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MESURES, économie

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Les formes usuelles de mesure en économie

La réflexion sur la neutralité de la mesure a conduit à privilégier une forme particulière de mesure en économie. Il est vrai que c'est aussi l'une des plus fréquemment pratiquées : la mesure du niveau absolu d'un phénomène économique revient à quantifier, par rapport à une unité de mesure pertinente, l'état de ce phénomène dans un intervalle de temps et à l'intérieur d'un espace donné. C'est cette forme de mesure qui a servi jusqu'ici de référence à la plupart des exemples cités.

La mesure du niveau absolu se conçoit aisément ; elle constitue le plus souvent la première étape de toute démarche de quantification en économie et, en même temps, elle n'est jamais utilisée de façon isolée. On peut dire, par exemple, que le produit intérieur brut de la France s'est élevé en 2007 à 1 792 milliards d'euros ; si l'on en reste là, l'information contenue dans ce chiffre est pratiquement nulle. L'information et, avec elle, les premières possibilités d'analyse viennent de la comparaison avec d'autres grandeurs économiques.

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On peut par exemple examiner les valeurs successives que prend le même phénomène économique au cours du temps. Ainsi, on comparera le produit intérieur brut français de 2006 à celui de 2005. Si on trouve pour ce dernier une valeur de 1 717 milliards d'euros, on en déduit une augmentation de 75 milliards en un an. Là encore, l'information reste limitée : on connaît le niveau absolu de la variation mais on ne sait comment la situer. D'où le recours à une mesure relative de la variation : on ne se contente plus de la mesurer en soi, on la compare en même temps avec le point de départ de la comparaison. Dans notre exemple, on trouve : 75/1717 = 0,04, ou encore, en pourcentage, 4 p. 100 d'augmentation. On aboutit plus rapidement à la même information en faisant directement le rapport des deux grandeurs que l'on veut comparer : 1 792/1 717 = 1,04. Ce rapport est la forme la plus simple de ce qu'on appelle un indice d'évolution. Il revient en fait à un changement d'échelle : l'unité de mesure n'est plus le milliard d'euros, c'est la valeur du produit intérieur brut en 2005. Par rapport à ce nouvel étalon de référence, le produit intérieur brut de 2006 vaut 1,04 ; on retrouve bien l'augmentation de 0,04, soit 4 p. 100. Une autre présentation de l'indice, beaucoup plus fréquente, correspond à une unité de mesure égale au centième de la grandeur de référence ; en pratique, cela revient à multiplier par 100 l'indice que l'on vient de trouver, visualisant ainsi un peu mieux l'augmentation relative (exprimée en pourcentage) : on dit alors que l'indice d'évolution du produit intérieur brut, base 100 en 2005, vaut 104 en 2006. On peut généraliser cette démarche, en prenant n'importe quel intervalle de temps et n'importe quelle année de référence.

Les indices d'évolution les plus complexes procèdent tous, au niveau élémentaire, de cette démarche qui consiste à faire le rapport des niveaux absolus atteints par une grandeur économique, de manière à en mesurer l'évolution relative. Il en va de même lorsqu'on veut mettre en relation diverses grandeurs économiques observées à un instant donné (ou dans un intervalle de temps donné). Supposons, par exemple, qu'on s'intéresse à la part des salariés dans la distribution de la richesse nouvelle créée par la production nationale ; on choisit pour cela, d'une part, la rémunération des salariés (coût total des salaires incluant l'ensemble descotisations de sécurité sociale) et, d'autre part, le produit intérieur brut (mesure globale de la valeur nouvelle créée par l'appareil de production national). En 2006, on a mesuré que la rémunération des salariés vivant en France s'élevait à 930 milliards qui représentent 930/1 792 = 0,52, soit en pourcentage 52 p. 100. On peut bien sûr aller plus loin, et calculer de la même façon la part qui revient aux impôts sur la production et les importations, ainsi qu'aux propriétaires des entreprises productrices. La succession des pourcentages correspondants, dont le total est égal à 100, donne, non pas en niveau absolu, mais sous forme d'une structure, la première distribution du revenu tiré de la production. Cette description est souvent plus parlante que la simple juxtaposition des valeurs absolues des salaires, des profits, des impôts, etc.

La dimension temporelle peut également intervenir dans l'analyse des structures : leur évolution au cours du temps fournit en effet une information importante. Si l'on revient à l'exemple de la rémunération des salariés considérée comme une part de la distribution du produit intérieur brut, sachant que la rémunération des salariés est évaluée à 896 milliards en 2005 (et le produit intérieur brut à 1 717 milliards), la structure de répartition du produit intérieur brut donne, pour la rémunération des salariés, 896/1 717 = 0,52, ou 52 p. 100. Ainsi, la part du produit intérieur brut attribuée à la rémunération des salariés est donc restée stable entre 2005 et 2006. On peut observer qu'on aurait obtenu la même information en comparant les indices d'évolution respectifs de la rémunération des salariés et du produit intérieur brut. Pour la rémunération des salariés, l'indice d'évolution de 2005 à 2006, base 100 en 2005, vaut 103,8 en 2006 ; on rappelle que l'indice d'évolution du produit intérieur brut, base 100 en 2005, vaut 104 en 2006. Si la rémunération des salariés a augmenté un tout petit peu moins vite que le produit intérieur brut, cette différence d'évolution n'est pas suffisante pour se refléter dans l'évolution de la structure de répartition du produit intérieur brut. Cela est à relier également à la précision des calculs : si le pourcentage de la rémunération des salariés dans le produit intérieur brut avait été calculé avec une décimale, on aurait trouvé une diminution très faible (52,1 p. 100 à 51,8 p. 100) ; il convient dans ce cas de s'interroger sur le caractère significatif d'une telle variation qui peut n'être qu'illusoire, compte tenu de la précision que l'on peut attribuer aux mesures en niveau absolu du produit intérieur brut et des salaires.

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École polytechnique, administrateur de l'I.N.S.E.E., chef de la division des concepts et définitions statistiques et comptables de l'I.N.S.E.E.
  • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

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