PROVENCE-ALPES-CÔTE D'AZUR, région administrative
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Une mutation sociale de grande ampleur
Croissance de la population et urbanisation se sont accompagnées de profondes transformations de la société. Depuis les années 1950, deux paysans sur trois ont quitté le travail de la terre. Ce mouvement a été très accusé pendant la période de forte croissance industrielle et tertiaire (1960-1980). L'ampleur de la diminution de l'emploi agricole s'explique, d'une part, par des causes générales liées à l'évolution de la société française ; et, d'autre part, par des faits propres à la région. Les exploitations agricoles sont, en moyenne, trop petites (la moitié de la moyenne nationale) pour assurer des revenus suffisants aux agriculteurs. Le prix très élevé de la terre (en raison de la forte demande en terrains à bâtir par les citadins) limite l'agrandissement ou l'installation des exploitants et favorise les ventes de terrains agricoles dans les zones les plus urbanisées (communes périurbaines et touristiques). Au début du xxie siècle, la Provence-Alpes-Côte d'Azur compte environ 22 000 exploitations.
La région demeure cependant une des régions agricoles les plus productives de France, aussi bien par exploitation que par hectare de terre cultivée. Les fleurons en sont les légumes (la tomate de Provence), les fruits (pommes et poires), les fleurs et le vin (production d'A.O.C, dont des crus réputés (Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Beaume-de-Venise, Cassis, Bandol).
On dénombrait, au milieu du xxe siècle, environ 300 000 actifs industriels (bâtiment et travaux publics inclus) ; ils n’étaient plus que 242 000 en 2010. Entre-temps, la population active a augmenté de plus d'1 million de personnes. La croissance des emplois industriels a été assez notable jusqu'en 1970-1975. Mais, depuis lors, l'industrie connaît une contraction sévère, liée au passage de la société industrielle à la société technologique (forte diminution d'effectifs dans les grands établissements industriels qui représentaient plus du tiers des effectifs dans les années 1960). Comparée à l'augmentation de la population active, l'augmentation des emplois offerts par l'industrie proprement dite est très insuffisante, ce qui a fait parler de « sous-développement industriel ». En 2010, le taux d’emplois industriels était de 9 p. 100, contre 14 p. 100 au niveau national. Des mouvements de sens contraire expliquent la relative stagnation de l'emploi industriel. Les industries nées au xixe siècle (dites traditionnelles) ont connu de fortes réductions d'effectifs : les industries agroalimentaires, à cause des fermetures d'établissements et des concentrations d'entreprises ; la construction et la réparation navales, en raison de la diminution des frets des transports maritimes et du désarmement de nombreux navires pétroliers ; les industries du bois et du cuir, les textiles, les industries mécaniques, à structure de petites entreprises, à cause de regroupements ou de faillites. En revanche, des branches dites « modernes », conquérantes sur les marchés, ont connu, jusqu'au milieu des années 1970, des créations d'emplois assez nombreuses. Elles ont été l'œuvre d'établissements de grande taille, appartenant à des sociétés internationales (industries aéronautiques, pétrole, chimie, plastiques, sidérurgie, métaux non ferreux). Depuis 1975, l'industrie subit une contraction de grande ampleur de ses effectifs, non seulement dans les petites et moyennes entreprises des industries traditionnelles mais également dans les grands établissements où l'introduction de nouvelles technologies de production (robotique, intelligence artificielle, informatique) a conduit à des diminutions d'effectifs dans une conjoncture de concurrence internationale. Entre 1975 et 2000, les usines des grandes sociétés du raffinage, de la pétrochimie, de la sidérurgie, de l'aluminium, de la métallurgie lourde ont perdu plus de la moitié de leurs salariés. La contraction des effectifs frappe, en troisième lieu, le secteur du bâtiment et des travaux publics (de près de moitié entre 1970 et 2000) ; la cause en est l'achèvement des grands travaux publics et la fin des mises en chantier des grands collectifs de logements. Depuis les années 1980, la région tente une reconversion industrielle dans les secteurs plus modernes de la nouvelle économie, fondée sur les technologies de pointe (industries de l'électronique, de l'informatique, de la robotique ; des biotechnologies ; des industries sous-marines). La recherche-développement joue désormais un rôle fondamental dans l'économie régionale (troisième rang national pour le nombre de chercheurs). La recherche privée est le fait soit d'entreprises spécialisées dans certains domaines (telle la Comex à Marseille dans l'océanographie), soit de départements autonomes créés par les grandes sociétés industrielles. Le Centre d'études nucléaires de Cadarache (dépendant du C.E.A.) est de loin le centre de recherches le plus important de la région dans le domaine des applications de l'énergie nucléaire.
Les parcs d'activités industrielles et les technopôles de Marseille, Aix-en-Provence, Nice, Toulon, Avignon, ont vu s'implanter, depuis les années 1970, des entreprises utilisant les technologies nouvelles ou fabriquant des produits innovants : Sophia-Antipolis près de Nice ; Var-Technopôle à Toulon, Marseille-Provence Technopôle (sites de Château-Gombert et de Luminy) ; Aix 2000 ; Avignon-Montfavet (Agroparc) ; Manosque-Cadarache ; Micropolis à Gap.
Le secteur tertiaire est aujourd'hui en pleine expansion en région P.A.C.A. : plus de 80 p. 100 des personnes actives exercent un métier tertiaire au début du xxie siècle.
Toutefois, comparée à la moyenne française, la région a davantage d'emplois dans les transports, les commerces, les entreprises de loisirs, les services de santé, les professions libérales. C'est sans doute l'effet de l'importance prise depuis longtemps par les échanges, le tourisme et l'accueil de retraités, les loisirs et le développement des résidences secondaires. C'est également une conséquence de la forte croissance urbaine et du développement de la vie de relations (flux interurbains intenses), le taux d'urbanisation dépassant 80 p. 100.
Les activités liées aux échanges et aux transports ont été multipliées par deux depuis 1975 dans les villes du littoral et de la vallée du Rhône. Partout, l'encadrement social et administratif s'est fortement accru, sous l'effet de l'augmentation de la population : développement des services destinés aux familles et aux entreprises (augmentation du nombre des fonctionnaires de l'État et des collectivités territoriales, qui représentent le tiers des actifs du tertiaire). Le dynamisme des activités de formation et de recherche universitaire est remarquable (pôles universitaires de Nice, de Marseille, de Toulon, d'Aix-en-Provence, d'Avignon, de Gap et de Digne, d'Arles). Enfin la diffusion de la fonction d'accueil touristique est générale dans toutes les communes de la région.
Le tertiaire est aussi un secteur refuge pour ceux qui ne trouvent pas de travail dans l'agriculture ou l'industrie. Or le taux de chômage atteignait 10 p. 100 en Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2015. Les villes concentrent les quatre cinquièmes des emplois tertiaires. Ceux-ci occupent toujours plus des deux tiers des actifs urbains, et jusqu'à 80 p. 100 dans les grandes villes (Aix, Avignon, Marseille, Nice, Toulon).
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Écrit par
- Lucien TIRONE : maître de conférences honoraire, agrégé de géographie, université de Provence
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