NICARAGUA
Nom officiel | République du Nicaragua |
Chef de l'État et du gouvernement | Daniel Ortega - depuis le 10 janvier 2007 (Le 18 février 2025, Rosario Murillo a été nommée co-présidente de la République.) |
Capitale | Managua |
Langue officielle | Espagnol |
Population |
6 823 613 habitants
(2023) |
Superficie |
130 370 km²
|
Article modifié le
Histoire
Période précolombienne et époque coloniale
À l'arrivée des Européens, deux grands groupes linguistiques dominaient le Nicaragua : l'un, le plus important, d'origine náhualt, l'autre d'origine macrochibcha.
Les Miskito (ou Mosquito), Sumu (ou Sumo) et Rama d'aujourd'hui sont les descendants des anciens groupes macrochibcha qui regroupaient la famille linguistique chibcha venue du nord de l'Amérique du Sud et la famille linguistique misumalpan venue d'Amérique centrale. Ils se sont installés sur la côte atlantique du Nicaragua.
D'autres migrations, en provenance du Mexique, amenèrent vers le ixe siècle des éléments du groupe linguistique oto-mangue (dont la famille chorotega) puis, vers le xe siècle, des éléments du groupe náhuatl (notamment de la famille pipil). Ils se sont installés dans les régions pacifique et centrale du Nicaragua.
Christophe Colomb apparut sur la côte atlantique dès 1502, mais c'est vers 1519 que les conquérants espagnols, dont le plus connu en ce qui concerne le Nicaragua est Gil González Dávila, commencèrent à s'installer sur les plaines fertiles de la région pacifique. Ils fondèrent Granada en 1524 et León en 1525, qui sera la capitale de la colonie espagnole jusqu'à ce que celle-ci passe sous l'autorité du Guatemala en 1570. Pedrarias Dávila fut le premier gouverneur du Nicaragua (1527-1531). Les premiers esclaves noirs furent introduits dans le pays dès 1542.
Quant à la côte atlantique, les premiers Européens qui eurent réellement des contacts avec ses habitants furent les boucaniers français et anglais. Dès le début du xviie siècle, la mer des Antilles constitua le théâtre des rivalités entre l'Espagne, la France et l'Angleterre. La domination espagnole se cantonna dans la région pacifique, tandis que la côte atlantique restait contrôlée par les Anglais à partir de 1655. Ces derniers surent habilement s'attirer la faveur des Miskitos, qui ont toujours farouchement résisté à la colonisation espagnole. Un royaume miskito fut même proclamé en 1687 avec le soutien de la Couronne britannique. Pendant ce temps, d'autres populations noires envoyées par les Anglais s'installaient sur la côte, notamment à Bluefields. De nombreux Noirs s'intégrèrent aux groupes ethniques indiens.
Au début du xixe siècle, des insurrections populaires éclatent à León, Masaya, Granada, Rivas. La côte atlantique, tournée vers le monde anglo-saxon, reste en dehors des luttes menées contre la Couronne espagnole, tout comme elle restera en dehors de la révolution. Cette histoire différenciée entre la région pacifique et la côte atlantique est fondamentale pour comprendre la personnalité actuelle de ces deux parties du pays.
Luttes intérieures et interventions étrangères
Après un bref rattachement à l'empire mexicain d'Augustin Iturbide (mai 1822-mars 1823), l'Amérique centrale s'organise en République fédérale de Centre-Amérique, dont la Constitution (du 22 nov. 1824) est calquée sur celle des États-Unis : « bel idéal de plagiaires et de théoriciens », ainsi que le reconnut un de ses auteurs. L'anarchie fut en effet la réponse des réalités qu'on avait ignorées. Dès 1838, la Fédération se disloquait, malgré les efforts désespérés de son second président, le « héros unioniste » honduréen Francisco Morazán ; le Nicaragua donna l'exemple en faisant sécession et en promulguant sa propre Constitution.
La paix ne revient pas pour autant. Si la rivalité entre León et Granada est partiellement tempérée par le transfert, en 1852, de la capitale à mi-chemin, à Managua, les haines entre « libéraux » et « conservateurs » n'ont rien perdu de leur virulence, les caudillos n'hésitant d'ailleurs pas à faire intervenir les États voisins dans leurs querelles. Et surtout le désarroi du pays facilite l'intervention des grandes puissances en pleine expansion impérialiste. Dès l'époque coloniale, l'Angleterre avait créé dans les vastes territoires de la zone atlantique la fiction d'un « royaume de Mosquitie », s'assurant ainsi le contrôle d'une population négro-indienne (zambos-mosquitos) dont la « capitale » était la bourgade côtière de Bluefields. Cependant, les États-Unis avaient également tourné leurs regards vers la région ; la découverte de mines d'or en Californie attirait des foules qui rejoignaient la côte pacifique en traversant l'isthme, et le commodore Vanderbilt avait déjà créé une compagnie qui effectuait cette traversée par le río San Juan et le grand lac de Nicaragua. Le conflit d'intérêts mène presque à la guerre. Finalement, par le traité Clayton-Bulwer (1850), les deux puissances s'engagent à respecter l'indépendance de l'Amérique centrale. En réalité, l'Angleterre abandonne la partie et les États-Unis apparaissent comme les sauveurs de l'indépendance nationale... Mais la guerre civile éclate en 1854 entre le président Fruto Chamorro et le général Máximo Jerez. La faction de ce dernier – qui se qualifie de « démocrate » tandis que les partisans de Chamorro s'affirment « légitimistes » – fait appel à des mercenaires conduits par l'aventurier américain William Walker. Ce dernier entend profiter de l'occasion pour établir à son profit un État esclavagiste en Amérique centrale ; s'étant emparé de Granada, il se fait proclamer président. Mais ses excès mêmes réalisent l'union contre lui. Légitimistes et démocrates, ainsi que les autres républiques centraméricaines, conscients du danger, s'allient : c'est la « Campagne nationale » qui se termine par l'expulsion de Walker (mai 1857).
L'antiaméricanisme
Cette équipée laissait le pays dans un état lamentable. Le « régime des Trente Ans » (en fait de 1858 à 1893), avec la succession relativement pacifique de présidents « conservateurs », apporte un certain apaisement. Mais en 1893 une révolution met fin au règne paternaliste des conservateurs et porte au pouvoir le général « libéral » José Santos Zelaya. La réincorporation définitive de la Mosquitie lui confère du prestige, mais ses méthodes de plus en plus dictatoriales lui aliènent l'opinion, tandis que ses velléités « unionistes » dressent contre lui les autres États centraméricains. Et, surtout, son antiaméricanisme ne connaît plus de limites lorsque les États-Unis décident d'abandonner le projet de canal nicaraguayen en faveur de Panamá. Or, pour les États-Unis, l'isthme devient désormais « chasse gardée ». C'est en septembre 1901 que Theodore Roosevelt accède au pouvoir : deux mois plus tard est signé le traité Hay-Pauncefote, par lequel la Grande-Bretagne relevait les États-Unis des empêchements prévus par le traité Clayton-Bulwer. Quant aux agitations centraméricaines, la politique du big stick (du gros bâton) allait y mettre bon ordre. Zelaya en fait bientôt l'amère expérience : une révolte « conservatrice » éclate contre lui en 1909, à laquelle le secrétaire d'État du président Taft, Philander C. Knox, manifeste sa sympathie ; Zelaya démissionne. Son départ ne met pas fin aux troubles ; les forces conservatrices d'Emiliano Chamorro et d' Adolfo Díaz triompheront, mais à quel prix ? Dès 1910, un commissaire américain, Dawson, est venu leur dicter la politique que Washington entend leur voir mener ; bien plus, de nouveaux troubles ayant éclaté en 1912, les marines débarquent pour consolider le pouvoir de Díaz ; ils resteront jusqu'en 1925, en même temps qu'un rigoureux contrôle financier est imposé au pays. Les États-Unis entendent en effet conserver une option sur la voie du San Juan : en 1914, Chamorro, l'homme fort des conservateurs, signe avec eux le traité Bryan-Chamorro qui leur concède à perpétuité tous les droits pour établir le canal par cette voie « ou par toute autre route sur le territoire du Nicaragua », ainsi que la souveraineté absolue, pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans renouvelable, sur deux îles de la côte atlantique, et le droit d'exploiter une base navale dans le golfe de Fonseca. Ce traité provoque une véritable levée de boucliers en Amérique centrale. Le sentiment national est ulcéré et, de plus, le Nicaragua a compromis unilatéralement ses voisins : ni le Costa Rica, coriverain du San Juan, ni le Honduras, ni le Salvador, coriverains du golfe de Fonseca, n'ont été consultés. Les marines s'en vont en 1925, et Chamorro reprend alors le pouvoir par un coup de force qui ouvre une nouvelle période de guerre civile et entraîne, en 1929, leur retour. Cette fois, la haine antiaméricaine se cristallise en une véritable guérilla dont le chef, César Augusto Sandino, devient un héros national. Jusqu'au départ des marines, en 1933, Sandino et ses hommes, retranchés dans les montagnes de Las Segovias, tiennent en échec les soldats américains et la Garde nationale entraînée par des conseillers américains. Ayant alors déposé les armes, Sandino est assassiné sur l'ordre du jeune chef de la garde nationale, le général Anastasio Somoza García.
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Écrit par
- Marie-Chantal BARRE : chercheuse et consultante, titulaire d'un doctorat de troisième cycle en études des sociétés latino-américaines de l'Institut des hautes études d'Amérique latine, Paris
- David GARIBAY : maître de conférences en science politique à l'université de Lyon-II-Lumière
- Lucile MÉDINA-NICOLAS : professeur agrégée de géographie, université de Montpellier-III
- Alain VIEILLARD-BARON : professeur au lycée franco-mexicain de Mexico
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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Autres références
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NICARAGUA, chronologie contemporaine
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AMÉRIQUE (Structure et milieu) - Géologie
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AMÉRIQUE LATINE - Rapports entre Églises et États
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ARIAS SÁNCHEZ OSCAR (1941- )
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Président du Costa Rica de 1986 à 1990, puis de 2006 à 2010.
Né le 13 septembre 1941 à Heredia au sein d'une des plus riches familles de planteurs de café du Costa Rica, Oscar Arias Sánchez étudie l'économie à l'université du Costa Rica et obtient un doctorat en sciences politiques à l'université...
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CHAMORRO VIOLETA (1929- )
- Écrit par Encyclopædia Universalis
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Femme politique nicaraguayenne, présidente de la République de 1990 à 1997.
Née le 18 octobre 1929 à Rivas (sud du Nicaragua) dans une famille aisée (son père est un grand éleveur de bétail), Violeta Chamorro, née Barrios, fait ses études au Texas et en Virginie (États-Unis). En 1950, peu de temps...
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Voir aussi
- ANTICOMMUNISME
- CENTRE-AMÉRIQUE RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE DE (1823-1838)
- ESQUIPULAS II ACCORD DE PAIX D' (1987)
- CONTRA
- CHAMORRO EMILIANO (1871-1966)
- DÍAZ ADOLFO (1875-1964)
- ORTEGA DANIEL (1945- )
- SANDINISME
- SANDINO CÉSAR AUGUSTO (1893-1934)
- SOMOZA LUIS (1922-1967)
- ZELAYA JOSÉ SANTOS (1853-1919)
- INTERVENTIONS MILITAIRES
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- CATASTROPHES NATURELLES
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- ALEMAN ARNOLDO (1946- )
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- ESPAGNOL EMPIRE COLONIAL
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- CHAMORRO PEDRO JOAQUIN (1924-1978)
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- ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE, histoire, des origines à 1865
- NAHUATL, langue
- FSLN (Front sandiniste de libération nationale)
- WALKER WILLIAM (1824-1860)
- CLAYTON-BULWER TRAITÉ (1850)
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