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RIFFAUD MADELEINE (1924-2024)

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Le long parcours de la résistante Madeleine Riffaud illustre son indestructible volonté de combattre par les armes ou par sa plume de poète, de journaliste, de correspondante de guerre, de militante anticolonialiste, de témoin. Ainsi, à partir de 1994, elle mit en pratique l'injonction de son camarade Raymond Aubrac : « Tu vas enfin l'ouvrir […] Si tu continues à la fermer, tous nos camarades morts à dix-sept ans, personne ne s'en souviendra. »

Fille d'un couple d'instituteurs, Madeleine Riffaud est née le 23 août 1924, à Arvillers. Après avoir passé son enfance dans la Somme, elle est atteinte par la tuberculose et admise dans un sanatorium mixte pour étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet (Isère), où elle est nourrie par l'atmosphère intellectuelle et résistante qu'y fait régner le docteur Daniel Douady. Pendant son court séjour, elle écrit : « Un jour où j'aurai assez de vivre avec ma peine, un jour où elle sera trop lourde et voudra m'écraser […] moi je chanterai la joie ! » Le poète Claude Roy, venu en conférencier, remarque ses poèmes et la fait publier dans L'Écho des étudiants. Revenue à Paris, elle s’engage dans la Résistance avec des étudiants en médecine et devient l’agent de liaison Rainer, en référence au poète allemand Rilke. Élève sage-femme, elle est admise au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP) en 1944. En juillet, responsable d'un triangle militant, elle applique l'injonction « À chacun son boche ! » en exécutant d'une balle dans la tête un soldat allemand sur le pont de Solférino, à Paris. Aussitôt arrêtée, elle est longuement torturée par la Gestapo et par la BS2, la brigade spéciale de la police parisienne chargée de la lutte anticommuniste. Condamnée à mort, elle échappe à son exécution grâce à la désorganisation des forces occupantes et de l'État Français puis réussit à sauter du dernier convoi de déportés. Elle reprend la lutte. En août 1944, son rôle dans la neutralisation d'un train militaire allemand, dans le tunnel des Buttes-Chaumont, lui vaut sa citation à l'ordre de l'armée pour avoir donné « l'exemple d'un courage physique et d'une résistance morale remarquables ».

Après avoir traversé un grave épisode dépressif, elle est brièvement mariée au communiste Pierre Daix (de 1945 à 1947), ancien déporté à Mauthausen qui sera rédacteur en chef des Lettres françaises et directeur des Éditions sociales. Mère d'une petite fille, elle devient journaliste, surtout pour La Vie ouvrière (la revue de la CGT) mais aussi à L'Humanité. Elle couvre la grève des mineurs en 1947-1948 avant de rendre compte des guerres d’indépendance en Indochine, en Algérie puis au Vietnam. Ses reportages sont remarqués car elle partage souvent le quotidien des populations en lutte. Pour témoigner en Europe contre les « sales guerres » coloniales, elle obéit à Hô Chi Minh et revient en France, sacrifiant son amour pour le poète vietnamien Nguyên Dinh Thi. En Algérie, elle échappe en 1962 à un attentat de l'OAS qui aggrave ses problèmes de santé consécutifs aux tortures subies en 1944 et aux rechutes de sa tuberculose. Engagée anonymement comme aide-soignante à l’hôpital Broussais, à Paris, dans les années 1970, elle révèle, dans Les Linges de la nuit,la misère du monde hospitalier. Son livre se vend à un million d'exemplaires tandis que les tirages de ses contes et de ses poèmes restent à l'étiage de ces genres littéraires. Après ses soixante-dix ans, elle témoigne inlassablement auprès des publics scolaires, à l'instar de Lucie Aubrac pour qui résister devait toujours se conjuguer au présent.

<em>Madeleine, résistante</em> - crédits : Riffaud - Morvan - Bertail ; © Dupuis, 2025

Madeleine, résistante

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Écrit par

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

Classification

Média

<em>Madeleine, résistante</em> - crédits : Riffaud - Morvan - Bertail ; © Dupuis, 2025

Madeleine, résistante

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