Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

MÉCANIQUE CÉLESTE

Article modifié le

Mécanique céleste du système solaire

Les théories planétaires

Soit xi, yi, zi les coordonnées rectangulaires d'une planète Pi de masse mi dans un système d'axes ayant pour centre le Soleil O, de masse prise pour unité. Soient ri la distance OPi et rij la distance PiPj de la planète Pi à une autre planète Pj de masse mj. Des équations du problème des n corps données ci-dessus, on déduit facilement :

et deux équations analogues en yi et zi. Dans l'équation ci-dessus, j prend toutes les valeurs de 1 à n (n étant le nombre des planètes envisagées), à l'exception de la valeur i.

Posons :

Sij est l'angle des directions OPi et OPj. Rij est la fonction perturbatrice de la planète Pi due à la planète Pj. La fonction perturbatrice totale de Pi est :

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

On développera la fonction perturbatrice en développant chaque fonction Rij sous la forme suivante :

Les coefficient B et C dépendent, comme A, des éléments métriques ; les sigma signifient qu'il faut tenir compte d'un grand nombre de termes correspondant à des systèmes de valeurs différents des entiers positifs, négatifs ou nuls j1, j2, j3, ..., les coefficients B et C changeant avec chaque combinaison.

Pour intégrer, on peut procéder par approximations successives selon le schéma indiqué plus haut. On voit que, lorsqu'on substitue la solution d'ordre zéro, correspondant à des mouvements képlériens pour toutes les planètes, dans les seconds membres et qu'on intègre, il apparaît des termes séculaires provenant des termes de la fonction perturbatrice qui ne contiennent pas les fonctions linéaires du temps Mi et Mj. Aux ordres plus élevés que le premier, on voit apparaître des termes contenant des puissances du temps plus grandes que un et même des termes de Poisson, produits de fonctions périodiques par des puissances du temps. Ces termes semblent indiquer que le système solaire est instable, puisque certains éléments des orbites croissent au-delà de toute limite. Cela est dû en grande partie à la façon dont on est amené à conduire les calculs au cours des diverses itérations ; Laplace a montré que, jusqu'à un certain ordre des masses, le système solaire est stable, résultat dont doutait Leverrier et qui sera en partie contredit par Poincaré.

Le mouvement de la Lune

Le corps central est ici la Terre de masse M ; m est la masse de la Lune et m′ celle du Soleil.

Les équations s'écrivent toujours sous la forme :

et de façon analogue en y et z. Ici, x, y, z sont les coordonnées de la Lune, x′, y′, z′ celles du Soleil ; Δ est la distance Lune-Soleil.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

La fonction perturbatrice est alors :

elle reste peu importante en comparaison du terme principal des équations. En effet, si m′ est très grand, en revanche Δ et r′ sont environ 400 fois plus grands que r. Les petits paramètres par rapport auxquels on développe la solution du problème sont le rapport des demi-grands axes des orbites de la Lune autour de la Terre et de la Terre autour du Soleil (ou le rapport du moyen mouvement du Soleil à celui de la Lune, qui lui est lié directement), ainsi que l'excentricité et l'inclinaison de l'orbite de la Lune.

L'intégration met en évidence des inégalités du mouvement de la Lune dont certaines sont connues par l'observation depuis très longtemps, comme l'évection, qui est une inégalité d'environ 1014′ dans la longitude. On calcule, à l'heure actuelle, des milliers de tels termes dans la position de la Lune.

Les théories du mouvement de la Lune les plus remarquables sont celle de Charles Delaunay, au xixe siècle, et d'Ernest William Brown, améliorée par Wallace Eckert dans la première moitié du xxe siècle. On utilise en France, depuis 1984, l'éphéméride lunaire parisienne calculée au Bureau des longitudes.

Le mouvement des satellites artificiels

Le potentiel gravitationnel créé par un corps solide, par exemple la Terre, en un point extérieur à ce corps peut se développer en fonctions harmoniques sphériques sous la forme suivante :

où ϕ est la latitude du satellite au-dessus du plan équatorial, r sa distance au centre de la Terre, P2 (sin ϕ) le polynôme de Legendre en sin ϕ d'ordre deux, ae le rayon équatorial de la Terre (6 378 140 m) et J2 un coefficient sans dimension qui, pour la Terre, est égal à 1/1 000 environ. Le développement contient de nombreux autres termes que l'on n'a pas écrits ici. Certains, les harmoniques zonaux, ne dépendent, comme le terme en J2 ci-dessus, que de r et de ϕ ; d'autres, les harmoniques tesséraux, dépendent aussi de l'ascension droite du satellite, donc de la longitude du satellite et du temps sidéral. Les coefficients Jn et Jnk de tous les harmoniques sont petits, au maximum de l'ordre du carré du plus grand d'entre eux, J2 (J1 est nul si, comme on le fait toujours, on prend l'origine des coordonnées au centre de la Terre). On procède en utilisant la méthode des perturbations, la fonction perturbatrice étant :

L'orbite peut être considérée, en première approximation, comme une ellipse ayant pour foyer le centre de la Terre, qui tourne dans son plan et dont le plan tourne autour de l'axe de rotation de la Terre.

Mouvement d'un astre autour de son centre de gravité

Cette étude est particulièrement intéressante pour la Terre, dont la rotation est à l'origine de la définition de l'échelle de temps dite temps universel.

La Terre étant considérée comme un corps solide, soit A, B, C ses moments d'inertie par rapport à trois axes rectangulaires ayant pour origine le centre de la Terre et liés à celle-ci. Soient p, q, r les composantes dans ce système d'axes du vecteur vitesse instantanée de rotation.

Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

Ces quantités sont liées par les équations différentielles d' Euler :

L, M, N sont les composantes du couple exercé sur l'ellipsoïde terrestre par le Soleil et par la Lune ; ce sont des fonctions des coordonnées de ces astres que l'on développe en séries trigonométriques. On trouve ainsi qu'en première approximation la Terre a une rotation uniforme autour d'un axe dont la direction décrit en 26 000 ans un cône de 23030′ de demi-angle au sommet (phénomène de précession). L'axe de rotation a de plus un mouvement de balancement de faible amplitude et de période voisine de 18 ans autour de sa position moyenne (phénomène de nutation).

En fait, le phénomène est complexe, d'autant plus que la Terre n'est pas un solide indéformable. Les théories et les observations relatives à la rotation terrestre sont centralisées par l'International Earth Rotation Service (cf. terre - Mouvements de la Terre).

Intégration numérique

Quelle que soit la complexité des équations de la mécanique céleste, on a toujours la ressource de les intégrer numériquement. Pour cela, on part de valeurs connues des positions et des vitesses du corps considéré pour un instant donné, et on calcule les valeurs numériques des forces qui agisse sur lui à cet instant. Cela permet d'extrapoler les valeurs des positions et des vitesses pour un instant séparé de l'instant initial d'un pas qu'on se donne à l'avance. On recommence ensuite le processus autant de fois qu'on veut, sans oublier que la solution se dégrade quand on s'éloigne de l'instant initial, et ce d'autant plus que les conditions initiales sont mal connues et que les erreurs d'arrondis dans les calculs sont importantes. Les puissants ordinateurs dont on dispose aujourd'hui permettent de réaliser des intégrations numériques où l'on tient compte d'un grand nombre de forces et d'un grand nombre d'observations. C'est ainsi que le Jet Propulsion Laboratory, aux États-Unis, a calculé des éphémérides très précises des corps du système solaire, largement utilisées et qui sont connues sous les noms de DE 200, DE 102 ou DE 118.

Cependant, les théories analytiques sous forme littérale ou semi-analytique, comme les théories VSOP et TOP, pour les planètes, ou ELP (éphéméride lunaire parisienne), pour la Lune, qui sont développées en France, au Bureau des longitudes, restent fondamentales. Elles permettent d'apprécier la contribution de chacune des forces envisagées, dont les effets ne sont pas mêlés, comme dans l'intégration numérique, et de modifier facilement l'éphéméride quand des valeurs nouvelles de certaines constantes, comme les masses, viennent à être connues.

Accédez à l'intégralité de nos articles

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : docteur ès sciences, astronome au Bureau des longitudes

Classification

Médias

Figure 1 - crédits : Encyclopædia Universalis France

Figure 1

Figure 2 - crédits : Encyclopædia Universalis France

Figure 2

Figure 3 - crédits : Encyclopædia Universalis France

Figure 3

Autres références

  • TERRE - Planète Terre

    • Écrit par et
    • 9 232 mots
    • 10 médias
    La Terre décrit autour du Soleil, dans un plan dit de l'écliptique, une orbite elliptique dont le Soleil occupe un des foyers. Sa distance au Soleil varie ainsi entre 147 103 311 kilomètres, en janvier (périhélie), et 152 105 142 kilomètres, en juillet ( aphélie) ; sa vitesse orbitale s'échelonne...
  • ABERRATION ASTRONOMIQUE

    • Écrit par et
    • 983 mots
    • 1 média

    On désigne sous le nom d'aberration un déplacement apparent des astres dû au mouvement relatif de l'observateur et de ces astres, et dont l'origine se trouve dans la valeur finie de la vitesse de la lumière.

    Ce mouvement provient de la rotation de la Terre sur elle-même (aberration...

  • ACTION & RÉACTION, physique

    • Écrit par
    • 1 499 mots
    ...ici d'un usage plus conforme au sens courant du terme, puisque la question est celle de la capacité des corps à agir l'un sur l'autre sans contact –  telle la force de gravitation du Soleil attirant la Terre à cent cinquante millions de kilomètres de distance. L'attraction universelle de Newton, sous...
  • ARMILLE

    • Écrit par
    • 340 mots

    Attestée d'abord en Grèce (~ iie s.) puis en Chine (~ ier s.) et en Inde (ive s.), l'armille la plus simple se compose de deux anneaux concentriques, assemblés dans le même plan (armille solsticiale de Proclus, par exemple) ou perpendiculaires l'un à l'autre. Dans ce dernier cas, l'instrument...

  • Afficher les 50 références

Voir aussi