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MALMAISON MUSÉE NATIONAL DU CHÂTEAU DE

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Malmaison, Trianon consulaire, est un musée dédié au souvenir de Joséphine de Beauharnais qui y habita de 1799 à 1814. Musée national depuis 1904, document essentiel pour l'histoire du goût Empire, il constitue un jalon dans le passage d'un néo-classicisme à la française à la première génération du romantisme historiciste. Le château, qui comportait à l'époque un vaste domaine, aujourd'hui démembré (il reste six hectares sur les soixante-dix d'origine), contenait en effet mobilier et collections de peintures et de sculptures ; il servait en outre, dans ses serres que toute l'Europe connaissait, de conservatoire de l'exotisme et des raretés florales que Redouté et les « peintres du muséum » s'appliquaient alors à aquareller. Les collections de Malmaison sont complétées par celles du château voisin de Bois-Préau, plus spécifiquement historique, centrées sur les souvenirs de Sainte-Hélène et des témoignages de la légende napoléonienne.

Chambre de Joséphine de Beauharnais, Malmaison - crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Chambre de Joséphine de Beauharnais, Malmaison

<it>Rosier de Portland</it>, P. J. Redouté - crédits :  Bridgeman Images

Rosier de Portland, P. J. Redouté

Lorsque Joséphine achète aux environs de Paris, en empruntant l’argent, « la Malmaison » avec tous ses meubles – l'introduction dans les documents officiels du « Palais impérial de Malmaison » est l'occasion de l'abandon de l'article devant le toponyme – elle acquiert déjà un haut lieu historique. Propriété d'une des plus puissantes familles de la noblesse libérale du temps de Louis XVI, les Le Couteulx, le domaine dont parle Élisabeth Vigée Le Brun dans ses Mémoires et le baron de Frénilly dans ses Souvenirs rassemblait autour de cette dynastie de banquiers une élite intellectuelle que la Révolution devait décimer. Charlotte Le Couteulx de la Noraye a inspiré à André Chénier ses poèmes À Fanny, elle reçoit Laclos, Condorcet, l'abbé Delille ou Pauline de Beaumont, qui ne connaît pas encore Chateaubriand dont elle fut l'égérie quelques années plus tard. C'est cette vie de l'esprit des dernières années de l'Ancien Régime que la générale Bonaparte tient à acquérir en se fixant dans ce lieu – cet esprit du temps de la « douceur de vivre » qui avait séduit le vainqueur de l'Italie chez la veuve du général Alexandre de Beauharnais.

À partir de 1800, les architectes Percier et Fontaine agrandissent la demeure, où Bonaparte Premier consul n'hésite pas à tenir parfois le conseil des ministres, à signer quelques actes importants. On plante un cèdre pour célébrer Marengo (1800). Au Salon de 1802, Jean-Baptiste Isabey expose le Portrait du Premier consul se promenant dans les jardins de Malmaison. Les commentateurs ont laissé l'image de la vie détendue et sans étiquette de la cour consulaire, qui prolonge pour quelques années l'atmosphère de fête qui avait été celle du Directoire. La bibliothèque est aménagée en 1800 par Percier et Fontaine, qu'Isabey avait présentés à Joséphine. Après 1802 et sous l'Empire, ce sont plus volontiers Saint-Cloud ou Fontainebleau qui concurrencent les Tuileries dans ce rôle de palais des champs d'où Napoléon gouverne la France. Du coup, Malmaison devient de plus en plus le domaine de l'Impératrice. On peut l'imaginer grâce aux aquarelles d'Auguste Garnerey (1785-1824). Joséphine y reçoit beaucoup et organise ses collections artistiques et botaniques. D'origine créole, elle a la passion des espèces exotiques, des roses – deux cent cinquante espèces sont acclimatées à Malmaison – et des oiseaux. En 1805, elle fait appel à Louis-Martin Berthault (1770-1823) pour redessiner un parc à l'anglaise. Des cygnes noirs sont acclimatés sur les étangs, des kangourous dans leurs enclos étonnent les visiteurs. Le décorateur aménage des fabriques – en 1807, un temple de l'amour comme à Trianon, un bassin de Neptune comme à Versailles – et une bergerie, un salon de stuc dans la grande serre. Après 1810, Berthault recompose les décors intérieurs dans un style Empire moins rigide que celui de Fontaine. Joséphine s'endette pour faire de Malmaison un musée, conseillée par le peintre Guillaume-Jean Constantin (1756-1834) et par Alexandre Lenoir, le créateur du Musée des monuments français : vases grecs, antiquités provenant d'Herculanum, oiseaux empaillés, curiosités minéralogiques, momies égyptiennes et même des objets ethnographiques provenant d'Australie et de Nouvelle-Calédonie.

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Après le divorce, à la fin de 1809, Joséphine y vit repliée, conservant le rang et le train de vie d'une impératrice. Elle meurt le 29 mai 1814, alors qu'elle venait de recevoir le tsar de Russie, Alexandre Ier, entourée de ses deux enfants, Eugène de Beauharnais et Hortense, femme de Louis Bonaparte, frère de Napoléon, roi de Hollande (et mère du futur Napoléon III).

Entre les décors pompéiens de la salle à manger, les sculptures de Bosio, Chinard ou Chaudet, les commandes faites à Canova ou à Cartellier, les peintures anciennes « détournées » des collections du Louvre, les scènes médiévales de Fleury Richard ou Coupin de la Couperie, l'éclectisme règne à Malmaison, plus que dans tout autre palais de l'Empire. Il est difficile de s'en faire une idée en visitant aujourd’hui le monument car tous ces trésors ont été dispersés et se trouvent en partie à l'Ermitage depuis le xixe siècle. Malmaison en effet mêle décors authentiques restaurés et évocations. Les appartements de Napoléon ont ainsi été meublés avec des éléments divers provenant de Saint-Cloud ou des Tuileries. Le boudoir de l'impératrice a retrouvé en revanche son mobilier, le billard son apparence de 1812. Malmaison est ainsi le meilleur témoignage qui soit de l'évolution du goût français dans les années qui précédèrent la période romantique.

— Adrien GOETZ

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Écrit par

  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Chambre de Joséphine de Beauharnais, Malmaison - crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Chambre de Joséphine de Beauharnais, Malmaison

<it>Rosier de Portland</it>, P. J. Redouté - crédits :  Bridgeman Images

Rosier de Portland, P. J. Redouté

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