LEOPARDI, IL GIOVANE FAVOLOSO (M. Martone)
Une force qui va
Comme l’explique Martone dans un entretien, « en Italie, jusqu'à une période récente, Leopardi était connu comme un “poète triste”, “pessimiste”, “malade”, ce qui permettait de faire oublier que ce “grand homme”, qu'on étudiait à l'école, était en réalité un rebelle, contraire à toute convention sociale, culturelle, politique, un athée. On me demandait pourquoi je tournais un film sur un personnage si sombre, qui n'a connu que des échecs. L'affiche italienne le représente tête en bas, précisément pour montrer que nous voulions renverser son image. » (L’Avant-Scène cinéma, avril 2015). Leopardi est un pessimiste, mais aussi un frère en esprit des romantiques allemands. Un volcan dans le cœur, il porte un regard froid et acéré sur le monde. Il est sans confiance dans le « progrès », mais son amour de l'art, de la poésie, de la philosophie, de la nature est tel que sa noirceur est sans cesse balancée par une sensualité paradoxale où le cerveau a la plus grande part. Martone, en cela, ne le trouve pas si éloigné de Pasolini, comme lui un révolté sans optimisme, « une force du passé » et un poète de l'expérience individuelle. L'expression Il giovanefavoloso, « le jeune homme fabuleux » est tirée d'un texte sur Leopardi d'Anna Maria Ortese, et c'est le paradoxe qu'elle représente qui a séduit Martone et inspiré son interprète principal. « L'infirme » Leopardi est ici représenté à l'écran comme un homme alerte, dynamique, qui marche vite, travaille sans cesse, échange avec ses contemporains. Le film a obtenu un succès surprenant en Italie, notamment auprès du public jeune. Selon Martone, ces jeunes « ont vu Leopardi comme le poète de l'adolescence. Pas comme âge de la vie, mais comme condition de l'âme. »
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Écrit par
- René MARX : critique de cinéma
Classification
Média