PARAPSYCHOLOGIE
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La parapsychologie est l'étude de facultés hypothétiques du psychisme telles que la télépathie (transmission de pensée à distance), la clairvoyance ( perception d'objets ou d'événements non directement visibles dans l'espace), la précognition ou la rétrocognition (perception d'objets ou d'événements dans le futur ou le passé), la psychokinésie (action de la pensée sur la matière, sans contact physique).
Télépathie, clairvoyance, précognition ou rétrocognition sont regroupées dans la catégorie de la « perception extra-sensorielle », étant donné que ces phénomènes permettraient à l'organisme de s'informer sur le monde environnant par des voies inconnues, indépendantes des canaux sensoriels normaux. La psychokinésie dépendrait de qualités énergétiques inconnues du psychisme ; elle se subdivise en télécinèse (déplacement des objets) et en psychocinèse (déformation des objets).
Des « esprits des morts » aux expériences de laboratoire
La parapsychologie a pour sources l'expérience subjective commune et la tradition magique. D'un côté, en effet, il n'est pas d'individu qui n'ait, à un moment ou à un autre de sa vie, éprouvé une impression telle que l'apparente réalisation d'un fragment de rêve fait antérieurement ou le pressentiment qu'un événement néfaste est en train d'affecter un être cher. Il n'est personne non plus qui n'ait connu des faits troublants tels que l'arrivée inattendue de quelqu'un à qui on était justement en train de penser, la formulation de telle idée au même moment qu'une autre personne dans une conversation de groupe, la chute d'objets ou des explosions soudaines sans cause apparente. D'un autre côté, l'histoire et l'ethnologie rapportent l'existence, depuis la plus haute antiquité et sous toutes les latitudes, d'individus hors du commun qui, tels que chamans, sorciers, prophètes, devins et tout en remplissant d'ailleurs, souvent, des rôles institutionnels dans leurs sociétés respectives, sont ou étaient censés être capables de « voir » des scènes éloignées dans l'espace ou dans le temps, de « lire » dans la pensée des autres, de réaliser des guérisons inexplicables...
La parapsychologie en tant qu'étude scientifique de tels phénomènes naquit cependant au xixe siècle, alors que la science et la technique prenaient un grand essor. Ses sources historiques proches résident, en fait, dans les tentatives, à cette époque, de plusieurs scientifiques renommés (Wallace, Crookes, Richet, Flammarion, William James...) pour observer objectivement les phénomènes spirites et leur trouver des explications rationnelles. Depuis 1848, les « esprits des morts » entraient en communication avec les vivants grâce à des médiums, frappaient des coups, soulevaient des tables ou des personnes, etc. Malgré l'imposante somme de travaux qui leur furent consacrés, aucune conclusion qui fût clairement favorable à ces phénomènes n'émergea et la plupart des médiums furent reconnus comme étant des fraudeurs. Cependant, une tendance se manifesta chez les scientifiques qui voulaient étudier ces « esprits des morts » : elle consistait à abandonner l'idée que ceux-ci étaient à la source de tels phénomènes et à considérer que les lévitations et transports d'objets devaient dépendre de forces naturelles inconnues. De même, l'apparente aptitude des médiums à lire dans les pensées ou à prédire l'avenir devait être due à des facultés du psychisme encore inconnues. Ainsi furent jetées les bases, à la fin du xixe siècle et au début du xxe, des sciences métapsychiques, ou parapsychologie.
À partir des années 1930, la perception extrasensorielle et la psychokinésie firent l'objet d'investigations standardisées en laboratoire. Le matériel comprenait des cartes Zener, c'est-à-dire un jeu de 25 cartes portant 5 symboles simples (cercle, croix, carré, ligne ondulée, étoile) et des dés. Dans les expériences de perception extrasensorielle, il s'agit de « deviner » la carte qui va être retournée par un appareil automatique ou par un sujet manipulant les cartes hors de la vue du « devin ». Dans les expériences de psychokinésie, il s'agit d'influer sur la chute du dé de façon à faire apparaître certains nombres ou certaines sommes avec une fréquence supérieure à celle du hasard. Dans les deux situations, des tests statistiques permettent de dire si les résultats dévient significativement de ceux qu'aurait donné le simple tirage au hasard. Au début des années trente J. B. Rhine à l'université Duke (États-Unis) aurait obtenu, avec l'aide de son assistant G. Pratt, des résultats hautement significatifs avec des sujets apparemment doués. L'une de ses expériences de clairvoyance avec l'étudiant H. E. Pearce est restée célèbre : celui-ci avait su dire exactement 558 fois sur 1 850 tirages successifs (la probabilité pour que ce résultat ait été dû au hasard est de 10-22) quelle carte Zener avait été tirée en un lieu éloigné de 90 à 230 mètres de lui. Avec des cartes portant des dessins d'animaux, S. G. Soal aurait obtenu à l'université de Londres, dans les années quarante, des résultats significatifs de précognition chez deux sujets doués, B. Shackleton et G. Stewart : ceux-ci ne devinaient pas la carte qu'on était en train de tirer, mais celle qui la précédait ou la suivait dans le tirage. En faisant varier la vitesse de tirage des cartes, Soal put même établir que la perception extrasensorielle du sujet était fixée sur un objet apparaissant deux secondes et demie plus tard.
Dans le domaine de la télépathie, des expériences d'induction hypnotique sur des sujets éloignés de l'hypnotiseur furent entreprises dès 1938 par Vassiliev à Leningrad. L'état hypnotique de ces derniers était objectivé par le fait qu'ils cessaient à leur insu de comprimer une petite balle en caoutchouc qu'on leur avait donné la consigne de presser à intervalles réguliers. Des recherches de ce type ont été poursuivies jusqu'à l'époque présente en Tchécoslovaquie par Ryzl, puis aux États-Unis et à Édimbourg, par J. Beloff. En France, depuis la fondation de l'Institut métapsychique international en 1920, les recherches de Richet, de Geley et d'Osty ont porté en grande partie sur les dons de clairvoyance, de précognition et de psychokinésie de médiums tels que Ossowietsky, Schneider, Forthuny et Croiset. Ce dernier a été encore étudié dans les années soixante-dix par le parapsychologue hollandais W. C. Tenhaeff. Il s'est rendu célèbre par le test des « chaises vides », qui est un test de précognition où le « devin » serait capable de décrire la personne qui occupera, à telle date, telle chaise, dans telle salle de conférence, dans une ville donnée du monde. Une autre direction a été suivie dans les années soixante au Maimonides Hospital à Brooklyn (New York) : M. Ulmann, S. Krippner, S. Feldstein, considérant que les moments d'activité onirique devaient être les états les plus propices à la communication extrasensorielle, ont essayé d'introduire télépathiquement des images dans les rêves de sujets endormis. Un sujet « émetteur » se concentrait sur une illustration donnée – appelée image cible – et essayait de l'« envoyer » au dormeur, dont les ondes cérébrales étaient enregistrées par un électroencéphalographe signalant les moments de rêve. Le dormeur était réveillé juste après son rêve, qu'on lui demandait de raconter. Des juges indépendants estimaient alors le degré de corrélation entre les images du rêve et les images envoyées par les sujets « émetteurs ». Comme exemple de transmission télépathique réussie au cours du sommeil, les chercheurs du Maimonides Hospital citent souvent l'expérience dans laquelle ils prirent pour cible un tableau de Salvador Dali, Le Sacrement de la dernière sainte Cène : chez huit dormeurs, les rêves continrent ce soir-là des fragments du tableau (la mer, des aliments, Christmas, etc.).
Une variante de ces expériences fut mise en œuvre dès 1973 par C. Honorton et S. Harper au Maimonides Hospital. Elle consiste à prendre des sujets qui ne sont pas en train de rêver mais qui se trouvent en état de déprivation sensorielle visuelle et auditive. Le dispositif de déprivation, appelé dispositif « Ganzfeld », se compose de deux demi-balles de ping-pong, que l'on place sur les yeux du sujet, et d'écouteurs, qui diffusent continuellement le bruit des vagues. Dans un certain nombre de situations expérimentales de ce type, Honorton et Harper ont obtenu des résultats apparemment significatifs.
Depuis les années soixante, des expériences de précognition ont été réalisées chez des animaux : en France, Rémy Chauvin et ses collaborateurs auraient obtenu des résultats significatifs avec des souris qui évitaient la moitié électrifiée du plancher de leur cage, le courant changeant constamment de côté grâce à un générateur de chocs au hasard.
Une tendance générale s'est développée depuis les années soixante, qui consiste à automatiser les tests de perception extrasensorielle ou de psychokinésie. Les cartes Zener ou les lancements de dés sont progressivement remplacés dans tous les laboratoires par des machines électroniques. À l'institut de recherches concernant les domaines limites de la psychologie, dirigé par Hans Bender, à Fribourg-en-Brisgau (R.F.A.), la séquence de tirage des cibles (qui restent les symboles Zener) est donnée par un générateur électronique de hasard ; les annonces et les résultats sont enregistrés automatiquement par un ordinateur. Au Stanford Research Institute (S.R.I., États-Unis) se déroulent des expériences entièrement automatisées, où des machines électroniques choisissent au hasard des chiffres entre 0 et 9, tandis que le sujet essaie de deviner quel est le nombre choisi (données de l'appareil et réponses du sujet sont enregistrées selon la même technique).
Dans les années soixante-dix, les physiciens Russel Targ et Harold Puthoff au Stanford Research Institute ont réalisé une somme importante de travaux sur la clairvoyance, qu'ils appellent « vision à distance ». Une de leurs expériences typiques consiste à demander à un sujet « explorateur » de se rendre, à une demi-heure de voiture du laboratoire, dans un lieu dont les coordonnées lui ont été transmises, à l'insu des expérimentateurs, dans une enveloppe. Arrivé au lieu fixé, il décrit ce qu'il voit autour de lui et enregistre cette description au magnétophone. Au laboratoire, un autre sujet se concentre et, une demi-heure après le départ de l'explorateur, décrit, au magnétophone, ce qu'il pense « voir » autour de celui-ci. Des juges indépendants estiment ensuite le degré de corrélation entre les deux descriptions. Bien qu'ils pensent avoir obtenu des résultats extrêmement positifs avec des sujets particulièrement doués, Targ et Puthoff estiment que cette faculté de vision à distance existe chez tous les individus, et qu'il suffit de la reconnaître pour apprendre à s'en servir.
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