- 1. Indépendances, régimes politiques, modèles économiques et projets de société
- 2. La question des frontières au cœur de la construction du Grand Maghreb
- 3. À la recherche d'une unité maghrébine
- 4. L'islamisme maghrébin : une contestation politique commune
- 5. La berbérité du Maghreb
- 6. 2011 : les « printemps maghrébins »
- 7. Bibliographie
MAGHREB Le Maghreb politique
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La question des frontières au cœur de la construction du Grand Maghreb
La question du tracé des frontières établi par la France en Afrique du Nord, alors qu'il a toujours été contesté par la Tunisie et le Maroc, se pose lors des indépendances. Ainsi, la conception du « Grand Maroc », selon laquelle les frontières historiques et naturelles de l'empire chérifien s'étendraient jusqu'au Sénégal et au Niger, englobant également l'ouest du Sahara algérien (régions de Béchar et de Tindouf) et la Mauritanie ainsi que le Sahara espagnol (Sidi Ifni et le Rio de Oro), influence fortement cette question frontalière. Le Maroc ne reconnaîtra qu'en 1969 la souveraineté de la Mauritanie (promulguée en 1960).
La « guerre des sables » et le conflit du Sahara espagnol
Le premier conflit frontalier entre l'Algérie et le Maroc éclate le 14 octobre 1963, et cette « guerre des sables » se poursuit jusqu'au 2 novembre 1963. Le contentieux territorial à propos de la région marocaine de Figuig est reconnu depuis 1961 par le roi Hassan II et le Gouvernement provisoire de la République algérienne. Mais l'expulsion de nombreux Marocains de la région de Tindouf et de Hassi Beida (près de Béchar) par le nouveau gouvernement indépendant algérien ouvre les hostilités, qui s'étendent de l'autre côté de la frontière marocaine. Si l'intervention armée cesse rapidement, les germes de la discorde détériorent durablement les relations algéro-marocaines. La signature d'un traité de paix en 1969 à Ifrane puis celle d'un accord en 1970 à Tlemcen mettent fin au différend frontalier.
Mais c'est dans l'ancien Sahara espagnol que le conflit frontalier entre la Mauritanie, la Libye, l'Algérie et le Maroc est le plus violent. Le processus de décolonisation du Sahara espagnol s'accompagne de revendications territoriales de la part du Maroc et de la Mauritanie. Celles-ci sont contestées par le Front Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro), un mouvement autonomiste créé en Mauritanie en 1973 qui s'oppose, dans un premier temps, à l'armée espagnole avant de s'engager directement dans la lutte armée contre le Maroc et la Mauritanie en constituant une armée de libération du peuple sahraoui, équipée et formée par les armées algérienne et libyenne et dont la base de repli se trouve à Tindouf, en Algérie.
En 1975, une résolution des Nations unies demande à l'Espagne d'organiser un référendum d'autodétermination de la population, auquel s'oppose le Maroc. Tandis que l'O.N.U. reconnaît la légitimité du Front Polisario, la Cour internationale de justice de La Haye se prononce en faveur de l'autodétermination du peuple sahraoui. Cette reconnaissance internationale pousse Hassan II à organiser, le 6 novembre 1975, une « marche verte » qui rassemble 350 000 Marocains pour la « libération territoriale du Maroc ». Celle-ci débouche sur les accords de Madrid, signés le 14 novembre 1975 par l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie, qui accordent le sud du Sahara occidental à la Mauritanie et le nord au Maroc, et officialisent le retrait définitif de l'Espagne en février 1976. Le Front Polisario proclame alors, la même année, la République arabe sahraouie démocratique (R.A.S.D.) et l'O.N.U. reconnaît, en octobre 1979, le Front Polisario comme le représentant légitime du peuple sahraoui.
Les tentatives de paix au Sahara occidental : d'échec en échec
Les trois pays s'affrontent militairement jusqu'à ce que la Mauritanie renonce à ses revendications territoriales en signant, en août 1979, l'accord de paix d'Alger par lequel elle reconnaît la R.A.S.D. Toutefois, les combats se poursuivent entre la R.A.S.D. et le Maroc, lequel radicalise ses positions dans le but de s'assurer le monopole de l'exploitation des phosphates et d'accéder aux eaux littorales considérées comme les plus poissonneuses du monde. Pour contrer l'avancée du Front Polisario, Hassan II entreprend la construction d'un « mur de sable ». Le soutien financier et militaire de l'Algérie et de la Libye (qui suspend son aide en 1980) au Front Polisario envenime les relations entre États maghrébins. En 1984, l'Organisation de l'unité africaine (O.U.A.) reconnaît la R.A.S.D., ce qui provoque le retrait du Maroc de cette institution et sa non-adhésion par la suite à l'Union africaine (U.A.). À la fin des années 1980, le conflit est dans l'impasse.
L'O.N.U. et l'O.U.A. proposent, en 1991, un plan de paix, avec un cessez-le-feu et l'organisation d'un référendum d'autodétermination. Mais l'impossibilité de s'entendre sur la définition de l'électorat sahraoui bloque le processus scellé par les accords de Houston en 1997. L'échec des plans de paix sur l'autodétermination du peuple sahraoui, en 2001 puis en 2003, confirme la dégradation des relations entre les belligérants. Malgré les crises qui se succèdent, la proposition du Maroc sur le statut d'autonomie du Sahara occidental (2006) s'affirme de plus en plus sur la scène politique nationale et internationale.
Les enjeux politiques et les conflits armés autour de du problème des frontières ne sont pas seulement liés à des questions d'identité nationale et de souveraineté territoriale. Ils renvoient à des situations postcoloniales complexes où s'entremêlent les héritages coloniaux, le contexte international de la guerre froide et la difficulté des jeunes États à concevoir un espace maghrébin d'échanges, de production de richesses et de mobilité des hommes et des capitaux.
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Écrit par
- Karima DIRÈCHE : professeure agrégée d'histoire, docteure en histoire contemporaine, chargée de recherche au CNRS
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