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NOMBRES (THÉORIE DES) Nombres algébriques

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Unités

Dans une série de courtes notes, Dirichlet (1841-1846) a étudié les unités dans des anneaux de nombres algébriques de la forme Z[θ], où θ vérifie une équation irréductible xn + a1xn-1 + ... + an = 0 à coefficients ai entiers rationnels ; si les racines de cette équation sont θ, θ1, ..., θn-1, les conjugués d'un élément f (θ) de Z[θ] sont f 1), ..., f n-1), et sa norme est le produit Nf (θ) = f (θ)f 1) ... f n-1). Les unités de Z[θ] sont les éléments f (θ) de norme ± 1 (la norme est toujours un entier rationnel, mais elle peut être négative dans ce cas général) ; parmi les unités, les racines de 1 qui appartiennent à Z[θ] sont caractérisées par |f (θ)| = |f (θ1)| = ... = |f n-1)| = 1. En effet, si f (θ) vérifie ces conditions, il en est de même de ses puissances f (θ)k, k ∈ N, dont tous les conjugués restent donc bornés. Or l'ensemble des éléments de Z[θ] dont les conjugués sont tous majorés par une constante M est fini, car ces éléments sont les racines d'un nombre fini d'équations de degré n (leurs coefficients sont les fonctions symétriques élémentaires des conjugués, donc ce sont des entiers rationnels majorés en fonction de M et de n) ; il n'y a donc qu'un nombre fini de puissances f (θ)k distinctes, et f (θ)l = 1 pour l convenable. Les racines de l appartenant à Z[θ] forment un groupe fini cyclique pour la multiplication ; la finitude provient du résultat précédent, et le caractère cyclique du fait que, pour tout l, il y a au plus l solutions de l'équation xl = l dans C, donc dans Z[θ] (cf. groupes (mathématiques) - Généralités). L'énoncé fondamental de Dirichlet est le suivant :

Théorème. Soit r1 le nombre de racines réelles de l'équation en θ, et 2 r2 le nombre de ses racines imaginaires (de sorte que r1 + 2 r2 = n). Il existe r = r1 + r2 − 1 unités fondamentales e1(θ), e2(θ), ..., er(θ) telles que toute unité s'écrive, d'une manière unique, sous la forme ωe1(θ)n1e2(θ)n2 ... er(θ)nr, où ω est une racine de 1 et où les exposants ni appartiennent à Z.

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Autrement dit, le groupe multiplicatif des unités est le produit du groupe des racines de 1 par un groupe isomorphe à Zr.

On démontre le théorème en utilisant le plongement logarithmique ainsi défini : on indexe les racines de l'équation en θ de manière que θ1, θ2, ..., θr1 soient réelles et que θj+r2 soit complexe conjugué de θj pour r1 + 1 ≤ j ≤ r1 + r2 ; on note alors Le(θ) le vecteur (ln|ei)|) de Rr1+r2 (1 ≤ i ≤ r1 + r2). Ainsi e(θ) ↦ Le(θ) est un homomorphisme du groupe des unités dans Rr1+r2, et son noyau est le sous-groupe formé des racines de 1 ; l'image est un sous-groupe de Rr1+r2, et on aura démontré le théorème en prouvant que cette image est un groupe libre de rang r. Or l'image de L est discrète, car si Le(θ) reste borné, tous les conjugués de e(θ) sont majorés en valeur absolue par une constante et e(θ) ne peut prendre qu'un nombre fini de valeurs ; on sait qu'un sous-groupe discret de Rs est libre de rang ≤ s (cf. atopologie-Topologie algébrique). En écrivant que la norme de e(θ) est ± 1, on voit de plus que l'image de L est contenue dans l'hyperplan d'équation :

ce qui majore son rang par r1 + r2 − 1 = r ; cet hyperplan se projette isomorphiquement sur Rr, et on note L̃ la composée de L avec la projection. Il reste à voir que l'image de L̃ est de rang r, c'est-à-dire que l'orthogonal de cette image dans le dual de Rr est 0 (cf. algèbre linéaire et multilinéaire) ; on obtient ce résultat grâce au théorème de Minkowski, qui permet de prouver l'existence d'un élément non nul f (θ) de Z[θ] vérifiant les inégalités |f i)| ≤ κi (1 ≤ i ≤ n), avec des nombres réels positifs κ1, κ2, ..., κn tels que κj+r2 = κj pour r1 + 1 ≤ j ≤ r1 + r2 et que le produit κ1 κ2 ... κn soit assez grand. Si f (θ) = a0 + a1θ + ... + an-1θn-1, ces inégalités s'interprètent comme un système d'inégalités définies par des jauges de Minkowski sur l'espace Rr1 × Cr2 ≃ Rn des vecteurs (a0, a1, ..., an-1) ; la matrice des jauges est (θij)1≤in,0jn-1 , et la condition d'existence de f (θ) est que κ1κ2 ... κn soit plus grand que la valeur absolue |Δ| du déterminant de cette matrice. L'élément f (θ) ainsi obtenu est de norme f 1)f 2) ... f n) au moins 1 en valeur absolue (entier non nul), ce qui donne |f (θi)| ≥ κi/K pour i = 1, 2, ..., n, en posant K = κ1κ2 ... κn. Soit ϕ une forme linéaire non nulle sur Rr et x le vecteur de coordonnées (ln κ1, ln κ2, ..., ln κr) ; les inégalités obtenues donnent |ϕ(x) − ϕ(L̃(f (θ)))| ≤ ∥ϕ∥ln K (où ∥ϕ∥ est la somme des valeurs absolues des coefficients de ϕ). On prend M > ∥ϕ∥ ln K fixé, et, pour chaque entier h, on choisit κ1, κ2, ..., κr de manière que ϕ(x) = 2 Mh ; on peut alors trouver κr+1 assez petit pour que ∥ϕ∥ln (κ1κ2 ... κn) < M, et on a un élément fh(θ) correspondant dans Z[θ] qui vérifie (2 h − 1)M < ϕ(L̃(fh(θ))) < (2 h + 1)M, de sorte que la suite (ϕ ∘ L̃(fh(θ)))h est strictement croissante. Par ailleurs, les normes Nfh(θ) restent majorées par K, donc fh(θ) divise un entier rationnel de l'intervalle fini [1, K] ; on en déduit qu'il existe des indices h et l tels que fl(θ) = e(θ)fh(θ), où e(θ) est une unité, et alors ϕ(L̃(e(θ))) = ϕ(L̃(f (θ))) − ϕ(L̃(fh(θ))) ≠ 0, comme on voulait.

Le groupe des unités n'est donc fini (et réduit aux racines de 1) que si r1 = 1 et r2 = 0, ce qui donne n = 1 et θ ∈ Z, ou bien si r1 = 0 et r2 = 1, ce qui donne n = 2 ; dans ce cas, on peut se ramener à θ =√− D, avec D entier rationnel positif non divisible par 4, ou bien à θ = (1 +√− D)/2, avec D ≡ 3 (mod 4). On a vu, par exemple, que le groupe des unités de Z[i]est d'ordre 4, tandis que celui de Z[j], j racine cubique de 1, est d'ordre 6 (théorie de Kummer pour λ = 3). Lorsque θ = √D, avec D entier rationnel positif sans facteur carré, on a r1 = 2, r2 = 0 et le groupe des unités est de rang r = 1 ; toute unité s'écrit ± (T + U√D)n, où n ∈ Z et où T + U√D est une unité fondamentale. Cela revient à dire que l' équation de Pell x2 − Dy2 = N(x + y √D) = ± 1 est résolue en posant x + y √D = ± (T + U√D)n, et on a donc démontré l'existence de solutions pour cette équation. Pour les entiers cyclotomiques, on a, avec les notations antérieures, r1 = 0 et r2 = (λ − 1)/2 = μ, donc le groupe des unités est de rang r = μ − 1, qui est ≥ 1 à partir de λ = 5 ; la difficulté de trouver des lois de réciprocité supérieures sur le modèle des lois pour les degrés 2, 3 et 4 est liée au caractère infini de ces groupes d'unités. Pour λ = 5, r = 1 et on peut prendre le nombre réel α + α4 comme unité fondamentale ; pour λ = 7, r = 2 et un système d'unités fondamentales (réelles) est donné par (α + α-1, α3 + α-3). Pour λ = 11, r = 4, et on a le système fondamental (α + α-1, α2 + α-2, α4 + α-4, α3 + α-3). Dans le cas cyclotomique général, Kummer considère le sous-groupe du groupe des unités engendré par ± 1, α et les unités (1 − αj)/(1 − α), en prenant j = γi, γ racine primitive modulo λ et 1 ≤ i ≤ μ = (λ − 1)/2 ; ce sous-groupe a le même rang r = μ − 1 que le groupe des unités, et le quotient est donc d'ordre fini h2. En s'inspirant du travail de Dirichlet sur le nombre de classes de formes quadratiques (cf. théorie des nombres -Théorie analytique des nombres), Kummer a donné une formule pour l'ordre h du groupe des classes de diviseurs des entiers cyclotomiques ; il se sert d'une fonction analogue à la fonction zêta (cf. fonction zêta) :

(où A parcourt l'ensemble des diviseurs et P celui des diviseurs premiers) et de son comportement pour s → 1, et obtient h = h1h2, où le facteur h2, le plus difficile à calculer, a la signification ci-dessus ; le facteur h1 est plus explicite :
avec P = |ϕ(β)ϕ(β3)ϕ(β5) ... ϕ(βλ-2|, β racine primitive (λ − 1)-ième de 1, et ϕ polynôme défini par ϕ(x) = 1 + γ1x + γ2x2 + ... + γλ-2xλ-2, où γ est une racine primitive modulo λ et, pour chaque j, γj est le reste de la division de γj par λ. Kummer a calculé h1 pour tous les λ < 100 ; la première valeur de λ donnant h1 ≠ 1 est 23, pour lequel h1 = 3. La croissance de h1 est très rapide : il vaut 411 322 823 001 pour λ = 97 et est équivalent à λμ/2+1/2μ-1πμ pour λ → ∞ ; les nombres premiers irréguliers sont ceux pour lesquels h est divisible par λ, et cela équivaut à dire que h1 est divisible par λ (Kummer a donné un critère simple à vérifier pour cette propriété, au moyen des nombres de Bernoulli).

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Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., professeur à l'université de Paris-VIII-Denis-Diderot

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