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PARSIS

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La religion

La religion des Parsis est la religion mazdéenne, réformée et partiellement démythisée par Zarathushtra dans un sens éthique et monothéiste. À première vue, la caractéristique principale en est le culte du feu et les temples du feu. Pourtant, le dieu des mazdéens n'est pas le feu (atar), mais le Seigneur sage ( Ahura Mazdā), homologue de l'Asura Varuṇa védique. C'est parfois à travers le feu (qui n'est plus, depuis Zarathushtra, un dieu mais son symbole et témoin) que les mazdéens s'approchent de la lumière perpétuelle du Seigneur, le feu étant sa manifestation ou présence visible. Il est donc le médiateur entre l'adorateur et son Seigneur et, dans cette mesure, le feu est, en effet, sacré ; c'est pourquoi on l'abrite dans un espace sacré : un vase de bronze situé lui-même dans la partie réservée du temple, l'adarān ou chambre du feu, accessible seulement au prêtre dont le bas du visage est masqué d'une étoffe blanche pour que son haleine ne vienne pas souiller la flamme. L'autre partie du temple, ouverte aux fidèles, est la salle du sacrifice (yazashna-gāh). Ce sacrifice est, en principe, une offrande de haoma (sanskrit soma) ; il est célébré selon un calendrier liturgique, ou bien à la demande de fidèles, commanditaires du sacrifice.

À côté de ce culte plus ou moins solennel, il existe un culte du feu domestique, tout comme dans l'hindouisme. En outre, un certain nombre de rites ponctuent la vie d'un Parsi, de la naissance à la mort. Cela commence même avant la naissance. Au cinquième mois de la grossesse, on allume une lampe de beurre clarifié (ghee) dans la maison : « Puisse votre lampe rester allumée », puissiez-vous conduire votre grossesse à terme. L'accouchement a lieu à même la terre mère, dans un emplacement qu'un prêtre a consacré lorsqu'il s'agit d'un premier-né. Le principe demeure, bien qu'aujourd'hui beaucoup de femmes parsies accouchent en clinique. L'enfant reçoit trois noms : prénom, nom du père, nom de la famille. À l'âge d'un an, on le présente au temple. Puis, entre sept et quinze ans, intervient un rite de passage décisif, le naojote ou entrée dans la société des adultes, analogue à l'upanayana hindou. Mais, contrairement à ce qui se passe dans l'hindouisme où normalement c'est le mariage qui fait entrer la femme dans la société religieuse, les filles parsies ont accès au naojote. Cela n'est pas sans conséquence pour leur vie dans l'au-delà : si elles meurent avant le mariage, elles sont assurées d'un destin posthume autonome. Marque de cette initiation, le don d'une tunique blanche, le sudreh, et d'un cordon de laine noué à la ceinture, le kūsti. L'initiation a lieu à l'aube, après un bain lustral et un court jeûne (nāhn, en sanskrit snāna). Un prêtre, venu dans la famille, récite avec l'enfant prières et profession de foi. Le tout est suivi d'une bénédiction, avec aspersion de grains de riz en signe de prospérité. Ce rite de passage est la condition nécessaire de l'entrée dans la communauté parsie. Sinon, passé l'âge de quinze ans, on fait figure de quasi-paria.

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Le mariage est également obligatoire. Comme dans la société védique, le premier devoir est de perpétuer la communauté. Les Parsis ne se sont pas laissé gagner par l'idéal de l'ascèse et du monachisme, comme ce fut le cas, en partie, pour les hindous, les bouddhistes et les jaïnistes. À haute époque, la religion mazdéenne recommandait le khetukdas, c'est-à-dire le mariage consanguin, entre frère et sœur, voire entre père et fille. De nos jours, les Parsis se contentent d'une consanguinité plus éloignée : le mariage entre cousins germains, avec cette nuance qu'il est non seulement toléré mais considéré avec faveur. Quant aux fiançailles, elles ont gardé longtemps une grande importance, conformément à ce qui se passait chez les Indo-Iraniens et même chez les Indo-Européens. La fiancée prenait, ce jour-là, le nom de son promis. Celui-ci venait-il à décéder, la jeune fille gardait son nouveau nom et était tenue pour veuve. Aujourd'hui, le « don du nom » (nāmzad kardan) a lieu, comme en Occident, le jour du mariage.

Les Parsis ne connaissent ni enterrement ni crémation. Autant ils aiment la vie, autant ils ont une sainte horreur de la mort et du cadavre. De celui-ci on s'écarte comme d'une source d'infection. Sa décomposition est, d'ailleurs, l'œuvre d'un démon, la Druj-i-Nasush. Après avoir lavé et revêtu d'étoffes propres ou d'un suaire le corps du défunt et après avoir récité prières et mantra, la famille le fait transporter, aussitôt que possible, dans un cercueil de fer, vers les fameuses tours du silence ( dakhmā). Celles-ci sont des bâtiments cylindriques fermés de tous côtés, sauf le sommet ouvert vers le ciel. L'intérieur est fait de terrasses circulaires, avec un puits central. C'est sur ces terrasses que sont exposés les cadavres, après qu'on les a dénudés, le visage tourné vers le ciel. Les vautours, qui attendent sur les rebords de la tour, ont tôt fait de les réduire à l'état de squelettes. Les os sont alors précipités au fond du puits. Seuls les croque-morts (nasāsālar), qui forment une corporation à part, peuvent avoir accès à l'intérieur de la tour. Jamais la famille n'y entre.

L'âme du défunt est censée demeurer trois jours encore sur la terre, assise, dit-on, auprès de sa tête. Au matin du quatrième jour, elle s'en va vers le sud si ses œuvres ont été bonnes, vers le nord si elles ont été mauvaises. Elle rencontre Dāenā, figure personnifiée de la religion mazdéenne, embellie dans le premier cas, enlaidie et puante dans l'autre. Cette figure entraîne l'âme vers un pont ; l'âme juste franchit ce pont et entre dans la maison des Chants ; l'âme corrompue, trahie par la Dāenā qui est à son image, tombe dans les ténèbres froides de l'enfer.

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Écrit par

  • : professeur émérite de philosophie indienne à l'université de Paris-Sorbonne

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Autres références

  • AVESTA

    • Écrit par et
    • 1 901 mots

    Livre saint de la religion zoroastrienne, l'Avesta constitue, encore aujourd'hui, les Écritures et le rituel des Parsis de l'Inde et des Guèbres de l'Iran.

    Le terme Avesta (forme persane du moyen perse apastāk, de sthā-, se tenir, soit : texte de base) désigne les livres...

  • DAKHMĀ

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    Adeptes de la religion zoroastrienne qui forment, aujourd'hui encore, un petit groupe en Iran. Après l'islamisation de ce pays (viiie siècle), seules quelques petites communautés vivant dans des régions retirées du sud-est de l'Iran réussirent à perpétuer la tradition mazdéenne. Vers...

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