paysan, la romancière souhaite en substituer une autre, magnifiée, non pour cacher la dure réalité de sa condition, mais pour lui redonner dignité et noblesse et susciter l’empathie à son égard.

Dans le deuxième chapitre, intitulé « Le labour », transition entre le propos théorique et la fiction, le locuteur semble se transporter dans le décor de la gravure de Holbein. En une sorte de fondu enchaîné, il s’efface derrière une scène réelle  de labour, où la misère et la mort ont laissé la place à « un beau spectacle, un noble sujet pour un peintre » : un vieux laboureur travaille « lentement, en silence, sans effort inutile », tandis qu’un « jeune homme de bonne mine », accompagné d’un « enfant de six à sept ans beau comme un ange », conduit « un attelage magnifique » tout en entonnant « un chant solennel et mélancolique ». Ce tableau idyllique conduit l’auteure à une réflexion sur l’ignorance dans laquelle se trouve le monde paysan de sa beauté et de sa grandeur. En attendant qu’il accède à un degré supérieur de savoir et de conscience, elle se propose, en rapportant l’histoire que le jeune homme lui a racontée, d’arracher « au néant de l’oubli » cette beauté et cette grandeur.

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Ce récit fait l’objet des quinze chapitres suivants. Germain, un laboureur veuf mais encore jeune, père de trois enfants, est pressé par son beau-père de se remarier, et de se rendre à cet effet dans un village des environs pour faire la connaissance d’une veuve qui cherche un mari. Une voisine le prie d’emmener sa fille, Marie, âgée de seize ans, qui doit prendre une place de bergère non loin du village de la veuve. L’un des fils de Germain, Petit-Pierre, se joint bientôt à eux. Après s’être égarés à cause d’un orage, tous trois doivent passer la nuit dans une forêt, près d’une mare ‒ appelée la Mare au diable. La générosité, la simplicité et l’ingéniosité de Marie, qui leur trouve de quoi se nourrir et se faire une couche, séduisent Germain qui, troublé, finit par la demander en mariage. La jeune fille refuse en raison de leur différence d’âge. Le lendemain, arrivé à destination, Germain découvre que la veuve a d’autres prétendants et qu’elle se comporte en coquette. Quant à Marie, à qui Germain a confié provisoirement son fils, elle se retrouve aux prises avec un maître tyrannique qui veut abuser d’elle. La jeune fille et l’enfant s’enfuient, bientôt rejoints par Germain qui chasse le fermier. De retour au village, il se languit de Marie. Au bout de plusieurs mois, les parents de la jeune fille le persuadent de lui déclarer son amour, qui se révèle réciproque.

L’histoire proprement dite s’achève avec cette fin heureuse. Mais le livre se poursuit avec un long appendice consacré au mariage des jeunes gens, présenté par l’auteure comme un « exposé fidèle d’une notable partie de nos anciennes coutumes rustiques ».

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